L'album Un ours pour déjeuner ! est offert en version bilingue. L'histoire du jeune Donovan, qui veut manger de l'ours comme son grand-père autrefois, est présentée en français et en algonquin - une première chez l'éditeur Scholastic. La Presse a joint le sympathique Jay Odjick, illustrateur de ce livre rigolo, dans sa communauté algonquine de Kitigan Zibi, près de Maniwaki, au Québec.

Marie Allard LA PRESSE

De mémoire, c'est la première fois qu'un album pour enfants grand public est publié en français et en algonquin ?

Oui. Auparavant, l'auteur Robert Munsch et moi avions créé l'album Vilains maringouins ! [NDLR : publié en 2017, en versions française et anglaise], avec des personnages d'enfants autochtones. Nous avons tous deux renoncé à nos droits sur le livre, afin qu'il soit traduit dans n'importe quelle langue autochtone. C'était super, mais je voulais en faire plus.

Quand nous avons commencé à parler de faire un autre livre, j'ai demandé à Scholastic : « Seriez-vous ouverts à le publier en langue autochtone ? » Je savais qu'on pouvait faire quelque chose de vraiment cool. Et qu'on aiderait les éducateurs en leur offrant cette ressource pour aider à préserver la langue algonquine - et servir de porte d'entrée vers cette langue.

Parlez-vous l'algonquin ?

Un tout petit peu. Dans ma communauté, c'est une préoccupation, parce que nous perdons notre langue à un rythme croissant. Ceux qui la parlent vieillissent et beaucoup d'enfants ne l'ont pas apprise. C'est très urgent. Nous devons faire ce que nous pouvons. Je ne suis pas un éducateur, mais j'ai certaines capacités et certains dons. Si je peux utiliser ceux-ci pour aider à la préservation de la langue, cela montre simplement que nous pouvons tous contribuer d'une manière ou d'une autre.

C'est important d'avoir des personnages des Premières Nations ?

Absolument. Quand j'étais petit, je n'ai jamais vu de livre avec des enfants autochtones. Aujourd'hui, il y en a et c'est génial. Je suis particulièrement heureux de constater que Un ours pour déjeuner ! et Vilains maringouins ! sont publiés par un gigantesque éditeur. Je ne sais pas si c'est le cas au Québec, mais à peu près partout ailleurs au Canada, si vous entrez dans un Walmart, un Indigo ou un Chapters, les livres sont là. C'est renversant. C'est vraiment bien, pour l'estime de soi des enfants, de pouvoir se reconnaître dans les livres. D'être non seulement représentés, mais sous un jour positif.

Comment faites-vous vos illustrations ?

Je dessine la majeure partie du temps sur mon iPad Pro, parce que je peux l'emporter avec moi, peu importe où je vais. Ça me plaît beaucoup. On a cette idée de l'artiste en ermite enfermé dans une grotte quelque part, en train de dessiner... Ça peut être vrai, mais moi, je voyage beaucoup et je suis très occupé. J'ai la capacité de dessiner partout avec ma tablette, c'est très cool.

PHOTO FOURNIE PAR SCHOLASTIC

L'illustrateur, auteur et producteur anishnabé Jay Odjick

Voulez-vous ajouter quelque chose ?

À Toronto, j'ai rencontré un monsieur assez âgé. Il est venu vers moi, la larme à l'oeil. Il m'a dit : « Votre album Vilains maringouins ! est le préféré de ma petite-fille. C'est la première fois qu'elle voit un enfant qui lui ressemble dans un livre. » Le monsieur était indien, de l'Inde. Quand les enfants voient quelqu'un qui leur ressemble pour la première fois, ça les fait se sentir bien.

Le fait qu'un livre en algonquin soit vendu par une grosse maison d'édition témoigne du fait que nous vivons dans une nouvelle réalité dans ce pays. C'est une période très excitante et inspirante pour moi.

Les propos de Jay Odjick ont été traduits de l'anglais.

PHOTO FOURNIE PAR SCHOLASTIC

Extrait de Un ours pour déjeuner !, éditions Scholastic

Un ours pour déjeuner !, texte de Robert Munsch, illustrations de Jay Odjick, traduction algonquine de Joan Commanda Tenasco, traduction française de Christiane Duchesne. Éditions Scholastic. Dès 4 ans.

Trois autres livres sur les Premières Nations

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE

Un ours pour déjeuner !, texte de Robert Munsch, illustrations de Jay Odjick, traduction algonquine de Joan Commanda Tenasco, traduction française de Christiane Duchesne. Éditions Scholastic. Dès 4 ans.

Pourquoi le cerf perd ses bois

C'est parce qu'il est puni pour avoir fait couler le sang de l'ours que le cerf perd ses bois, avant l'hiver. C'est aussi parce qu'elles ont jadis été tachées de sang que les feuilles des érables rougissent avant de tomber, selon une légende des Wendats. Mettant en scène de jolis animaux, cet album rappelle l'importance de l'harmonie entre les espèces sur Terre.

Les érables rouges, légende huronne-wendate adaptée par Martine Latulippe, illustrations de Fabrice Boulanger, collection Les grands classiques, éditions Auzou. Dès 3 ans.

Tresses coupées

Olemaun, 8 ans, vit dans une île des Territoires du Nord-Ouest. Elle supplie son père de la laisser aller à l'école des étrangers, pour apprendre à lire. Là, une religieuse coupe ses tresses, la renomme Margaret et lui fait laver le plancher... Inspiré de la vie de Margaret Pokiak-Fenton, cet album aux douces illustrations permet de se familiariser avec la triste réalité des pensionnats autochtones - et avec la force que donne la lecture.

Quand j'avais huit ans, texte de Christy Jordan-Fenton et Margaret Pokiak-Fenton, illustrations de Gabrielle Grimard, traduction d'Isabelle Allard, éditions Scholastic. Dès 6 ans.

L'amour et la mort

En ce mois de janvier 1932, Kateri a 14 ans. Et elle a faim. Dans l'espoir de nourrir les siens, sa grand-mère (sa kuhkum, en langue innue) part à pied au moulin. Quand elle revient, c'est sous la forme d'une corneille. Parfois, explique la mère de Kateri, « les défunts prennent la forme d'un oiseau pour consoler et aider ceux qu'ils aiment ». Inspiré d'une légende algonquine, ce roman sur la réincarnation - et la déportation des autochtones - peut plaire aux jeunes d'aujourd'hui. Romantique, mystique, mais non dénué de vérité.

Kateri et le corbeau, de Rollande Boivin, éditions Bayard Canada. Dès 13 ans.

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE

Kateri et le corbeau, de Rollande Boivin