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Tim Weiner: la CIA sans fard

Dans son histoire de la CIA, Tim Weiner... (Photo: Archives AP)

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Dans son histoire de la CIA, Tim Weiner survole rapidement les déboires récents de l'agence, notamment les prisons illégales mises sur pied dans la lutte contre le terrorisme. Sur la photo, George W. Bush et l'ancien directeur de la CIA, George Tenet, en 2001.

Photo: Archives AP

«Il faudra au moins cinq ans pour construire un corps professionnel d'espions américains.» Cette phrase est un sempiternel leitmotiv à la CIA. Le deuxième directeur de l'agence l'a proférée pour la première fois en 1947. George Tenet, qui a dirigé l'agence sous Clinton et Bush fils, a réitéré le même verdict à deux reprises, en 1997 et 2004.

Cette incapacité des États-Unis à bâtir un service d'espionnage efficace est détaillée en long et en large dans une histoire de la CIA, Des cendres en héritage, écrite par un journaliste du New York Times, Tim Weiner. La traduction française du livre paru en 2007 vient d'être publiée.

 

«J'ai commencé à m'intéresser à la CIA voilà 20 ans, au retour d'un voyage clandestin en Afghanistan», explique M. Weiner en entrevue téléphonique. «J'avais demandé à rencontrer des experts de la CIA avant mon voyage, mais on m'avait dit que ce n'était pas possible. Dès que j'ai remis les pieds aux États-Unis, la CIA m'a contacté pour m'inviter à rencontrer ses experts. Mais ce ne sont pas eux qui m'ont donné des informations. Aucun des quatre experts n'avait jamais mis les pieds en Afghanistan. Ils avaient plus besoin de moi que moi d'eux.»

Cet épisode a laissé M. Weiner avec une profonde fascination pour cette institution si prestigieuse, mais aux fondements fragiles. «J'ai dû me rendre dans cet énorme édifice installé dans une forêt en banlieue de Washington. Dans le hall d'entrée, il y a une citation de l'Évangile selon Jean, «vous saurez la vérité et la vérité vous rendra libre». Penser à toutes les erreurs, qui auraient souvent pu être évitées rend cette solennité encore plus frappante.»

 

La recherche de M. Weiner est impeccable. «Je me suis beaucoup inspiré de ma mère historienne», dit-il. On apprend notamment que le chef de la CIA dans les années 50, Allen Dulles, décidait du sort du monde avec son frère, qui était secrétaire d'État, et leur soeur, une diplomate haut placée, sur le bord de la piscine de leurs parents en prenant l'apéritif. Que la funeste obsession de la CIA de privilégier l'espionnage électronique plutôt que des espions en chair et en os remonte à un tunnel creusé sous Berlin-Est en 1953, qui a permis pendant six mois d'intercepter les communications des Soviétiques. Qu'en 1987, une secrétaire de la CIA a envoyé aux 40 espions actifs en Iran la même lettre à la même adresse, une erreur qui a éradiqué la capacité de la CIA dans ce pays aujourd'hui crucial.

Les deux principaux hauts faits de la CIA ont eu lieu au début de la guerre froide. Elle a aidé la Grande-Bretagne à renverser le président iranien Mossadegh en 1953 parce que la nationalisation de l'Anglo-Iran Oil privait le budget britannique, profondément déficitaire, de quelques malheureux millions en dividendes, une somme ridicule mais qui faisait toute la différence dans un pays encore soumis au rationnement de guerre. Et en 1954, une tête brûlée de la CIA a installé une dictature militaire au Guatemala - c'était le même agent qui avait parachuté des milliers de Sud-Coréens et de Chinois derrière les lignes ennemies durant la guerre de Corée, les envoyant vers une mort certaine à chaque fois.

Pratiquement la seule contribution positive de la CIA a été les appels au calme de ses espions à Berlin durant le blocus de 1948, alors que les généraux américains préparaient une frappe préventive contre les Soviétiques.

Malheureusement, les chapitres concernant les déboires récents de la CIA sont trop succincts. Tim Weiner note que les prisons illégales où ont été interrogés et souvent torturés 3000 prisonniers ont ressuscité un vieux concept utilisé durant la guerre de Corée, la prison se trouvant alors à Panama. «Sur ces 3000 prisonniers, dit M. Weiner, seulement 14 étaient des hauts dirigeants d'Al-Qaeda. L'administration Bush a vraiment ramené la CIA à ses pires moments du début de la guerre froide.»

Barack Obama arrivera-t-il à rendre la CIA plus propre? «Il est extrêmement difficile d'espionner de façon morale, puisque par définition il faut briser les lois des autres pays, dit le journaliste new-yorkais. Mais au moins, nous sommes le seul pays au monde à tenter d'y parvenir.»

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Des cendres en héritage - L'histoire de la CIA

Tim Weiner Éditions de Fallois, 456 pages, 39,95$

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