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Manu Militari: toujours cinglant, le rappeur

Auteur de l'album hip-hop de l'année en 2010... (Photo: fournie par Manu Militari)

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Auteur de l'album hip-hop de l'année en 2010 selon l'ADISQ, Manu Militari prépare son prochain opus.

Photo: fournie par Manu Militari

Philippe Renaud
La Presse

Du hip-hop québécois, il y en a pour tous les goûts, mais des rappeurs tels que Manu Militari, il n'y en a qu'un. Et heureusement qu'on l'a pour remettre un peu de plomb dans la plume de notre scène: rappeur engagé, voire controversé - on se rappelle sa fielleuse sortie visant l'industrie québécoise de la musique lors de l'Autre gala de l'ADISQ -, il poursuit sa tournée du disque Crime d'honneur, paru fin 2009.

«Y'a du trafic parce que je suis dans ma voiture près de Décarie; est-ce que le bruit te dérange?», demande courtoisement Manu Militari, téléphone portable à l'oreille. Mais non, il ne conduit pas. Il compose. «Je n'étais pas stationné au bon endroit, donc j'ai déplacé l'auto. J'étais en train d'écrire en attendant que t'appelles.»

Confirmé, donc: Manu Militari prépare la prochaine salve. Elle ne fera pas de quartiers, c'est l'habitude de l'artiste, qui se sert de ses histoires pour prendre position et dénoncer, tantôt de manière rap-vérité cru, comme sur le récit de Ryan racontant l'histoire d'un militaire en Afghanistan, tantôt avec bravade comme sur L'empreinte, où il critique le rap d'ici, en rimant que les MC «sentent que j'reviens encore avec le style tchétchène/Pis qu'leur mouvement est presque mort comme l'église chrétienne».

Il ne considère pas faire partie du mouvement. «Je ne veux pas en faire partie non plus. Je trouve qu'il est ridicule. Je n'écoute pas beaucoup de rap. Je veux dire: je jette un coup d'oeil sur ce qui se fait, mais je ne me sens pas concerné.

«J'aime des gars comme Kéry James ou le Rat Luciano en France; ce qu'ils font me touche. Sinon, c'est rare que le rap aujourd'hui me rejoigne. Cette musique ne reflète plus mes préoccupations. Un gars comme Akhénaton, par exemple, que j'ai suivi longtemps, qui sort un album sur la ville de New York et qui ne fait que parler de son passé, y'a rien de plus décevant. Du vide. La quête du public jeune, tout le temps? Après, on se demande pourquoi les plus vieux n'écoutent plus de rap.»

Pur et dur?

Comme plusieurs de sa génération, Akhénaton et les autres fameux conteurs du rap français ont marqué Manu Militari, son approche du métier. Issu du groupe Rime Organisée, actif au début des années 2000, Manu lance sa carrière solo avec un premier maxi autoproduit, puis lance un premier album coup-de-poing, Voix de fait, en 2006.

On salue sa plume, cinglante, rude, mais riche, vivante. L'ADISQ souligne son talent une première fois la même année, en le nommant dans les catégories Album hip-hop de l'année et, surtout, Auteur ou compositeur de l'année, une trop rare reconnaissance chez les rappeurs. «Je me vois comme un parolier, commente-t-il. Je cherche à aller plus loin dans le texte. C'est la seule façon d'avancer, de survivre, en tant qu'artiste.»

D'aucuns pourraient pourtant croire le contraire. En allant chercher son trophée pour l'Album hip-hop de l'année l'automne dernier, Manu Militari a profité de la tribune qu'on lui accordait pour dénoncer «les producteurs de disques» qui sont «des exploiteurs». L'affaire, perçue par certains comme une forme d'autosabotage, a gagné de l'ampleur lorsque Coeur de Pirate est allée dire au micro que Radio Radio aurait dû remporter le prix à sa place...

«Ma carrière dans le rap, je l'ai faite seule. Mes disques, je les ai produits moi-même, pour ensuite magasiner un label. Chez High Life Music, ils ont reçu un album fini. Mon côté business m'aide à avancer.» Et s'il faut vendre une chanson pour une pub pour vivre de son art, «si McDo me veut pour une pub contre 1 million de dollars, mettons, je serais con de refuser. Je n'approuve pas cette compagnie-là, mais je n'ai pas la prétention d'être un guide, et tant mieux si d'autres ont des principes et qu'ils les suivent jusqu'au bout. Moi, je ne suis pas comme ça.»

Quant à sa sortie à l'ADISQ, «ç'a été un bon coup de promo», dit aujourd'hui Manu Militari. «Mais ce n'est pas un accomplissement. Ni le coup de gueule ni le prix. Pour moi, l'accomplissement, c'est quand la salle est pleine à mes concerts.»

Il en a donné plus de 35 l'an dernier dans la foulée du sérieusement pertinent Crime d'honneur. Il y en aura «probablement autant pour 2011. J'essaie de faire en sorte que le concert évolue avec le temps, pour que le public ait envie d'y revenir».

Manu Militari, ce samedi soir, 23h, à l'Astral.




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