Ils se sont rencontrés à Montréal et chantent en français, en anglais, en créole, en arabe et en espagnol, parfois dans une même chanson. Vous les avez peut-être vus (à la télé) ou entendus chanter avec Ariane Moffatt pour Haïti. Hier, Nomadic Massive était au Printemps de Bourges.

Alain de Repentigny LA PRESSE

On les a casés dans la programmation hip-hop des Inouïs, les découvertes du Printemps de Bourges. Ça se défend, mais le groupe montréalais Nomadic Massive chante autant qu'il rappe, et sa musique donne parfois dans le reggae ou la musique antillaise, avec ce soupçon de jazz qu'apportent les cuivres.

Quand je leur ai demandé quels artistes les ont marqués, le premier nom qu'a lancé Diegal Leger, le chanteur, et MC, qui a appris la basse parce qu'il n'y avait pas de bassiste dans le groupe, a tout de suite lancé Saïan Supa Crew, le groupe français qui a transcendé les frontières du hip-hop et du rap pur et dur. Joli hasard, un peu plus tard, les Nomadic Massive ont croisé nul autre que Féfé, l'ex-Saïan Supa Crew, sur le site du festival.

Nés à Montréal, en Europe, en Afrique ou en Haïti, les membres de Nomadic Massive se sont regroupés en 2004, et le petit dernier, le Parisien Hichem Khalfa, a débarqué au pays il y a six mois pour étudier la trompette à McGill. Ils ont deux albums produits à compte d'auteur à leur crédit et un troisième qui devrait paraître à l'automne ou en 2014. Ils se permettent également des aventures hors du collectif, comme l'album solo du chanteur Vox Sambou, qui va être lancé mardi, le jour même du retour du groupe au pays. Et ils ont tous un gagne-pain qui a parfois peu à voir avec la musique.

Hier, ils avaient la tâche de donner un show énergique - «faites un maximum de brrruit!» - à 13h30 devant quelques centaines de personnes à peine sorties du lit et qui ne les connaissaient ni d'Ève ni d'Adam. Ce qu'ils ont fait avec panache.

Un voyage compliqué

Le plus difficile avait été accompli auparavant: se rendre à Bourges. Le Montréalais d'adoption Moustapha Terki, ancien directeur du réseau des découvertes de Bourges, les a choisis pour représenter le Québec cette année. Nomadic Massive avait donc deux problèmes de réglés: l'hébergement et la bouffe, aux frais du festival. Encore fallait-il acheter les billets d'avion pour les neuf musiciens et chanteurs.

Leur imprésario Marc-André Sarault a donc demandé une subvention à Sodexport, qui exige en retour que le groupe se déniche cinq concerts en France. Sarault les a trouvés: trois à Paris, un à Bordeaux et celui de Bourges. «Mais ça s'est réglé à la dernière minute et quand on a quitté Montréal, on n'avait pas eu la réponse de Sodexport. Je ne l'ai toujours pas.»

Qu'importe, les Nomadic Massive tenaient à accepter l'invitation de Bourges. Même s'ils ont beaucoup voyagé, c'est la première fois qu'ils jouent tous ensemble en France. Mais comme ils disent, quand ils envoient une délégation de cinq musiciens quelque part, l'esprit et la culture de Nomadic Massive fait automatiquement le voyage.

Parce que Bourges attire les professionnels du métier, ils espèrent évidemment revenir en France pour une tournée digne de ce nom. Ils considèrent que la France peut se reconnaître dans le métissage que propose Nomadic Massive. Et qu'elle peut être un tremplin vers la francophonie en général ainsi qu'une porte d'entrée sur le reste du continent européen.