(Saint-Adrien) Pilou n’est jamais à court de projets : il espère que d’autres églises vont revivre comme celle de Saint-Adrien grâce à des salles de serveurs de données. Et, surtout, que d’autres régions oseront aussi mettre en place des projets de relance !

Émilie Côté Émilie Côté
La Presse

Il n’y a pas de salle de bingo dans le sous-sol de l’église de Saint-Adrien. Plutôt de multiples serveurs qui minent de la cryptomonnaie.

Sans ces derniers, le projet de transformation de l’église en pôle créatif aurait sans doute été impossible.

La chaleur générée est récupérée et répartie dans le bâtiment. Ce serait très cher de faire autrement. « Il en coûterait 60 000 $ par année pour chauffer l’église », indique Patrick Lussier, avec qui Pilou a fondé l’entreprise Projet BTU.

On a fait d’une pierre deux coups, résume Patrick Lussier, entrepreneur qui se passionne pour la technologie, mais qui a aussi un « côté grano ». Avec Pilou, il souhaite que les églises fassent partie des plans de relance des villages du Québec.

Un réseau décentralisé de salles de serveurs de données permettrait de « connecter » enfin toutes les régions à l’internet haute vitesse, expose Pilou. « Le Conseil du patrimoine religieux prévoit qu’entre 1000 et 1500 églises seront abandonnées ou démolies d’ici cinq ans, souligne-t-il. Nous, on veut revaloriser ce patrimoine-là et le chauffer à peu près gratuitement. »

Les nombreux chapeaux de Pilou

PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE

Pilou souhaite que les églises fassent partie des plans de relance des villages du Québec.

Pilou en mène large à Saint-Adrien. Grâce au Projet 1606, une entreprise de gestion de biens immobiliers avec une conscience culturelle et sociale qu’il a fondée, il dirige aujourd’hui le Bureau estrien de l’audiovisuel et du multimédia (BEAM). Il a aussi cofondé l’OBNL La Meunerie (qui réunit sous un même toit une cuisine communautaire, une salle de spectacles et un lieu d’hébergement).

Saint-Adrien est aujourd’hui en pleine effervescence. Dans l’immeuble voisin de l’église se trouve déjà une « épicerie zéro déchet » libre-service (ouverte 24 heures sur 24, car on y entre avec un code et on paie avec une tablette). Il y a dorénavant assez d’élèves pour qu’il y ait un service de garde à l’école, située à côté de l’église. Il y a même un jardin pédagogique.

Le mouvement « Les forces fraîches »

Pilou voudrait que les projets de Saint-Adrien en inspirent d’autres partout en région.

Avec le BEAM, en collaboration avec la firme Mangrove (en stratégie d’affaires et en activation d’écosystèmes entrepreneuriaux et d’innovation), il a ainsi lancé le mouvement « Les forces fraîches » pour encourager les projets d’entrepreneuriat en région.

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Alors qu’on assiste à l’étalement urbain près des grands centres, il faut mieux réfléchir à l’urbanisme des villages et des régions, plaide Pilou. « Il faut du développement durable sous le signe de la décroissance. »

On parle des villes intelligentes. Mais il pourrait y avoir des villages intelligents.

Pilou

« Pourquoi les écoles ferment le soir avec des gymnases vides ? lance l’artiste. Une médecine communautaire préventive permettrait de grandes économies pour le système de la santé », ajoute-t-il.

Comme le maraîcher vedette de l’agriculture biologique Jean-Martin Fortier, Pilou parle « d’autonomie alimentaire ». Un projet de « fermes innovantes » est par ailleurs dans l’air à Saint-Adrien.

La vice-présidente du BEAM n’est nulle autre que Suleyka Montpetit, associée de Jean-Martin Fortier dans l’entreprise sociale Le jardinier-maraîcher.

Pilou sait bien s’entourer. Et le statu quo n’est pas pour lui.

Quand notre rencontre avec Pilou prend fin, c’est pour une bonne raison. Son amoureuse Geneviève Boivin-Roussy et lui doivent aller chez le notaire pour finaliser l’achat d’une galerie d’art à Danville.

Encore un autre projet !

> Lisez « Pilou rêve grand »