En dépit de la crise sanitaire et de ses répercussions sur les évènements culturels, l’été est à nos portes. Nous vous avons demandé en quoi consisterait votre été culturel idéal en temps de COVID-19. Survol de vos suggestions et de ce qu’en pensent ceux qui pourraient – ou non – s’en inspirer.

Marissa Groguhé Marissa Groguhé
La Presse

Des ciné-parcs partout

Premier constat sans équivoque : n’en déplaise à certains pour qui les ciné-parcs ne représentent pas vraiment la culture québécoise, beaucoup de gens souhaitent les fréquenter cet été. Et pas seulement les cinq qui sont encore ouverts. « Vivement le retour des ciné-parcs dans des endroits improbables, comme les stationnements de centres commerciaux, les aéroports, les parcs », s’enthousiasme Ginette Collin.

L’idée d’un stationnement réaménagé a souvent été évoquée par nos lecteurs, particulièrement en ville, où il n’y a pas de ciné-parc et peu de terrains qui pourraient en accueillir un.

La Ville de Québec a d’ailleurs elle-même décidé d’aménager trois ciné-parcs gratuits sur son territoire. À Montréal, « afin de respecter les mesures de distanciation physique », la Ville s’y refuse. Elle va respecter « la consigne gouvernementale provinciale quant à l’annulation des festivals et évènements pouvant créer des rassemblements sur son territoire, et ce, jusqu’au 31 août », nous indique la relationniste Marilyne Laroche Corbeil.

Et qu’en disent les propriétaires de cinémas ? Vincent Guzzo ne semble pas convaincu. « On n’a pas d’intérêt à ouvrir [un ciné-parc] sur nos stationnements », fait savoir le dirigeant de la dizaine de cinémas portant son nom. « On ne fait pas d’argent avec un écran. […] Il faut installer une structure pour l’écran et une autre pour le projecteur, ce qui pourrait coûter au-delà de 500 000 $ », évalue Vincent Guzzo.

Denis Hurtubise, vice-président de l’Association des propriétaires de cinémas et ciné-parcs du Québec, n’est pas plus enthousiaste. Des projets de ciné-parcs « itinérants » éclosent partout dans la province, avance-t-il. Or, un plan rigide a été établi avec la Santé publique pour permettre la réouverture, depuis vendredi, des ciné-parcs permanents. Des projets indépendants et éphémères viendraient faire concurrence aux institutions existantes et risqueraient de contrevenir aux instructions sanitaires, estime-t-il. 

Un espoir pour les cinéphiles : il semble que les cinémas de la province pourraient rouvrir à la fin du mois de juin, en même temps que ceux du reste du Canada.

Culture au volant

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, ARCHIVES LA PRESSE

La formation Bleu Jeans Bleu sera à l'affiche de la série TD Musiparc.

Bien des lecteurs de La Presse ont envie de fréquenter les ciné-parcs… mais pas pour y voir des films, plutôt toutes sortes de spectacles, de la musique au théâtre, en passant par la danse ou l’humour.

Le groupe 2Frères a été parmi les premiers à annoncer des spectacles dans des ciné-parcs. Et d’après Luc Quintal, agent chargé du marché francophone de l’agence artistique et de spectacles Pierre Gravel International, c’est une idée gagnante. « La distanciation va être favorisée et il sera possible d’avoir un son impeccable avec un signal radio transmettant le son dans l’automobile », soutient-il.

Pas étonnant que la série TD Musiparc ait été lancée cette semaine. Au programme, une centaine de spectacles, dont ceux de Bleu Jeans Bleu, Brigitte Boisjoli, Guylaine Tanguay et Ludovick Bourgeois à Québec, Mercier, Bromont, Mirabel et Gatineau, dès le 19 juin.

Un festival d’humour « au volant », Fauv, a également été annoncé pour le week-end du 3 au 5 juillet. L’emplacement, situé dans la grande région de Montréal, n’a pas encore été dévoilé, mais il pourra accueillir 500 véhicules. À Laval, le spectacle de lumières Illumi se transformera à l’automne en parcours automobile.

Exploiter les espaces verts et les rues piétonnes

PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE

Des activités culturelles en plein air pourraient avoir lieu un peu partout en ville, notamment dans les parcs.

Autre piste suggérée par nos lecteurs : des activités culturelles en plein air un peu partout en ville, notamment dans les parcs. Le cinéma, sans la voiture cette fois, a encore la cote. Chantal Lecavalier imagine « une représentation dans un terrain de baseball ou de soccer avec des marques au sol pour délimiter les espaces de deux mètres ».

« Il serait intéressant pour tout le monde, à Montréal, de créer un cinéma à ciel ouvert », commente Manuela Goya, vice-présidente au développement de la destination de Tourisme Montréal. Certains promoteurs partenaires de Tourisme Montréal semblent même enclins à concrétiser l’idée.

La lectrice Lucie Lafrance, elle, souhaiterait des « concerts de musique classique dans un grand parc, avec la distanciation, tout ça en diffusion live payante à la télé (à moindre coût) ».

L’entreprise de promotion, de gérance et de spectacles Indie Montréal espère justement mettre sur pied une variante de cette proposition, nous explique son fondateur Jon Weisz, qui dirige également les Scènes de musique alternative du Québec, organisme représentant les intérêts des salles de diffusion musicale indépendantes. Quand les salles pourront accueillir un public réduit, elles pourraient vendre un nombre de places donné pour une présence physique, ainsi que d’autres billets moins chers pour une diffusion simultanée en ligne.

Redécouvrir sa ville

PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

Des lecteurs aimeraient que les artères sans véhicules deviennent des « terrains de culture ».

Davantage de rues seront piétonnes et cyclables cet été. Certains d’entre vous aimeraient que ces artères sans véhicules deviennent des « terrains de culture ». Dominique Fortin espère voir de l’« art urbain dans les rues piétonnes et couloirs sanitaires, [des] musiciens de rue, [des] ventes trottoirs tout l’été ».

Montréal, cette fois, semble plus enthousiaste. « La Ville a mis sur pied un réseau VAS [voies actives sécuritaires] et prévoit les animer au bénéfice de tous, indique la relationniste Marilyne Laroche Corbeil. Alliant mobilité et culture, ces espaces seront aménagés pour cultiver et nourrir l’intérêt des Montréalais pour la culture et pour l’histoire. »

On prévoit par exemple des « parcours patrimoniaux », dont un circuit pour les collections privées ou municipales de murales et d’œuvres d’art publiques, indique Manuela Goya, de Tourisme Montréal.

Le Quartier des spectacles a également revu l’entièreté de son plan estival. La Place des festivals sera un lieu privilégié pour une forme d’offre culturelle « alternative », nous explique Monique Simard, présidente du conseil d’administration du Partenariat du Quartier des spectacles.

Pour éviter les attroupements, « il y aura des prestations spontanées, dans toutes les disciplines, du cirque, du théâtre, de la littérature », ajoute-t-elle, mentionnant également des vidéoprojections sur les murs de la Grande  Bibliothèque.

Partout, des solutions se dessinent pour pallier les dommages dans l’offre culturelle. « L’été va être complètement différent et déroutant et on ne peut pas tout prévoir, juste faire des plans, avance Manuela Goya. Mais tout le monde est très créatif. »