La décision du maire John Tory d’annuler tous les festivals torontois jusqu’au 30 juin pourrait bien marquer le début d’une nouvelle vague d’annulations au pays. Si aucune décision n’a encore été prise à la Ville de Montréal, les festivals montréalais envisagent différentes options, dont un report en bloc à l’automne.

Jean Siag
Jean Siag La Presse

Le maire John Tory a annoncé mardi après-midi l’annulation de tous les festivals de la Ville Reine jusqu’au 30 juin pour lutter contre la pandémie de la COVID-19. Une décision qui coïncide avec la directive du gouvernement fédéral de fermer ses frontières aux ressortissants étrangers jusqu’à cette date.

La décision du maire, recommandée par les autorités de santé publique, vise également les conférences et les programmes culturels. Aucun permis ne sera délivré pour des événements organisés dans des parcs, espaces publics, centres culturels ou encore dans des musées, a fait savoir le maire de Toronto.

PHOTO ANDREW LAHODYNSKYJ, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

La chanteuse Carly Rae Jepsen, lors de Pride Toronto, fierté gaie de la Ville Reine, en juin 2019

La ville de Toronto, qui compte à ce jour 793 personnes infectées par le coronavirus, a donc tiré un trait sur de nombreux événements à venir, dont le Toronto Jazz Festival, North by Northeast, le festival Hot Docs ainsi que le week-end de la fierté gaie, Pride Toronto, qui devait avoir lieu du 26 au 28 juin. Le festival des arts de la scène Luminato, qui devait commencer le 11 juin, a lui aussi été annulé jeudi dernier.

« Ce n’est pas une décision facile, mais elle est nécessaire pour protéger le public et sauver des vies », a dit le maire de Toronto mardi.

« D’ici trois semaines, on sera fixés »

Les yeux sont maintenant rivés sur Montréal, dont plusieurs festivals d’été sont encore inscrits au calendrier. Mardi soir, la mairesse Valérie Plante n’avait pris aucune décision à ce sujet. Elle n’a pas souhaité réagir à la décision du maire Tory.

« Nous allons suivre les directives de la Direction régionale de santé publique (DRSP) », a indiqué Laurence Houde-Roy, attachée de presse du comité exécutif. « Aucune décision n’a encore été prise à ce sujet, mais la DRSP tranchera en temps et lieu en fonction de l’évolution de la situation. »

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

Concert de Koriass aux Francos en juin 2019, à la place des Festivals, à Montréal  

Les Francos, le Festival international de jazz, Montréal complètement cirque et le festival Juste pour rire sont tous prévus en juin ou durant la première quinzaine de juillet, tout comme le Festival d’été de Québec.

Mardi soir, le directeur général de la TOHU, Stéphane Lavoie, qui chapeaute le festival Montréal complètement cirque, a confié à La Presse que les festivals montréalais discutaient sur une base quasi quotidienne et étudiaient plusieurs scénarios, dont celui de reporter en bloc leurs festivals à l’automne.

« On est tous solidaires, a-t-il indiqué, et c’est l’un des scénarios qu’on étudie en ce moment, mais c’est complexe. » 

C’est sûr qu’on ne peut pas rester longtemps la patte en l’air. Il va falloir prendre une décision. Je pense que d’ici trois semaines, on sera fixés.

Stéphane Lavoie, directeur général de la TOHU

Montréal complètement cirque a déjà pris la décision de reporter à l’an prochain les six spectacles de son volet international.

« Comme on a un volet extérieur, on doit tenir compte de deux éléments : notre droit de nous rassembler et la capacité du public à payer pour les autres spectacles intérieurs, donc on évalue tout ça avec les directeurs des autres festivals », nous dit Stéphane Lavoie.

Déjà des annulations

À la suite de la directive du gouvernement fédéral de limiter l’accès à nos frontières aux ressortissants étrangers jusqu’au 30 juin, maints festivals avaient déclaré forfait. Santa Teresa, Pouzza Fest, Les Coups de théâtre, Petits Bonheurs et le Carrefour international de théâtre (à Québec) ont tous été annulés. Le Festival TransAmériques (FTA) a quant à lui annulé son volet international (12 spectacles) la semaine dernière.

À Toronto, la ministre ontarienne responsable du Tourisme et de la Culture, Lisa MacLeod, a indiqué que les subventions de 200 millions seraient tout de même versées aux organisateurs d’événements et de festivals prévus d’ici le 30 juin.

Dans une entrevue récente avec La Presse, le président et directeur général du Regroupement des événements majeurs internationaux (REMI), Martin Roy, avait insisté sur l’importance pour les gouvernements d’honorer ces engagements-là en cas d’annulation, puisqu’avec les commandites, ces revenus d’environ 21 % assuraient un « plancher » pour les organisateurs de festivals.

Afin de minimiser les pertes, Martin Roy avait également indiqué qu’il y avait un consensus sur le moment optimal pour annuler un événement, soit de huit à dix semaines avant le début d’un festival.

> Relisez notre article Les festivals de l’été auront-ils lieu ?