Les agences de sécurité privée sont partout. Dans les magasins, les banques, les maisons, les festivals. Même les réseaux informatiques. L'industrie est en pleine ébullition. Elle est aussi en pleine restructuration, régie depuis peu par une loi qui garantit que ses dirigeants, comme ses employés, ont un passé sans tache.

Mis à jour le 17 oct. 2011
Gabrielle Duchaine, collaboration spéciale LA PRESSE

Ilexiste pas moins de 1200 entreprises de sécurité au Québec. Bien sûr, il y a les Garda, les Securitas et les Brinks de ce monde. Bien visible avec leurs employés en uniforme et leurs camions blindés. Mais il y a aussi toute une gamme d'entreprises oeuvrant dans la serrurerie ou les systèmes d'alarme, qu'on ne remarque pas, mais dont le rôle est tout aussi important.

Avec 30 000 employés au service de firmes privées, sans compter tous ceux qui travaillent pour les entreprises assurant leur propre sécurité, l'industrie a des tentacules dans tous les secteurs, industriels comme résidentiels.

De par leur travail, les agents ont accès aux coffres-forts, aux contenus des caisses enregistreuses, aux maisons de leurs clients où à leurs ordinateurs.

«C'est particulièrement important qu'ils n'aient pas d'antécédent judiciaire», indique le directeur général du Bureau de sécurité publique, Denis Levesque, qui règlemente depuis quelques années les agences de sécurité de la province.

Réforme

En 2006, à la demande de l'industrie, une nouvelle loi sur la sécurité privée a été adoptée par l'Assemblée nationale. Avec elle, la création du Bureau de sécurité publique. «À l'image d'un ordre professionnel, notre rôle est de certifier les entreprises et leurs employés et d'éliminer ceux qui n'ont pas d'affaire là», explique M. Levesque.

Ainsi, depuis l'été 2010, les agences de sécurité et tous leurs employés qui travaillent sur le terrain doivent être certifiés.

«On s'assure qu'il n'y a pas de passé criminel ou de lien avec le crime organisé, dit M. Levesque. Mais on va plus loin que ça. Il faut aussi avoir de bonnes moeurs. Quelqu'un qui a la réputation de se tenir dans un environnement criminel n'aura pas le permis même s'il n'a pas d'antécédents.»

Les agents ont également l'obligation de se soumettre à une nouvelle formation réglementaire.

«C'est toute une réforme, mais les entreprises la souhaitaient», assure dit le directeur général. Et elle est arrivée juste à temps.

Pour éviter les BCIA

En avril 2010, l'entreprise BCIA et son patron se sont retrouvés au banc des accusés sur la place publique. Le président de la firme, qui surveillait à l'époque le quartier général de la police à Montréal, avait plusieurs poursuites civiles et pénales sur le dos. Il avait aussi fait faillite deux fois.

La loi, qui avait été adoptée quelques années plus tôt, est entrée en vigueur quelques mois après cet incident.

Depuis, le Bureau a délivré 800 accréditations à des entreprises et en a refusé une.

Elle en a aussi délivré 24 000 à des agents et refusé 200, soit à cause d'un passé louche ou d'un manque de formation.

Vu le nombre élevé d'entreprises, le processus d'accréditation est toujours en cours, plus d'un an après son lancement.

Prochaine étape: accréditer les employés d'entreprises et d'organismes qui assurent leur propre sécurité. Les portiers de bar par exemple. «On a du pain sur la planche», prévoit Denis Levesque.

Une fois le processus terminé, un registre des firmes et des personnes certifiées permettra aux clients de s'assurer qu'ils peuvent faire entièrement confiance à leur serrurier, leur installateur de système d'alarme ou leur conseiller en sécurité.

LA SÉCURITÉ DES ENTREPRISES AU QUÉBEC

-1200 firmes dans six champs d'exploitation: le gardiennage, l'investigation, la serrurerie, les systèmes électroniques de sécurité, le convoyage de biens de valeur et le service-conseil de sécurité.

- Entre 25 000 et 30 000 employés, dont des milliers d'agents.

- Des entreprises internationales comme Garda, Securitas et GS4.

- 800 permis accordés à des agences et 24 000 à des agents depuis la mise en application de la nouvelle loi en juillet 2010.

- Un permis refusé à une agence et 200 à des agents depuis la mise en application de la nouvelle loi en juillet 2010.