Depuis quelques années, les experts estiment que les taux d'intérêt finiront par monter et que cela aura un impact négatif sur le rendement des fonds et des portefeuilles d'obligations. Pourtant, les obligations ont continué au cours des dernières années d'assurer aux investisseurs un rendement qui, sans être mirobolant, est certainement intéressant. Que nous réserve 2016 ?

Publié le 29 févr. 2016
Jean Gagnon LA PRESSE

LA MÉCANIQUE

Le rendement total que l'investisseur réalise sur ses obligations provient de deux sources : les intérêts qu'il reçoit et le gain (ou la perte) en capital occasionné par la hausse (ou la baisse) du prix de ses obligations. Le prix des obligations fluctue en fonction des taux d'intérêt. Lorsqu'ils montent, les prix des obligations baissent, occasionnant ainsi une perte de capital. Inversement, lorsque les taux d'intérêt baissent, les prix des obligations montent, ce qui génère un gain en capital. C'est pourquoi les prévisions quant aux taux d'intérêt prennent tant d'importance pour évaluer la performance à venir des obligations.

RÉSULTATS RÉCENTS

Le rendement total des obligations se mesure par l'indice FTSE TMX, qui comprend toutes les obligations canadiennes, autant celles des gouvernements fédéral, provinciaux et municipaux que celles des sociétés. Pour l'année terminée le 31 décembre 2015, le rendement de l'indice FTSE TMX a été de 3,52 %. Depuis 3 ans, son rendement moyen a été de 3,63 % et depuis 5 ans, de 4,80 %. L'investisseur pouvait réaliser ces rendements, moins des frais de gestion, en détenant un fonds négocié en Bourse, tel l'iShares Canadian Universe Bond Index (XXB). Le rendement du fonds a été de 3,15 % en 2015. Il a rapporté 3,30 % en moyenne depuis trois ans et 4,48 % depuis cinq ans.

POURQUOI CES RENDEMENTS ?

Depuis la crise financière de 2008-2009, toutes les banques centrales ont abaissé substantiellement leur taux directeur afin d'aider à relancer leurs économies. Dans bien des cas, comme aux États-Unis et en Europe, le taux directeur de la banque centrale est tombé aussi bas que zéro. Au Canada, il s'en est approché. La chute des taux directeurs a entraîné avec elle les taux obligataires. Les taux sur les obligations de court terme du gouvernement du Canada sont inférieurs à 1 %. Quant aux obligations de plus long terme, les taux des titres gouvernementaux oscillent entre 1,5 % et 2,5 %.

LA FED

Les autorités monétaires, autant canadiennes qu'américaines, joueront donc un rôle encore très important dans les résultats des marchés obligataires, croit Mathieu D'Anjou, économiste principal, Mouvement Desjardins. Mais en 2016, l'approche de la Réserve fédérale américaine (Fed) pourrait être très différente de celle de la Banque du Canada (BdC). La Fed a haussé son taux directeur pour la première fois depuis la crise financière le 16 décembre dernier. La hausse a été de 0,25 %. Il était à 0 % depuis la crise. Les experts croient qu'elle poursuivra dans cette voie. « La Fed haussera ses taux deux autres fois en 2016 », prédit Mathieu D'Anjou.

LA BANQUE DU CANADA

Au Canada, ce pourrait être fort différent. Contrairement à la Fed, la BdC a abaissé deux fois son taux directeur en 2015. Il est ainsi passé de 1 % à 0,50 %. Les dirigeants de la BdC croyaient, avec raison, que l'économie canadienne allait être beaucoup plus secouée par la chute rapide du prix du pétrole que l'économie américaine, et c'est pourquoi elle a abaissé son taux d'intérêt. « Comme le prix du pétrole tarde à remonter et que l'on ne prévoit pas de pressions inflationnistes, du moins à court terme, le taux directeur de la BdC va demeurer où il est durant toute l'année », prévoit Mathieu D'Anjou.

PERSPECTIVES

Que peut-on espérer comme rendement des obligations en 2016 ? Actuellement, le coupon moyen de l'ensemble des obligations canadiennes est de 3,68 %, explique Guy Liébart, président de Gestion Sodagep et spécialiste du marché des obligations. « Nous prévoyons peu de changement quant aux prix des obligations canadiennes en 2016, si bien que le rendement total de l'année sera de l'ordre d'environ 3,5 %, sensiblement le même que l'année dernière », dit-il. Chez Desjardins, on est moins optimiste et l'on croit que le rendement se situera entre 1 % et 2 %. Pour le mois de janvier 2016, l'indice FTSE TMX a réalisé un rendement total de 0,39 %.

QUE FAUT-IL SURVEILLER ?

Qu'est-ce qui pourrait faire dérailler ces prévisions ? « Si les taux obligataires demeurent si bas, c'est surtout que la croissance de l'économie mondiale n'est pas très forte », dit Guy Liébart. Celle-ci avoisine 3 % actuellement, et le consensus des économistes ne prévoit pas qu'elle soit tellement plus forte l'an prochain. De plus, les économies des pays émergents, dont, principalement, la Chine, ne semblent pas suffisamment vigoureuses pour relancer à la hausse les prix du pétrole et des autres matières premières. Sans inflation, les taux d'intérêt demeurent bas. Les conditions semblent donc encore propices à des rendements positifs sur les marchés obligataires.