Naviguant sur des eaux où elles sont pressées de s'améliorer et de se renouveler constamment, les PME doivent compter sur des investissements fréquents pour maintenir le cap et conserver leur avance sur la concurrence. Cette obligation n'est pas sans risque, et ce, même sans tenir compte de la situation économique mondiale.

Mis à jour le 23 oct. 2012
Martin Primeau, collaboration spéciale LA PRESSE

Alors, que penser lorsque la crise guette l'Europe et que la reprise tarde aux États-Unis? Devant un climat économique aussi incertain, les dirigeants de PME se posent une question plus terre à terre: «Est-ce un bon moment pour investir dans l'entreprise?»

À cette question, Pierre Cléroux, vice-président à la recherche et économiste en chef de la Banque de développement du Canada (BDC), n'a qu'une seule réponse: «Le moment est excellent.»

Selon lui, quatre raisons devraient motiver les entrepreneurs à injecter des fonds dans leur entreprise: les taux d'intérêt très bas, l'offre de crédit «intéressante», le dollar élevé, qui se prête bien à l'achat d'équipements étrangers, et la bonne performance de l'économie canadienne.

Intentions mitigées

Ces conditions sont donc susceptibles de pousser les dirigeants de PME à délier les cordons de leur bourse. Pourtant, leurs intentions demeurent incertaines.

Selon le plus récent sondage de la BDC, 68% des entreprises québécoises prévoient investir dans la prochaine année. À l'échelle canadienne, 56% des entreprises ont la même intention.

Il y a toutefois une ombre au tableau: la proportion de chefs d'entreprise qui prévoient investir davantage au cours des 12 prochains mois est passée de 44% en juillet à 37% le mois dernier. À l'inverse, le nombre d'entrepreneurs qui comptent investir moins que par le passé dans leur entreprise a augmenté.

Selon Simon Gaudreault, économiste à la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante (FCEI), le manque d'optimisme des chefs d'entreprise s'explique en partie par le climat d'incertitude économique. «Oui, les propriétaires de PME peuvent acheter de l'équipement, dit-il, mais ils doivent aussi tenir compte d'un environnement mondial difficile, et c'est peut-être pour cette raison qu'on n'observe pas les investissements et la modernisation qu'on souhaiterait.»

Pendant ce temps, les PME québécoises qui font des profits, au lieu de les réinjecter immédiatement dans l'entreprise, préfèrent rester sur les lignes de côté.

«Si on prend les données de l'ensemble des banques et de Desjardins, les dépôts ont crû de 10% environ depuis un an, explique Denis Faubert, directeur principal, gestion de produits aux entreprises à la Banque Nationale du Canada. On voit que les entreprises sont en mode mettre de l'argent de côté plutôt que de penser à des projets d'investissement.»

«Il faut comprendre que les PME ont des moyens de PME», explique Simon Gaudreault, qui souligne aussi que des projets d'investissement comportent souvent pour elles des risques importants. «Quand les ressources sont limitées, on reste prudent, ajoute-t-il. Lorsqu'une décision a autant d'impact sur l'avenir d'une entreprise, on a intérêt à prendre la bonne décision.»

Crédit difficile

Qui dit injection de fonds dit souvent besoin de financement. Parmi les freins à l'investissement relevés par la BDC dans son sondage, la question de l'accès au crédit est au premier rang. Environ 30% des dirigeants de PME québécoises et canadiennes indiquent qu'ils n'investiront pas cette année à la hauteur de leurs ambitions pour cette raison.

Un problème encore plus criant dans l'univers des petites entreprises, soulignent tour à tour Pierre Cléroux et Simon Gaudreault.

Selon Denis Faubert, si les banques sont moins enclines à financer les projets en démarrage, elles sont moins réticentes dans le cas de PME qui ont déjà fait leur place. «Les banques regardent très favorablement tous les projets d'investissement qui vont aider l'entreprise à augmenter sa productivité, indique-t-il. C'est de cette façon qu'elles pourront s'armer contre la mondialisation.»

Les autres devront se tourner vers une avenue différente, quitte à demander aux gouvernements plus de souplesse, indique Simon Gaudreault. En se basant sur les résultats d'un sondage réalisé en 2011 par la FCEI, il avance que 53% des dirigeants d'entreprise investiraient dans l'achat de nouveaux équipements s'ils avaient accès à des fonds suffisants. «On peut donc présumer que si le gouvernement donne un peu d'air aux entreprises au moyen d'allègements fiscaux, l'argent va se retrouver dans une amélioration de la productivité des PME», ajoute-t-il.