Les robots n'ont pas encore remplacé la main-d'oeuvre humaine à la Fromagerie Bergeron, mais une tendance forte se dessine : chaque année, la PME de Saint-Antoine-de-Tilly, près de Québec, investit « au moins 2 millions de dollars » dans l'automatisation de sa production.

YVON LAPRADE LA PRESSE

« On n'a pas le choix de faire autrement pour réduire nos coûts et maintenir nos marges [de profitabilité] », explique Roger Bergeron, 49 ans, président de la fromagerie familiale qu'il dirige avec son frère Mario.

Il ne cache pas que la robotisation s'est imposée d'elle-même, au cours des dernières années, pour pallier les problèmes criants de main-d'oeuvre dans le secteur de la transformation alimentaire, mais aussi pour faire face à la concurrence de producteurs étrangers [en Europe, dans la zone transpacifique, aux États-Unis et au Mexique] dans le cadre des accords commerciaux de libre-échange avec le Canada.

« On suit le courant, soumet-il, mais on doit investir de façon responsable. Il faut comprendre que plus on automatise, plus il nous faut des employés qualifiés, des ingénieurs, entre autres, pour assurer une bonne transition dans le processus de fabrication. »

Un virage nécessaire

Chose certaine, l'industrie de la transformation alimentaire connaît d'importantes... transformations, comme le rapporte Dimitri Fraeys, vice-président, innovation et affaires économiques, au Conseil de la transformation alimentaire du Québec (CTAQ).

« Il y a plein de belles opportunités, ajoute-t-il. C'est aux entreprises qu'appartient la décision d'en bénéficier en modernisant leurs installations, en intégrant les robots dans la production. »

« L'automatisation des usines de transformation peut devenir un avantage pour les employés, qui peuvent ainsi se concentrer sur des tâches moins répétitives, beaucoup plus valorisantes. »

Il signale que les entreprises qui prennent le virage technologique ont accès au programme Robotisation et systèmes de qualité qui a été mis en place par le ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec (MAPAQ) en 2017 et qui prévoit des subventions de 75 millions sur 5 ans.

Or, la partie est loin d'être gagnée, nuance Charles Langlois, PDG du Conseil des industriels laitiers du Québec. Il constate que les entreprises qui transforment les produits laitiers sont sous pression et qu'elles doivent innover pour maintenir leur profitabilité, avec l'ouverture des frontières commerciales. Il reproche à Ottawa de se traîner les pieds pour permettre aux fromageries et aux producteurs de yogourts, notamment, d'être plus compétitifs et de disposer des moyens financiers pour innover.

« On a fait des demandes d'aide financière au gouvernement, rappelle-t-il. Mais il ne se passe rien. On se sent un peu abandonnés. »

Pris dans un carcan

C'est un peu ce que ressent, à sa manière, le président de Fromagerie Bergeron. Malgré toute sa bonne volonté, et en dépit des projets d'investissements pour rendre ses deux usines performantes, il a du mal à cacher ses inquiétudes face à l'avenir de son entreprise.

« Il y a de moins en moins de fromageries de taille moyenne, comme la nôtre. On se bat pour hausser nos parts de marché, mais ce n'est pas facile. Les fromages importés occupent de plus en plus de place dans les marchés d'alimentation, et ça se fait à notre détriment », indique Roger Bergeron.

« On est des passionnés, on aime ce qu'on fait, et personnellement, j'aimerais bien que mes enfants prennent un jour la relève, convient-il, mais on le voit bien : le Canada nous a placés dans une position vulnérable en ouvrant ses marchés aux fromagers de l'étranger. »

Mais là n'est pas le seul enjeu. De son propre aveu, il se sent « pris dans un carcan » sur la question des approvisionnements laitiers. « Je comprends la réalité des producteurs de lait, qui ont le droit d'être payés pour leur production et qui ont eux aussi leurs problèmes, tient-il à rappeler, mais il reste que dans le système actuel [de gestion de l'offre], je paye mon lait de 20 à 25 % plus cher que les fromageries étrangères, qui viennent me concurrencer dans mon marché. »

Fromagerie Bergeron en bref

250 employés

Chiffre d'affaires : plus de 20 millions