Même si les femmes sont encore minoritaires dans le milieu de la finance, les étudiantes dans le domaine sont pleinement motivées à s’y tailler une place de choix. La Presse a discuté d’avenir avec quatre finissantes dont l’excellence a été soulignée par l’Association des femmes en finance du Québec.

Samuel Larochelle
Samuel Larochelle Collaboration spéciale

Une présence féminine forte

À 25 ans, Emmie Grégoire-Salmon se voit déjà afficher un leadership féminin et positif dans une organisation. « Je ne sais pas encore où je travaillerai, mais je sais que je veux avoir un impact social dans le développement des femmes dans les milieux majoritairement masculins », explique-t-elle.

D’abord diplômée au baccalauréat en génie industriel à Polytechnique, la Rouyn-Norandienne d’origine a décidé de marier les sciences et l’administration en poursuivant à la maîtrise en ingénierie financière à HEC Montréal. Fraîchement diplômée, elle veut devenir consultante en implantation de technologies financières. « Je vais pouvoir travailler dans plusieurs industries, continuer d’apprendre et remplir ma boîte à outils, avant de me spécialiser. »

Seule femme sur 15 étudiants à la maîtrise, elle n’appréhende nullement le fait d’être minoritaire sur le marché du travail. « Aujourd’hui, on est au courant que les femmes sont des vecteurs de changement qui contribuent à la mise en place de milieux plus diversifiés et plus inclusifs. Il reste encore certaines barrières, mais elles tombent tranquillement. »

À ce jour, elle ne prévoit pas retourner en Abitibi-Témiscamingue. « Je veux travailler à Montréal ou dans une ville encore plus grande, voire dans un autre pays. »

Un parcours de résilience

PHOTO FOURNIE PAR CHOUROUK BOUGUERRA

Chourouk Bouguerra

Chourouk Bouguerra a changé de continent, avant de changer de programme. Tunisienne d’origine et titulaire d’une maîtrise en modélisation et en décisions financières, elle s’est inscrite avec enthousiasme au doctorat à l’Université Laval pour vivre une expérience internationale. Cependant, elle a vite senti que le programme n’était pas fait pour elle. « Je ne me sentais pas à ma place, dit l’étudiante de 27 ans. Ça ne coïncidait pas avec mes objectifs. »

À la même période, des problèmes de santé importants ont accentué son malaise. « Malgré tout ça, j’ai continué et réussi mes cours. Je voulais me prouver que j’étais capable. » Néanmoins, sa remise en question s’est poursuivie durant la pandémie. « De mai à septembre 2020, je réfléchissais juste à ça. J’ai fini par comprendre que le doctorat n’était pas ce que je cherchais et que le MBA en finances était le meilleur moyen pour commencer ma vie professionnelle. »

Aujourd’hui, elle se voit travailler comme analyste financière. « Je veux soutenir une organisation dans sa croissance tout en répondant aux besoins de l’être humain. Quand je serai sur le terrain, je vais sûrement développer des objectifs plus grands et plus sophistiqués. »

Une chose est certaine, elle veut rester à Québec. « J’ai travaillé fort pour m’intégrer dans la société. Ce n’était pas facile, mais j’aime ce que j’ai construit, la ville et les gens. J’ai commencé à comprendre leur culture et leur vision de la vie. Je veux en connaître plus ! »

Suivre les traces

PHOTO FOURNIE PAR ALYCIA BRODEUR-CHARRON

Alycia Brodeur-Charron

Alycia Brodeur-Charron a pratiquement suivi les traces de ses parents, qui ont travaillé toute leur vie en administration et en marketing. Se disant économe depuis sa tendre jeunesse, elle a choisi d’étudier en finance à HEC Montréal. « Le programme rejoignait mes intérêts pour les chiffres et l’actualité : j’aime comprendre comment les évènements du monde ont un impact sur les entreprises et les marchés, explique la jeune femme de 21 ans originaire de Longueuil. Comme j’adore les défis et que je m’ennuie rapidement, je savais que les finances m’offriraient un domaine qui bouge beaucoup et qui m’oblige à constamment m’adapter. »

Ne sachant pas encore ce qu’elle désire du marché du travail, elle poursuit ses études à la maîtrise pour approfondir ses connaissances. Cela dit, elle entrevoit de travailler pour une banque ou dans les finances d’une entreprise. « Je tends davantage vers ça que vers les placements, mais je ne suis pas encore fixée. Mes stages à venir vont m’aider à définir ce que je veux. »

Lorsqu’on la questionne sur le milieu majoritairement masculin dans lequel elle évolue depuis le début de son bac, elle ne s’en formalise pas. « Depuis mes débuts, j’ai rencontré des gens extraordinaires, autant des femmes que des hommes, qui valorisent la place de la femme en finance. C’est un beau domaine qui change. J’ai l’impression que j’ai ma place et que je vais être capable de réussir. »

La science des chiffres

PHOTO FOURNIE PAS CORALIE BEAUDET

Coralie Beaudet

Ayant un vif intérêt pour les sciences au cégep, Coralie Beaudet a d’abord étudié un an en chimie au baccalauréat avant de se réorienter vers les finances à l’Université Laval. Et c’est un peu la « faute » de son père. « Quand il me parlait de ses investissements en Bourse, ça m’a donné envie d’en savoir plus et de découvrir les stratégies derrière ça, plutôt que de seulement placer de l’argent et d’attendre que ça bouge », explique l’étudiante de 23 ans originaire de Saint-Jean-Port-Joli.

Dès le début de son baccalauréat en finance, en 2018, elle s’imaginait devenir gestionnaire d’imposants portefeuilles dans une banque ou une compagnie d’assurance. Puis, tout a changé. « Aujourd’hui, mon intérêt principal est vraiment pour l’analyse d’états financiers. Quand j’ai fait des cours de comptabilité, j’ai vraiment aimé ça. C’est assez connexe aux finances. »

Particulièrement déterminée, elle entreprendra un MBA en finance en septembre prochain. « Mon objectif principal est d’être CFA [chartered financial analyst], titre professionnel très reconnu aux États-Unis et ici aussi. J’ai envie d’être encore étudiante, alors que je devrai aussi investir entre 400 à 500 heures pour passer l’examen de CFA. » Au bout de 18 mois, si tout va bien, elle se lancera sur le marché du travail en analyse financière.