Hygie Canada avait depuis plusieurs années l’objectif de fabriquer ici ses produits destinés à la gestion des liquides biologiques. Le chemin a été semé d’embûches, mais l’entreprise de Drummondville y est parvenue grâce à l’apport d’un ingénieur mécanique, Éric Pelletier.

Julie Roy
Collaboration spéciale

Diplômé en 1995 de l’École de technologie supérieure (ETS), Éric Pelletier a travaillé de nombreuses années pour de grandes entreprises, notamment Bombardier. En 2008, il a même ouvert son bureau de consultant. Sa carrière a pris un virage pour le moins inattendu lorsqu’il a rencontré Éric Tanguay, propriétaire d’Hygie Canada. « Il était visionnaire et tout de suite, il s’est créé une chimie entre nous. Il tenait à ouvrir une usine ici pour démarrer une production locale et j’ai sauté dans le train », explique l’ingénieur, qui est maintenant associé dans l’entreprise.

Le fait qu’Hygie Canada ait comme spécialité une cinquantaine de produits comme des sacs vomitoires, des enveloppes hygiéniques munies d’un tampon urinaire et des systèmes de bassin ne l’a jamais gêné, bien au contraire. « Oui, je fais des sacs à caca, mais ce n’est pas le produit qui importe, c’est le processus manufacturier. J’ai élaboré la principale machine qui insère les tampons. Il a fallu quatre ans de travail d’ingénierie pour que tout soit fonctionnel à 100 %. Maintenant, nous sommes entièrement automatisés et notre taux de rejet est de moins de 2 %. On peut vraiment concurrencer la Chine. »

PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE

Pour Éric Pelletier, le secret est de prendre le temps d’écouter les gens qui font fonctionner les machines.

Éric Pelletier ne se considère pas comme un ingénieur de bureau, mais de terrain. Au fil des années, deux nouvelles machines se sont ajoutées à l’équipement, mais elles ont subi une transformation majeure pour correspondre aux normes de qualité du manufacturier. Pour lui, le secret est de prendre le temps d’écouter les gens qui font fonctionner les machines.

Un ingénieur ne peut pas travailler seul. Aujourd’hui, nous sommes 30 employés et toute l’équipe est importante. Nous ne serions rien sans les vrais spécialistes, ceux qui opèrent les machines.

Éric Pelletier, ingénieur et associé chez Hygie Canada

Pas si facile être vert

Le souci de l’environnement est l’une des valeurs principales d’Hygie Canada, mais quand on est ingénieur, il n’est pas toujours simple d’arrimer l’équipement aux idéaux.

« Celui qui dit qu’être vert est simple se trompe. Il est bien plus facile de prendre du film plastique vierge que de la matière recyclée qui n’a jamais la même qualité. Il nous a fallu cinq ans de développement pour arriver à intégrer 30 % de matières recyclées dans nos produits. Nous sommes très fiers des efforts que nous avons faits parce qu’uniquement en 2020, ce sont plus de 350 tonnes de matières [fibre et plastique] qui n’ont pas fini dans des sites d’enfouissement », affirme Éric Pelletier.

Un produit indispensable en milieu hospitalier

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Distribués dans 1200 établissements autant ici qu’à l’étranger, les produits d’Hygie Canada suscitent un regain d’intérêt depuis le début de la pandémie.

Distribués dans 1200 établissements autant ici qu’à l’étranger, les produits d’Hygie Canada suscitent un regain d’intérêt depuis le début de la pandémie. Pour cause, ils permettent d’éliminer les contaminants à la source, évitent la propagation des infections ainsi que les éclaboussures, causes principales de contamination croisée. « Nos ventes ont augmenté de 30 % depuis mars passé. Certaines personnes ont vraiment compris que l’on permet aux personnels soignants de réduire les risques potentiels tout en leur sauvant du temps. En somme, on sauve des vies par la bande. »

En ce moment, même si la relève en ingénierie est assurée au sein de l’usine, Éric Pelletier ne chôme pas. En collaboration avec différents Centres collégiaux de transfert de technologie (CCTT), il s’affaire à concevoir cinq nouveaux produits. « On travaille avec les meilleurs parce qu’il ne faut jamais cesser d’innover. »