Alors que la pandémie de COVID-19 a amené le Québec à vouloir augmenter son autonomie alimentaire, ChrysaLabs lance sur le marché une sonde portative pour analyser le sol en temps réel. En sachant précisément ce dont le sol a besoin pour donner un meilleur rendement, il est possible notamment d’optimiser l’utilisation d’engrais. L’appétit pour cette nouvelle technologie est déjà nord-américain.

Martine Letarte Martine Letarte
Collaboration spéciale

Que ce soit dans les serres ou dans les champs, l’une des clés pour faire pousser rapidement et en abondance des fruits et des légumes est de bien connaître la composition du sol, son pH et son humidité. Or, ces éléments peuvent varier énormément d’un endroit à l’autre dans un champ, par exemple si un ruisseau se trouve à proximité.

« Si on n’a pas une bonne connaissance spatiale de son champ et qu’on sait seulement que globalement, il faut y mettre une certaine quantité d’engrais, on n’en fera pas une utilisation optimale et ce qui est utilisé en trop se retrouvera dans la nappe phréatique », explique Benjamin De Leener, cofondateur de ChrysaLabs et professeur adjoint au département de génie informatique et génie logiciel à Polytechnique Montréal.

Installée à la profondeur des racines, la sonde de ChrysaLabs prend des mesures en temps réel.

Obtenir rapidement les informations du sol peut être très utile par exemple pour produire les laitues, que ce soit en serre ou en champ. Leur cycle de croissance de 30 jours ne permet pas d’attendre après des résultats d’analyse en laboratoire.

Benjamin De Leener, cofondateur de ChrysaLabs

Du laboratoire au champ

Apporter dans les champs la spectroscopie, une technologie éprouvée en laboratoire, demandait de relever quelques défis. C’est ce qu’ont fait, en démarrant ChrysaLabs, Benjamin De Leener et Gabriel Mangeat, étudiant au doctorat en génie biomédical à Polytechnique Montréal.

« Cette technologie qui mesure la réflexion de la lumière est utilisée dans plusieurs domaines, notamment dans la détection de tumeurs, explique Benjamin De Leener. La difficulté était de prendre cette technologie qui fonctionne bien en laboratoire et de l’amener à avoir une bonne qualité de mesures dans les champs. »

Conquérir l’Amérique du Nord

Après avoir fondé l’entreprise en 2017 et avoir réalisé de grands efforts en recherche et développement, l’équipe est arrivée à produire une sonde prête pour la précommercialisation l’été dernier. Plus d’une trentaine de sondes portatives ont donc été déployées au Québec, en Ontario, dans le Midwest américain et en Californie.

« Des algorithmes d’apprentissage automatique permettent de calibrer la sonde selon le type d’environnement dans lequel elle se trouve », indique Benjamin De Leener, qui est candidat à la profession d’ingénieur.

La commercialisation commencera au printemps. « Les sondes peuvent facilement être utilisées par les agronomes, soit qui ont eux-mêmes une production agricole ou qui travaillent dans une entreprise de conseils agronomiques », explique Benjamin De Leener.

ChrysaLabs s’insère dans le grand mouvement de l’agriculture de précision. En utilisant des données, elle permet de mieux comprendre les différentes zones d’un champ et d’adapter les pratiques afin d’obtenir un meilleur rendement.

« Aux États-Unis, environ 30 % des fermes font la transition vers l’agriculture de précision, précise M. De Leener. On n’a pas encore ce niveau au Canada, mais c’est en progression. »

ChrysaLabs, qui a maintenant 13 employés, vient d’obtenir 1,6 million de dollars en financement de Technologies du développement durable Canada.