Si la période de la campagne annuelle entourant les REER est propice à revoir l’état de son portefeuille, elle est aussi l’occasion de tenter d’expliquer ce qui a bien pu se produire sur les marchés boursiers durant la dernière année et de voir un peu plus loin en avant.

Jean Gagnon
Collaboration spéciale

Pour quelqu’un qui s’occupe activement de son portefeuille d’investissements, l’année 2020 a été à certains moments un vrai cauchemar. Vers le 20 février, la Bourse a commencé à culbuter, et un mois plus tard, elle avait fondu de 35 %. On est alors tombé dans un bear market, le premier depuis la crise financière de 2008-2009. Devant une chute aussi rapide des évaluations boursières, on soupçonne que plusieurs n’ont pas pu tenir le coup et ont vendu une partie de leur portefeuille afin de freiner l’hémorragie.

Mais après un mois de tourmente, une reprise en V que peu d’experts croyaient possible s’est amorcée et ne s’est pas encore arrêtée. Même une deuxième vague de la pandémie qui se veut encore plus virulente que la première ne réussit pas à la freiner, du moins pour l’instant. Que s’est-il donc passé pour que l’on assiste à un tel retournement alors que l’économie demeure on ne peut plus vacillante ?

D’abord et avant tout la baisse des taux d’intérêt

« Parce que les taux d’intérêt baissent, les investisseurs acceptent de payer plus cher pour les bénéfices des compagnies », résume Frederik Demers, directeur, stratégie en investissements, chez BMO Gestion mondiale d’actifs.

Autant les investisseurs achètent des obligations pour les coupons d’intérêt qui y sont attachés, autant ils achètent des actions pour les profits que les entreprises réalisent, car ils en recevront une partie en dividende et l’autre partie viendra s’ajouter à la valeur de l’entreprise, ce qui fera augmenter son cours à la Bourse.

Les données historiques démontrent que les entreprises en Bourse se négocient généralement à environ 15 fois leurs bénéfices annuels. C’est ce que l’on appelle le ratio cours/bénéfices. Parfois, c’est plus, parfois, c’est moins. Cela dépend des perspectives quant aux bénéfices futurs, mais aussi du niveau des taux d’intérêt. Car plus ils sont bas, moins les rendements des obligations sont une solution de rechange valable aux actions.

Pour contrer la récession économique qu’entraînait la pandémie, les banques centrales ont fait tomber les taux d’intérêt à zéro, ce qui fait que les obligations ne rapportent presque plus rien.

Les dirigeants ne lâcheront pas

Les programmes gouvernementaux et les politiques des banques centrales seront sans fin, du moins tant qu’on ne pourra pas conclure que la reprise économique est bien là, selon François Dupuis, économiste en chef chez Desjardins. « Ainsi, les compagnies ne feront pas faillite et le revenu personnel va se maintenir », dit-il. Autant le président de la Réserve fédérale américaine que le gouverneur de la Banque du Canada indiquent que les taux d’intérêt demeureront au plancher jusqu’en 2023, note-t-il. La Bourse a compris cela.

N’ayant plus d’autres possibilités, les investisseurs acceptent de payer plus cher, même beaucoup plus cher, pour les bénéfices des entreprises, ce qui explique la poussée boursière. Le ratio cours/bénéfices des entreprises du S&P 500 se situe aujourd’hui à 23.

L’arrivée des vaccins

Pour que les cours boursiers se maintiennent à ces niveaux, il faudra que la pandémie se résorbe, que l’activité économique retrouve son rythme d’avant et que les entreprises voient leurs bénéfices augmenter. « Et l’arrivée des vaccins vient changer toute la donne », dit Guy Côté, gestionnaire de portefeuilles à la Financière Banque Nationale. La hausse de 10 % du marché boursier pour les deux derniers mois de l’année illustre très bien l’importance de l’arrivée des vaccins, selon lui.

Pour l’instant, la Bourse y croit, estime Frederik Demers. Pour les investisseurs, les mauvaises nouvelles sont derrière eux. Ainsi, les cours boursiers tiennent déjà compte que les vaccins seront efficaces et qu’une reprise économique vigoureuse nous attend. Ils se voient déjà en 2022. « Le marché n’est donc pas trop cher », dit le stratège de la BMO.