Du cannabis sera transformé à Saint-Hyacinthe. Pour y arriver, l’entreprise en démarrage Gayonica a fait l’acquisition, à la fin de 2019, d’un bâtiment de 23 500 pieds carrés dans le parc industriel Olivier-Chalifoux.

Etienne Plamondon Emond
Collaboration spéciale

Dans cette installation, le cannabis sera écrasé pour en tirer une huile ou une résine qui sera ensuite purifiée. La PME espère commercialiser les molécules ainsi extraites auprès d’entreprises pharmaceutiques.

« Je me suis dit qu’il fallait que je trouve un endroit pour mon usine ici parce que Saint-Hyacinthe Technopole était proactive dans le secteur pharmaceutique et de la médecine vétérinaire », explique Philippe Bonnet, président-directeur général de Gayonica.

L’entrepreneur connaît déjà bien la région. En 1984, il a cofondé avec son père la fromagerie Damafro, installée à Saint-Damase et vendue à Agropur en 2013. Aujourd’hui, il demeure président de Saveurs Balatti, une PME de Saint-Hyacinthe spécialisée dans les mélanges à base de fines herbes. En parallèle aux activités de cette entreprise, aussi derrière les jus Gaïos, Philippe Bonnet a prêté attention aux marchés s’ouvrant avec la légalisation du cannabis.

En juin 2019, Deloitte a projeté que le marché mondial des produits comestibles et dérivés du cannabis devrait s’élever à 194 milliards US d’ici 2025. À l’heure actuelle, le cabinet estime ce marché à 2,7 milliards CAN au Canada. Les produits à base d’extraits de cannabis représentent à eux seuls 1,6 milliard CAN au pays.

Philippe Bonnet ne s’intéresse pas au tétrahydrocannabinol (THC), la substance psychoactive responsable de l’effet euphorisant. La PME souhaite plutôt extraire des molécules telles que le cannabinol (CBN), le cannabigérol (CBG) ou le cannabidiol (CBD). Ce dernier, même si ses vertus médicales ne sont pas confirmées par la science, est déjà recherché par les consommateurs. Deloitte juge que le marché du CBD aux États-Unis pourrait atteindre 16 milliards US d’ici 2025.

Avec le temps, on va sûrement découvrir des façons d’extraire d’autres molécules encore à peine connues. Ça ne se fera pas du jour au lendemain, mais avec le CBD on a une base pour partir, parce qu’il y a un marché pour ça.

Philippe Bonnet, président-directeur général de Gayonica

L’aménagement de l’usine devrait s’amorcer en juin prochain. Avec son expérience dans le domaine agroalimentaire, Philippe Bonnet est déjà rompu aux normes de sécurité et de salubrité. Mais des règles plus strictes encadrent le secteur pharmaceutique, et surtout la manipulation du cannabis. « On se rend compte des contraintes que Santé Canada a mises en place et aussi des contraintes du système de financement bancaire. » Lever des investissements pour mener à bien ce projet d’usine de 20 millions vient avec des défis. « Même si l’on est dans le marché pharmaceutique, et non récréatif, le mot cannabis fait encore un peu peur », observe-t-il.

Néanmoins, il juge qu’il s’agit du bon moment pour mettre un tel projet sur les rails. « C’est un peu une course contre la montre, souligne-t-il. Ceux qui démarreront dans un ou deux ans seront en retard. On ne veut pas perdre cette avance. »