Un simple coup de main pour confectionner des bouquets de fleurs, et la vie de Géraldine Philippin a pris une nouvelle direction. Récit d’un démarrage d’entreprise qui a bouleversé une stratégie d’épargne-retraite.

Etienne Plamondon Emond
Collaboration spéciale

Les prochaines semaines s’annoncent occupées. Durant la période précédant la Saint-Valentin, Géraldine Philippin prépare plusieurs ateliers dans lesquels elle guide des participants dans la confection de leurs arrangements floraux. « Comme j’ai travaillé dans un laboratoire d’enseignement, j’ai l’impression de faire la même chose, sans le stress », dit-elle. Car il y a moins de trois ans, elle supervisait des élèves en technique de santé animale au cégep de Saint-Hyacinthe. « Des étudiants qui tombent dans les pommes, ça arrive souvent à la première chirurgie », raconte-t-elle. En plus de prendre soin de jeunes évanouis, elle en consolait d’autres qui craquaient sous la pression. « Là, tout le monde est content et relax », affirme-t-elle.

Ses finances personnelles la préoccupaient déjà avant de changer de profession.

J’ai deux jeunes enfants. J’aimerais leur léguer quelque chose et ne pas être anxieuse à 75 ans de faire mon épicerie.

Géraldine Philippin

Mais il fallait libérer l’artiste qui sommeillait en elle. À l’approche de la quarantaine, elle s’est lancée en affaires et a démarré l’entreprise Atelier végétal.

La fleuriste refoulée

Jeune, elle consacre des heures au dessin et à la peinture. Fille d’un père mathématicien et d’une mère biologiste, elle est plutôt encouragée à poursuivre une carrière scientifique. « Si j’avais dit à 15 ans à mes parents que je voulais aller en fleuristerie, je ne suis pas certaine qu’ils auraient été d’accord. »

Elle effectue plutôt une technique de santé animale, puis travaille en clinique vétérinaire. Elle obtient ensuite un baccalauréat en biologie à l’Université du Québec à Montréal, puis amorce une maîtrise en science vétérinaire à l’Université de Montréal. En parallèle, elle devient technicienne dans les laboratoires de la faculté, située à Saint-Hyacinthe.

Déjà, elle cotise à un REER. « Je prenais ça au sérieux », assure-t-elle. Comme dans tous ses emplois qui suivront, elle met la somme maximale jusqu’à laquelle son employeur est prêt à verser l’équivalent. Elle place ainsi entre 15 % et 20 % de ses revenus.

PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE

Géraldine Philippin a lancé l’entreprise Atelier végétal.

Les détours de la vie 

À l’issue de sa maîtrise, une mauvaise surprise l’attend. Souhaitant devenir professeure de cégep, elle s’aperçoit que pour enseigner des cours à la technique de santé animale, elle doit être membre de l’Ordre des médecins vétérinaires du Québec. Celui-ci exige une formation spécifique de cinq ans, qui mène à l’obtention d’un doctorat. « Il aurait fallu que je recommence de zéro », dit-elle. 

Elle bifurque donc de son domaine et devient coordonnatrice aux communications pour le Sommet international du jeu de Montréal. Elle obtient sa permanence, bénéficie de conditions avantageuses, puis continue de cotiser avec la même intensité à son REER. En 2013, alors qu’elle s’apprête à partir en congé de maternité, l’Alliance numérique traverse une mauvaise période financière et elle perd son emploi. Après avoir donné naissance à deux enfants, elle retourne en santé animale, cette fois comme technicienne de laboratoire au cégep de Saint-Hyacinthe. Elle profite des mêmes avantages sociaux que les salariés, notamment en matière de régime de retraite.

Le pari d’une vie

Planifier ses vieux jours, c’est bien, mais l’incertitude entourant ses contrats lui donne de la difficulté à se projeter dans un avenir proche. Et les heures dans la circulation commencent à l’éreinter.

L’idée de devenir entrepreneure lui trotte dans la tête. Mais dans quoi ? La réponse lui saute aux yeux lorsqu’elle aide une amie à confectionner des bouquets. « J’ai tripé. »

Elle s’inscrit dès lors à l’École des entrepreneurs du Québec, dont elle obtient une bourse de 20 000 $ en soutien au travail autonome. « Ça donne un coup de main pour prendre le temps d’évaluer les risques. » En donnant des ateliers de confection de couronnes de Noël à la veille des Fêtes, elle note une demande pour ce genre d’activité, y compris pour les enfants. Parmi les intéressés, il y a des gens qui souhaitent décompresser, des cafés qui veulent attirer une clientèle et des entreprises qui cherchent à consolider l’esprit d’équipe.

« C’est un peu un pari », reconnaît-elle. Son salaire a diminué de manière importante et son conjoint bio-informaticien assure la principale entrée d’argent du ménage. Elle continue néanmoins à placer de 5 à 10 % de ses revenus dans un REER par l’entremise d’un prélèvement mensuel automatique. « Il y a des mois où c’est plus facile que d’autres. » 

Mais elle s’affiche confiante en l’avenir, alors que son chiffre d’affaires a doublé dans la dernière année. Elle se donne une fenêtre de cinq ans : si elle n’arrive pas à épargner de manière raisonnable d’ici là, elle révisera son projet. Entre-temps, l’abandon de l’auto-boulot-dodo et la gestion de ses horaires lui apparaissent comme une occasion d’accompagner avec moins de stress ses fils durant la période charnière de leur entrée à l’école. « Au lieu d’investir dans mes REER, j’investis dans du temps avec mes enfants. »