En matière de transformation numérique, « on finance souvent l’exécution, mais on escamote souvent ce qui va faire que l’exécution va être une réussite », soulève Claudia Pelletier, chercheuse à l’Institut de recherche sur les PME de l’Université du Québec à Trois-Rivières. Voici quelques conseils aux entrepreneurs qui souhaitent innover… et mener à bien leur projet d’innovation.

Etienne Plamondon Emond Collaboration spéciale

Déterminez l’objectif

Cette première étape semble aller de soi, mais alors que le discours des milieux d’affaires presse parfois à innover vite et à tout prix, certaines entreprises peuvent parfois la brûler. Dans le cadre d’une transformation numérique, Claudia Pelletier invite les dirigeants à se demander quelle est la raison d’être du projet : améliorer l’efficacité des opérations ? Diminuer les coûts ? Se rapprocher de sa clientèle ? « Il faut être rapide et agile, mais on n’est pas exempté de réfléchir et se préparer », rappelle-t-elle. Elle raconte l’histoire d’un robot de quelques millions de dollars qui est resté emballé dans une usine. La PME n’avait pas prévu qu’il lui faudrait des travailleurs avec des compétences spécifiques et rares pour le faire fonctionner. Comme l’implantation de technologie risque de toucher les activités clés et la chaîne d’approvisionnement, déterminer son objectif permet en amont d’anticiper les besoins en ressources humaines, financières et matérielles. Dans le cas du développement d’un nouveau produit ou service, Pascal Monette, président-directeur général de l’Association pour le développement de la recherche et de l’innovation du Québec (ADRIQ), rappelle qu’il est important de s’assurer dès le début que celui-ci répond à un besoin sur le marché.

Impliquez tous les secteurs de l’entreprise dans la démarche

Selon Pascale Monette, il est important de briser les silos dans son organisation, particulièrement lorsqu’il s’agit de créer un nouveau produit. « Tu ne peux pas le développer d’un côté sans parler au marketing ou à la production », précise-t-il. Cette innovation demandera possiblement des ajustements sur la chaîne de production, de nouveaux équipements, voire du personnel supplémentaire en contexte de pénurie de main-d’œuvre. S’assurer que l’équipe marketing est au fait de la démarche permettra que soit menée une veille sur les produits semblables sur le marché.

Instaurez un climat de travail favorable à la créativité

En plus de laisser une place aux idées qui sortent de l’ordinaire, « il faut avoir une certaine tolérance au risque », rappelle Pascal Monette. « L’organisation ne peut pas être un environnement de créativité si chaque fois que quelque chose se plante, on se fait taper sur les doigts », illustre-t-il. Claudia Pelletier rappelle qu’en matière de transformation numérique, il ne faut pas seulement penser aux innovations de rupture. « Ça se fait aussi par petits pas, en continuité. Mieux faire ce que l’on faisait déjà est une innovation en soi. »

Demandez de l’accompagnement

« Pour les PME, on conseille fortement de se faire accompagner », insiste Pascal Monette. Il peut s’agir de collaboration avec des centres collégiaux de transfert technologique, de regroupements sectoriels de recherche, d’universités ou de centres de recherche, voire des incubateurs ou accélérateurs d’entreprises. « Qu’il s’agisse d’une innovation de rupture ou plus pratique, ce ne sont pas les mêmes joueurs qui peuvent les aider », précise Isabelle Foisy, présidente-directrice générale de QuébecInnove, qui travaille à mailler ces différents acteurs.

Soyez prudent et gardez la tête froide

En matière de transformation numérique, Claudia Pelletier se fait néanmoins critique de l’accompagnement offert par certains acteurs socio-économiques. Dans une recherche qu’elle a réalisée dans les dernières années, elle a analysé comment les entrepreneurs, les spécialistes en technologie de l’information et les intervenants accompagnateurs percevaient et priorisaient les enjeux. « C’était assez clair que tout ce monde n’était pas sur la même longueur d’onde », conclut-elle.