Récupérer les « rebuts d’aluminium » pour éviter de surcharger les lieux d’enfouissement : telle est la mission d’entreprise que s’est donnée la firme Sotrem-Maltech, il y a une dizaine d’années, et qui rapporte aujourd’hui d’importants dividendes.

Yvon Laprade Yvon Laprade
Collaboration spéciale

« Ce n’est pas sans raison que le nombre d’employés dans nos usines est passé de 50 [en 2010] à 250, à l’heure actuelle, affirme Patrick Dubé, directeur des affaires commerciales. Le marché du recyclage [de l’aluminium] est en forte progression. Nous grandissons avec nos clients [commerciaux]. »

Il ajoute : « Nous sommes en quelque sorte un catalyseur entre les alumineries primaires, les transformateurs et le marché des rebuts d’aluminium. Par nos procédés, et nos méthodes de recyclage, on redonne une deuxième vie à ce métal léger qui est recyclable à l’infini. »

Patrick Dubé fait valoir que la PME de la Vallée de l’aluminium a fait les bons choix en mettant au point des technologies permettant de « refondre et requalifier » des produits de consommation en aluminium.

« Nous sommes passés à l’étape 4.0 avec nos méthodes de production. Nous sommes les seuls, au Québec, à occuper ce marché spécialisé, précise-t-il. La demande provient de la grande industrie, les grands donneurs d’ordres, qui souhaitent améliorer leur empreinte environnementale. »

Nous avons investi plus de 20 millions depuis cinq ans dans nos trois usines pour être en mesure de suivre nos clients dans leurs nouveaux besoins. Nous avons pris les devants, ce qui fait de nous le plus gros investisseur privé au Québec pour la refonte des rebuts d’aluminium.

Patrick Dubé, directeur des affaires commerciales de Sotrem-Maltech

Prise de conscience récente

Les produits ainsi récupérés – et revalorisés – vont des capsules de café aux contenants d’emballage en passant par les vaporisateurs en aérosol et même les fenêtres.

« Les fabricants nous demandent d’incorporer du contenu recyclé avec de l’aluminium primaire, explique Patrick Dubé. Nous n’atteignons pas encore les niveaux observés dans certains pays d’Europe, qui peuvent atteindre 80 % d’aluminium recyclé, mais nous progressons. »

Le directeur de l’entreprise, qui a son siège social à Chicoutimi, fait allusion à des pratiques favorisant la transformation de l’aluminium « dans un contexte d’économie responsable ». « Il n’y a pas si longtemps, soulève-t-il, personne ne montrait de l’intérêt pour la revalorisation de l’aluminium. Mais là, on a pris conscience de l’importance de limiter les émissions de CO2 dans l’atmosphère. Ça ouvre de nouveaux marchés. »

Du Saguenay jusqu’aux porte-avions américains

Sans tambour ni trompette, Sotrem-Maltech est parvenue, l’an dernier, à décrocher un contrat « top secret » avec un fournisseur américain qui a des ententes commerciales avec la US Air Force. « Il nous a fallu sept années de tests et d’analyses avant d’obtenir l’homologation de notre produit, avec une technologie de pointe, souligne Patrick Dubé. Nous sommes fiers de cette réalisation. »

Ce produit consiste en des granules et des poudres d’aluminium qui entrent dans la fabrication d’une peinture industrielle utilisée pour le revêtement des porte-avions. « De par sa composition chimique et son degré de pureté, la peinture élimine les risques d’incendie et assure une protection pare-étincelles lors de l’atterrissage des avions », résume M. Dubé.

Il se fait fort de rappeler que seulement deux fournisseurs nord-américains, y compris son entreprise, ont obtenu la certification requise pour ce type d’application.

« Ça démontre que ça prend une certaine façon de faire et que nous avons mis les efforts pour y arriver, dit-il. Nous ne produisons pas de gros volumes, on peut parler d’un marché très spécialisé, à valeur ajoutée, mais ça nous apporte une grande crédibilité dans le marché auprès de nos clients. »