Issu d’une famille d’amoureux de la navigation, Jean-Claude Laurin a rapidement compris qu’il passerait sa vie dans le domaine maritime. À 18 ans, il a décidé de concevoir des bateaux en devenant technicien en architecture navale.

Samuel Larochelle Samuel Larochelle
Collaboration spéciale

Le professionnel raconte avec amusement que son père a lui-même construit un petit dériveur dans le salon de leur appartement durant sa jeunesse. « Le jour où il a voulu le sortir, le bateau ne passait pas par la porte, se souvient M. Laurin. Il a dû demander au propriétaire d’enlever le cadre de porte. »

Très tôt, ses parents l’ont initié aux joies maritimes. « J’étais âgé de seulement trois semaines quand j’ai fait du bateau la première fois, et j’ai passé tous mes étés sur un voilier. Vers 9 ou 10 ans, quand j’ai réalisé qu’un bateau pouvait avancer sans chavirer, malgré des vents à 45 degrés, je me suis posé beaucoup de questions. »

Plusieurs réponses sont venues des années plus tard, lorsqu’il s’est inscrit à la technique en architecture navale de l’Institut maritime du Québec à Rimouski. « J’ai capoté ma vie là-bas ! On me disait que je serais payé pour concevoir des bateaux ! »

En effet, sa profession le pousse à dessiner, calculer et superviser la fabrication d’embarcations, en fonction des contraintes d’espace, du centre de gravité, du poids, du coût des matériaux, etc. « On imagine le squelette du bateau pour que ses formes offrent les comportements attendus, selon qu’on est en haute mer ou sur une petite rivière. »

L’architecture navale est également impliquée dans la modernisation des navires.

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE

Jean-Claude Laurin détient un diplôme technique en architecture navale et bénéficie de plus de deux décennies d’expérience dans le domaine.

La flotte canadienne est vieillissante, et on doit trouver des solutions pour qu’elle vive encore un bout. Par exemple, si on change un moteur, il faut ajuster tous les systèmes.

Jean-Claude Laurin

La demande peut aussi consister à augmenter la capacité d’un bateau en... le coupant en deux. « Un pêcheur peut nous engager pour couper son bateau au centre afin de l’allonger ou pour ajouter des ponts aux extrémités. »

Études limitées au Québec

Après l’obtention de son diplôme technique, Jean-Claude Laurin a travaillé quatre ans pour Recherches et Travaux Maritimes Construction, avant d’être engagé pour l’entreprise Réjean Desgagnés durant cinq ans.

En 2005, il a racheté l’entreprise de son patron avec Stéphane Laguë, un architecte naval, avant d’être rejoint quelques années plus tard par Hugo Royer, un diplômé au baccalauréat en architecture navale et en génie maritime à Terre-Neuve. « L’Institut maritime de Rimouski forme de très bons techniciens en architecture navale, mais aucune université québécoise ne forme d’architectes dans le domaine. C’est un enjeu. »

Avec un diplôme technique et plus de deux décennies d’expérience, Jean-Claude Laurin possède l’expertise requise pour diriger son entreprise rebaptisée Concept Naval. Toutefois, la relève le préoccupe. « Une personne pourrait suivre sa technique en architecture navale et obtenir un baccalauréat en génie mécanique, afin d’être membre de l’Ordre des ingénieurs. Sinon, elle doit quitter le Québec pour faire une maîtrise ou un doctorat en architecture maritime. »

La recherche de main-d’œuvre qualifiée est un défi de tous les jours dans son domaine. « Puisque le Québec ne produit pas d’architectes maritimes diplômés, je dois trouver des architectes à l’extérieur. Peut-être qu’ils ne parlent qu’en anglais, alors que mes services doivent être offerts en français. »

S’il tente de recruter en France, Immigration Canada et Emploi Québec exigent des preuves qu’il est incapable de pourvoir les postes ici. « C’est beaucoup de travail. Je trouve ça dommage qu’aucune université québécoise n’offre cette discipline. »