Le Québec a tout ce qu’il faut pour tirer profit de l’enthousiasme mondial entourant les véhicules électriques. Hormis des automobiles, nous fabriquons à peu près tout ce qui touche le transport terrestre. Trottinettes, camions de livraison, vélos, motos, autobus, trains, motoneiges, et même des batteries. Les manufacturiers québécois sont déjà à l’œuvre et ne manquent pas d’ambition.

Stéphane Champagne Stéphane Champagne
Collaboration spéciale

C’est le constat que fait Sarah Houde et l’organisme Propulsion Québec, dont elle est la PDG. Cette grappe des transports électriques et intelligents, créée en 2017, travaille à mobiliser tout ce que la province compte d’entreprises et d’organisations dans le secteur. L’objectif : faire du Québec un « leader mondial ».

« Le gouvernement s’intéresse beaucoup à notre industrie, explique Sarah Houde. Et l’électrification des transports fait partie de sa stratégie pour relancer l’économie. Ce que nous proposons, c’est que le gouvernement donne l’exemple en remplaçant ses différentes flottes de véhicules par du matériel électrique fabriqué au Québec. »

Le gouvernement n’a d’ailleurs pas encore dévoilé de façon officielle toute sa stratégie en ce sens. Des programmes de soutien (bornes de recharge, achat d’automobiles, etc.) ont certes été mis en place. Le gouvernement de François Legault prévoit d’annoncer cet automne ses visées en matière d’électrification des transports par le truchement du ministère de l’Économie et du ministère de l’Environnement.

Selon Propulsion Québec, le secteur québécois du transport électrique et intelligent compte 150 entreprises, lesquelles réalisent des ventes de 2,2 milliards de dollars, dont 800 millions en exportations de produits et de services.

D’énormes réserves d’énergie propre, des tarifs énergétiques parmi les plus bas au monde, mais aussi des gisements de matériaux stratégiques (lithium, nickel, graphite) et des conditions climatiques propices aux expérimentations sont autant d’avantages pour le Québec, soutient la grappe.

Des PME à l’œuvre

Le Québec est par ailleurs très en avance dans certains segments. La fabrication de motoneiges et de motomarines en fait partie. La PME montréalaise Taïga est sur le point de commercialiser ces deux types de véhicules l’hiver prochain et à l’été 2021. « Nous sommes les premiers au monde à le faire », s’enorgueillit Samuel Bruneau, PDG et cofondateur.

Après avoir reçu plusieurs précommandes, Taïga met actuellement en place une chaîne de montage au Québec et veut, à court terme, produire annuellement de 2000 à 4000 exemplaires de ses véhicules, vendus entre 18 000 $ et 25 000 $.

Détentrice de plusieurs brevets, la PME de 20 employés a réussi à produire des motoneiges et des motomarines de haut de gamme. « Et en plus, elles sont silencieuses », lance en boutade Samuel Bruneau, qui dit profiter d’une longueur d’avance sur la concurrence, car « il y a cinq ans, les motomarines et les motoneiges électriques n’intéressaient personne ».

Une autre entreprise qui pourrait aider le Québec à se démarquer est une jeune pousse universitaire nommée Calogy Solutions.

Située à Sherbrooke et cofondée par Mahmood Shirazy et Luc Fréchette, l’entreprise a développé un régulateur de température pour les batteries au lithium-ion. « Ce type de technologie existe déjà, explique M. Shirazy. Mais on se démarque parce que notre technologie permet non seulement d’éviter la surchauffe, mais aussi de prolonger la durée de vie des batteries. »

Actuellement dans sa phase de développement, Calogy Solutions multiplie les ententes de collaboration, notamment avec la montréalaise EcoTuned afin d’intégrer sa technologie dans les blocs de batteries (battery packs). À terme, la jeune entreprise vise le marché international et plus spécifiquement l’Allemagne, la Chine et les États-Unis.