Parcours d’un entrepreneur résilient en temps de pandémie

Yvon Laprade Yvon Laprade
Collaboration spéciale

Le lundi 16 mars 2020. Michel Champoux, président d’Emballages Creopack, vient tout juste de mettre les pieds dans son bureau. Il ignore ce qui l’attend…

Sa conjointe et ses directeurs, l’air grave, lui lancent : « Michel, tu t’en vas immédiatement chez toi ! Tu vas travailler à distance, en sécurité. Il nous faut au moins un dirigeant en santé en mesure de prendre les décisions qui s’imposent si jamais l’un de nous attrapait le virus… »

Au cours des jours suivants, c’est le branle-bas de combat au sein de la PME spécialisée en conception d’emballage sur mesure qu’il a fondée il y a 35 ans.

« On a dû procéder à des mises à pied, évoque-t-il. Il ne restait plus que 30 % des effectifs. Puis on a arrêté la production dans nos usines. »

C’est à ce moment-là que l’entrepreneur, appuyé par son équipe de direction – sa conjointe, Jacinthe Goyer, et sa fille Catherine en faisant partie – a créé une « cellule d’urgence » pour renverser la situation.

« Je me suis senti comme si on était à la guerre », raconte l’entrepreneur âgé de 60 ans.

Il ajoute : « On a dû prendre des décisions déterminantes ; on a bougé très vite. Tout juste une semaine après avoir effectué les mises à pied, nous avons rappelé au travail tous nos employés pour tirer avantage de la subvention salariale d’urgence. On a acheté de l’équipement technologique, développé un site transactionnel à toute vapeur, lancé de nouveaux produits, mis en place un nouveau système de paie pour nos employés. »

C’est dans ce contexte d’urgence que l’entreprise a commercialisé la station de lavage portative pour les mains PureStation et « travaillé en simultané » avec la firme CAE, qui venait d’obtenir le contrat de fabrication des respirateurs artificiels pour le compte de Santé Canada.

« Pendant qu’ils inventaient l’appareil, nous on inventait l’emballage ! Nous innovions. Nous savions que c’était la façon de faire pour passer au travers de la crise sanitaire. »

Rien n’est (encore) gagné

Bien que son entreprise ait connu « trois excellents mois », au cours de l’été, Michel Champoux demeure prudent.

« La guerre n’est pas finie et il faudra voir comment les choses vont évoluer dans l’hypothèse d’une deuxième vague, relativise-t-il. Pour l’instant, on met les bouchées doubles pour maintenir notre croissance et on continue d’investir. »

Il ajoute, pour nuancer son propos : « C’est dans les moments de détresse et de désarroi que certaines entreprises et certains individus se surpassent par leur créativité et leurs innovations. »

Chose certaine, l’entreprise du chemin Darnley, à Mont-Royal, a de nombreux mandats à remplir pour satisfaire aux besoins de ses clients. Parmi ceux-ci, on retrouve les Forces armées canadiennes.

« Il est difficile de prévoir l’inconnu, mais nous tenons à ce que nos employés soient bien informés, qu’ils sachent où nous allons, précise le président de l’entreprise. Nous avons même un journal [virtuel] qui nous permet de communiquer avec notre personnel sur une base hebdomadaire. »

Des scénarios catastrophes

Au début de la pandémie, à la mi-mars, les dirigeants d’Emballages Creopack avaient élaboré divers scénarios catastrophes pour prévoir le pire, rappelle Michel Champoux.

« Ça tenait compte du manque de liquidités, de pertes de millions de dollars, évoque-t-il. Il ne s’agissait pas de bien belles prévisions ! »

Le scénario du pire de s’est pas réalisé, on le devine bien.

« Nos ventes ont explosé, les banques nous ont aidés, on a bien performé, on peut compter sur la BDC avec son programme de croissance, explique le président de la PME. On croit que c’est en misant sur la croissance qu’on va y arriver. Nous sommes passés à l’action et nous allons continuer de la sorte. On fonce ! Mais ce n’est pas toujours facile de dépenser pour acheter de la machinerie quand l’argent ne rentre pas… »

Dans la tourmente, il se sent bien épaulé. Et il est fier de sa fille Catherine. « Je l’ai félicitée, tout dernièrement, pour la qualité de son travail. Elle est aux ressources humaines. Elle a développé des programmes virtuels qui facilitent la communication au sein de l’entreprise. »