Les fusions sont plutôt rares dans le monde de la philanthropie. Cela n’a pas empêché la Fondation canadienne Rêves d’enfants et Make-A-Wish d’unir leurs forces récemment. La bonne nouvelle : l’organisme fraîchement créé prévoit maintenant réaliser presque deux fois plus de rêves. Quand fusion rime avec occasions.

Stéphane Champagne Stéphane Champagne
Collaboration spéciale

Parmi les chouchous des Québécois (elle se classe en quatrième position dans un sondage sur la popularité des organismes de bienfaisance) et créée à Montréal il y a 33 ans, Rêves d’enfants se réjouit de pouvoir rayonner comme jamais.

En unissant ses forces avec Make-A-Wish, un acteur américain de calibre mondial ayant des antennes au Québec, la fondation est persuadée de combler annuellement, à l’échelle canadienne, 2600 rêves, comparativement à 1400 actuellement.

« Cette fusion est tout à fait naturelle, explique Juli Meilleur, directrice générale pour le Québec de la Fondation canadienne Rêves d’enfants. On a la même mission, mais on fait les choses chacun à notre façon. En jumelant notre expertise et nos meilleures pratiques, on va devenir plus gros, on va avoir une plus grande présence dans la communauté. »

Pas de compressions

N’allez pas croire que fusion est synonyme de compressions. Au contraire, la nouvelle entité, qui portera désormais au Québec le nom de Rêves d’enfants–Make-A-Wish, a plus que jamais besoin de tous ses employés.

« Nous sommes également touchés par la pénurie de main-d’œuvre, affirme Paul Raymond, président du conseil de Fais-un-Vœu, au Québec. En se mettant ensemble, on aura moins de dépenses administratives et plus de monde sur le terrain. La fusion permet plus d’efficacité, donc plus d’argent pour les bénéficiaires. »

L’union des deux fondations s’imposait d’elle-même, soutient M. Raymond.

Il y avait confusion. Make-A-Wish recevait des dons destinés à Rêves d’enfants, et vice-versa.

Paul Raymond, président du conseil de Fais-un-Vœu

Avant leur fusion, la Fondation canadienne Rêves d’enfants et Make-A-Wish étaient déjà très présentes partout au Canada. Leur mission respective : réaliser le rêve d’enfants de 3 à 17 ans ayant souffert d’une grave maladie.

Les rêves les plus fous (voyager, rencontrer des légendes du soccer, avoir sa propre baignoire à remous, etc.) sont admissibles. Chaque enfant malade qui a vaincu la maladie dispose d’un budget d’environ 10 000 $ et peut être accompagné de sa famille.

PHOTO FOURNIE PAR LA FONDATION CANADIENNE RÊVES D’ENFANTS

Malgré son fauteuil roulant, Éliane s’est rendue au Maroc afin de visiter, entre autres, un vrai désert.

À ce jour, au Canada, Rêves d’enfants a réalisé 27 000 rêves en 35 ans d’existence.

Make-A-Wish et sa filiale québécoise Fais-un-Vœu Canada ont peut-être réalisé moins de rêves d’un océan à l’autre. Mais, de par sa présence aux quatre coins du monde, l’organisme, fondé en Arizona au début des années 80, a permis de combler quelque 500 000 rêves.

Offrir aux jeunes malades la possibilité de réaliser un rêve est un puissant outil, soutient Paul Raymond, de Fais-un-Vœu–Make-A-Wish Canada.

« Plus de 98 % des enfants disent que cela a eu un impact positif sur leur traitement, sur leur motivation à guérir. Et 71 % des enfants devenus adultes disent que d’avoir pu exaucer un vœu leur a sauvé la vie. »

Peu fréquent

Selon Jean-Marc Fontan, professeur au département de sociologie de l’UQAM et codirecteur du PhiLab Est, la fusion de deux organismes de bienfaisance est peu fréquente.

« Ce n’est pas parce que c’est contre-indiqué, dit-il. Mais une fondation, c’est un organisme singulier qui possède son histoire, ses orientations, ses idéologies, etc. Ce n’est pas évident à fusionner. »

Le chercheur en philanthropie se félicite néanmoins de cette fusion, la qualifiant au passage de « cas positif de collaboration ». « Si chaque organisation en ressort plus forte, c’est tant mieux », croit M. Fontan.