La PME montréalaise TechFab appuie sa croissance sur la formation interne donnée par les employés eux-mêmes. En trois ans, l'entreprise d'usinage général est passée de 12 à 55 salariés, en recrutant des jeunes qu'elle a fait former par ses travailleurs expérimentés.

Mis à jour le 22 févr. 2013
Didier Bert, collaboration spéciale LA PRESSE

Quand François Cyr, actuel président de TechFab, et Solange Fresneau achètent l'entreprise d'usinage général en 2010, la PME dépend des compétences pointues de ses employés. «Nous avons vu le potentiel de croissance, mais il fallait éliminer le risque de perdre en savoir-faire», explique Solange Fresneau, vice-présidente de TechFab. «Pour une petite PME, c'est difficile de recruter du personnel très spécialisé. Et on ne peut pas former la standardiste pour faire du perçage de trous», estime-t-elle.

Transfert de compétences

Le risque de perdre des compétences devient concret dès la fin de l'année 2010. Jean-Marie Théberge s'apprête alors à prendre sa retraite. À l'époque, cet employé détient une compétence unique en perçage de trous profonds. L'entreprise ne peut pas se permettre de perdre ce savoir-faire indispensable pour servir ses clients, des entreprises aérospatiales de la région de Montréal.

C'est alors que surgit l'idée de réaliser un transfert intergénérationnel de compétences. L'entreprise demande à l'Institut de formation en aérospatiale (IFA) de mettre au point un plan de formation original: ce sont les employés qui sont appelés à former leurs collègues. M. Théberge collabore avec le conseiller de l'IFA pour créer un guide de formation. Le futur retraité devient le premier formateur interne chez TechFab.

Les débuts sont hésitants. «Cela représente beaucoup de travail pour devenir formateur, souligne Mme Fresneau. Jean-Marie Théberge avait toujours machiné. Il n'était pas formateur, et il ne voyait pas pourquoi il devait écrire un guide. On l'a sorti de sa zone de confort.»

Une polyvalence accrue

Le nouveau formateur gagne la reconnaissance de ses collègues et de l'entreprise, qui organise une remise de certificat et un dîner pour célébrer le travail accompli. Depuis, l'entreprise de Montréal-Est a créé six micro-écoles internes, en collaboration avec l'IFA qui a formé les différents enseignants. «Chaque formateur a deux ou trois apprentis, dont certains deviennent eux-mêmes des formateurs», précise Mme Fresneau.

TechFab en tire un bénéfice direct: chaque compétence est désormais détenue par au moins deux ou trois employés. Cette polyvalence minimise le risque de perdre ce savoir-faire qui fait la force de l'entreprise. «On trouve cela intéressant que le savoir soit détenu par deux personnes.»

Aussi, la démarche favorise la rétention du personnel, en proposant de nouveaux défis aux employés. «Des défis autres que techniques, précise Mme Fresneau. Les formateurs se sentent vraiment reconnus, et les jeunes gagnent de l'expertise.»

Les employés indiquent le moment où ils veulent partir à la retraite, et TechFab prépare le transfert de compétences. La PME peut ainsi assurer sa croissance sans avoir à recruter des profils très spécialisés. «Comme on peut mettre par écrit les compétences nécessaires, on recrute des jeunes et on les forme nous-mêmes.»

Le premier formateur, Jean-Marie Théberge, n'est finalement pas parti à la retraite. Deux ans plus tard, il travaille toujours quatre jours par semaine chez TechFab. M. Théberge est devenu une référence pour les formateurs. «Il a tellement aimé cette expérience que ç'a été plus facile à mettre en place par la suite», observe Solange Fresneau.

L'entreprise dispose maintenant d'employés polyvalents, capables de suppléer leurs collègues en cas de nécessité. TechFab compte encore cinq postes ouverts, à pourvoir par des recrues qui seront formées en interne.