Le prix des métaux précieux, comme celui de l'or et de l'argent, réagit à des facteurs différents de celui des métaux de base, comme le cuivre et l'aluminium.

Martine Letarte, collaboration spéciale LA PRESSE

«Les métaux de base sont un peu comme les matières premières. Quand l'économie est en forte croissance, leurs prix sont généralement élevés. En ce moment, on est à la fin d'une récession mondiale et l'économie des pays émergents va bien, donc on connaît une forte demande. Le prix du cuivre a beaucoup remonté et en général, les métaux de base ont regagné une bonne partie de ce qu'ils avaient perdu pendant la crise», remarque Mathieu D'Anjou, économiste principal au Mouvement Desjardins.

Selon ses observations, que ce soit pour le cuivre ou pour les autres métaux de base, la remontée des prix est suffisante pour stimuler le développement de la production minière.

Les investisseurs sont donc doublement gagnants, remarque Benoit Gervais, vice-président, placements, chez Mackenzie.

«Non seulement celui qui détient des actions bénéficie de l'augmentation du prix des métaux, mais en plus, il profite de l'augmentation de la production», indique-t-il.

Les métaux précieux

Des facteurs bien différents influencent les prix des métaux précieux, comme l'or et l'argent.

«Souvent, l'or va très bien quand l'économie va mal, parce qu'on la considère comme une valeur refuge. Mais ça dépend, parce que l'or avait baissé à un certain moment pendant la crise parce que les investisseurs manquaient de liquidité. L'or réagit aussi beaucoup à tout ce qui se passe avec le dollar américain. Donc si l'or a monté beaucoup ces derniers temps, ce n'est pas tant parce que l'économie va mal, que parce qu'il y a beaucoup de doutes sur la valeur du dollar américain», affirme M. D'Anjou.

L'or et les autres actifs tangibles ont des prix aussi élevés parce que les grandes banques du monde continuent d'imprimer de l'argent, croit M. Gervais.

«Pour combler les déficits budgétaires, fiscaux et commerciaux, les grandes banques centrales, comme celle des États-Unis, impriment de l'argent pour en faire baisser la valeur. Ça crée donc de la discorde sur la scène internationale parce que tout le monde veut une monnaie basse, tout le monde veut exporter et tout le monde veut les emplois. Donc on imprime toujours de l'argent. Les gens se tournent vers les actifs tangibles qui présentent une offre limitée puisqu'ils servent de baromètre. Si on double l'argent que les gens ont en main, le prix d'un Picasso ou d'un lingot d'or doublera parce que leur offre est limitée», explique-t-il.

Durera ou pas?

Les prix aussi élevés qu'atteignent plusieurs métaux peuvent-ils se maintenir? Et pour combien de temps?

Mathieu D'Anjou croit qu'à court terme, le prix de l'or a de bonnes chances de rester élevé. «Les taux d'intérêt sont extrêmement bas, donc les investisseurs n'ont pas beaucoup d'alternatives. Et si jamais l'économie dérape et que nous retombons en récession, ce qu'on ne peut exclure à court terme, et qu'il y a une grosse perte de confiance envers le dollar américain, l'or pourrait remonter encore plus haut», affirme-t-il.

À moyen terme toutefois, la situation est différente.

«C'est certain que si l'économie va mieux et que les doutes se dissipent sur le dollar américain, le prix de l'or pourrait se stabiliser ou redescendre un peu, indique M. D'Anjou. Nos prévisions pour 2011 sont de 1250$ l'once en moyenne, ce qui est un peu plus bas que ce qu'on a maintenant, mais cela reste un bon niveau.»

Benoit Gervais, qui est également responsable du portefeuille du Fonds de métaux précieux Mackenzie Universal et de la Catégorie Mackenzie Universal Mondial de métaux précieux, est très optimiste.

«Ça fait 10 ans que l'or gagne en moyenne 16% par année, et tant que les grandes banques centrales continueront d'imprimer de l'argent, l'or continuera de grimper. Et la tendance semble se maintenir lorsqu'on regarde les politiques des grandes banques centrales.»

Pour ce qui est des prix des métaux de base, il faudra regarder l'évolution de l'économie mondiale.

«Nous croyons que de façon générale, la demande continuera de croître en raison du bon rythme de développement que connaissent les pays d'Asie, principalement la Chine. Par contre, les prix n'exploseront pas nécessairement à long terme parce nous pensons que l'offre s'ajustera et que les prix se stabiliseront. Mais ils demeureront élevés d'un point de vue historique. Par contre, c'est particulier pour ce qui est du cuivre parce que c'est plus long et plus coûteux d'ouvrir de nouvelles mines», explique Mathieu D'Anjou.

Et bien sûr, si jamais la récession frappait à nouveau, tout ce scénario pourrait changer. «On pourrait assister à une correction rapide des prix», précise-t-il.

Benoit Gervais croit toutefois qu'il ne faut pas sous-estimer la détermination des banques centrales. «Elles seront très actives jusqu'à ce que l'économie reprenne. Je crois que ça ira en s'améliorant.»