Même si on a déjà multiplié les mauvais choix financiers, il est possible de se reprendre en main. Et parfois, la vie donne de bonnes occasions d’améliorer son sort. Il suffit de les saisir.

Publié le 7 août
Martine Letarte
Martine Letarte Collaboration spéciale

La situation

Nadine* n’a pas eu la chance d’apprendre jeune à acquérir de bonnes habitudes de gestion de ses finances personnelles. « Mes parents ont toujours peiné à boucler leurs fins de mois et l’épargne ne faisait pas partie de notre vocabulaire à la maison, raconte-t-elle. J’ai commencé à travailler très jeune, mais je ne savais pas comment gérer mes revenus. »

Dès l’université, elle s’est endettée en multipliant les cartes de crédit, en allant chercher un prêt étudiant « énorme », en contractant des prêts personnels à intérêts élevés, etc. À 40 ans, elle a fait une proposition de consommateur. « Je m’en suis sortie, je suis maintenant plus disciplinée dans la gestion de mes finances et j’arrive même à épargner. »

Nadine travaille comme professionnelle dans le milieu de la santé depuis 22 ans et elle cotise au Régime de retraite des employés du gouvernement et des organismes publics (RREGOP). Elle a eu cette année une augmentation de salaire, un revenu rétroactif de plus de 34 000 $ à la suite de négociations syndicales dans le cadre de la Loi sur l’équité salariale, en plus de primes liées à la COVID-19.

J’ai l’impression d’avoir une deuxième chance de faire enfin de bons choix financiers et j’aimerais avoir des conseils. Je veux éviter d’avoir trop d’impôts à payer cette année et continuer d’épargner pour ma retraite que je compte prendre à 60 ans.

Nadine

Nadine est mère d’une jeune adulte qui vient de partir en appartement et d’un adolescent qui aura 16 ans à l’automne. Elle aimerait cotiser au régime enregistré d’épargne-études (REEE) pour lui, mais se demande s’il est trop tard. Elle compte aussi aider sa fille à payer sa maîtrise qu’elle commencera en septembre.

D’ici trois ans, elle souhaite acheter un triplex à Montréal d’une valeur d’environ 1 million dans lequel elle souhaite vivre pour avoir accès à une cour. Sa fille serait propriétaire à 25 % et son fils pourrait lui acheter aussi 25 % de l’immeuble lorsqu’il en aurait les moyens. « Je me demande si c’est un projet réaliste. »

Les chiffres

Nadine, 48 ans

  • Salaire annuel en 2022 : 92 000 $ (il était auparavant de 82 500 $)
  • Compte de banque : 16 600 $ (proviennent de l’équité salariale)
  • CELI : 15 800 $ (10 000 $ proviennent de l’équité salariale)
  • REER : 11 300 $ (versements automatiques de 125 $ toutes les deux semaines)
  • Voiture payée : valeur de 2000 $
  • Coût de vie annuel actuel : 48 000 $
  • Coût de vie annuel prévu à la retraite : 44 000 $
  • Droits de cotisation REER accumulés : 36 621 $

La réponse

PHOTO ROBERT SKINNER, ARCHIVES LA PRESSE

Julie Paquin, planificatrice financière et vice-présidente, Gestion privée, chez Optimum Gestion de Placements

Après avoir vécu des années plus difficiles financièrement, plusieurs possibilités s’offrent à Nadine. « Elle a fait de grands efforts pour redresser ses finances et avec sa rigueur budgétaire, elle est sur la bonne voie », affirme d’emblée Julie Paquin, planificatrice financière et vice-présidente, Gestion privée, chez Optimum Gestion de Placements.

Par contre, pour le REEE, il est trop tard pour Nadine. « Elle aurait dû cotiser dans son cas au moins 2000 $ l’an dernier, parce que pour recevoir les subventions gouvernementales de base de 30 %, il faut que l’enfant ait 15 ans au 31 décembre de l’année de la cotisation », précise Julie Paquin.

Réduire son revenu imposable

Comme le revenu imposable de Nadine a bondi cette année en raison de son augmentation de salaire et du paiement rétroactif de l’équité salariale de plus de 34 000 $, son taux marginal d’imposition passera de 37,12 % à 47,46 %, d’après Julie Paquin.

Cotiser à son REER est une priorité pour réduire sa facture fiscale cette année. Comme elle a des droits de cotisation inutilisés à son REER, je lui conseille de prendre 15 000 $ de son compte courant et 10 000 $ de son CELI pour les déposer dans son REER.

Julie Paquin, planificatrice financière et vice-présidente, Gestion privée, chez Optimum Gestion de Placements

La planificatrice financière lui suggère aussi d’augmenter ses versements automatiques à 185 $ dans son REER pour les deux prochaines années. « Ensuite, elle pourra ajouter cette somme à ses cotisations CELI, précise-t-elle. Cela lui permettra de tirer profit de ses droits inutilisés dans son REER et de continuer d’épargner pour la mise de fonds en vue de devenir propriétaire. »

Maximiser le CELI

Pour atteindre ses objectifs, Nadine a aussi intérêt à instaurer un versement automatique toutes les deux semaines dans son CELI.

« Je lui conseille de faire un virement de 200 $ toutes les deux semaines, indique Julie Paquin. Le CELI est intéressant parce que les rendements et les retraits ne sont pas imposables. »

Elle conseille également à Nadine de garder une partie de son CELI comme fonds d’urgence, soit l’équivalent d’environ trois mois de dépenses. « Un coussin financier permet d’avoir l’esprit tranquille, affirme la planificatrice financière. Plusieurs facteurs peuvent toutefois influencer la somme nécessaire, comme les détails de son assurance invalidité. Elle doit aussi investir cette somme dans des placements sûrs et flexibles pour pouvoir retirer des sommes au besoin. »

Évaluer la faisabilité du projet de triplex

Pour la question du triplex, Nadine et sa fille devront aller voir leur institution financière pour évaluer leur capacité d’emprunt et se faire préqualifier pour une certaine somme. « Cela sera un bon indicateur du réalisme du projet », affirme Julie Paquin.

Pour un immeuble à 1 million, il faut prévoir une mise de fonds de 20 % si on veut éviter de payer la prime d’assurance prêt hypothécaire de la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL). « On parle donc de 200 000 $ en mise de fonds et de 4652 $ de versements hypothécaires par mois avec un taux d’intérêt simulé de 5 %, évalue Julie Paquin. Nadine pourrait aussi opter pour la mise de fonds minimale pour un triplex qui est de 10 %, mais elle devrait alors payer la prime de la SCHL et, bien sûr, une mise de fonds moindre signifie devoir emprunter une somme plus importante, donc des versements hypothécaires plus élevés. »

D’après le scénario d’épargne proposé par la planificatrice financière, Nadine aura en 2026 près de 33 000 $ en CELI et elle pourra profiter du Régime d’accession à la propriété (RAP) en retirant le maximum permis dans son REER, soit 35 000 $.

Si acheter un immeuble à revenus peut être intéressant, cela vient toutefois aussi avec beaucoup de responsabilités à considérer. « D’après l’analyse à la retraite effectuée, Nadine pourra prendre sa retraite à 60 ans sans acheter de propriété avec un coût de vie de 44 000 $, affirme Julie Paquin. Nadine pourrait aussi décider de retarder le projet d’achat du triplex, ou de regarder d’autres options, comme l’achat d’un condo avec une cour. Chose certaine, il est important qu’elle se fasse accompagner par des experts en immobilier et en finances personnelles pour faire les meilleurs choix et garder sa rigueur budgétaire. »

*Bien que le cas mis en lumière dans cette rubrique soit réel, le prénom utilisé est fictif.