Comment bien utiliser un héritage substantiel pour renforcer sa situation financière à court terme, tout en optimisant sa planification financière à long terme ? C’est la question que se posent les époux Mélanie*, 26 ans, et Robert*, 27 ans, aussi nouveaux parents depuis six mois, après avoir récemment hérité d’une somme de 200 000 $.

Publié le 3 avril
Martin Vallières
Martin Vallières La Presse

La situation

« Est-ce qu’on peut envisager d’utiliser cette somme pour réaliser notre projet d’achat d’un duplex en tant que propriétaires-occupants ? Ou devrait-on prioriser le “remplissage” de nos comptes d’épargne comme le CELI et le REER, qui sont encore presque vides ? », demande Mélanie lors d’une conversation avec La Presse.

Alors que leur situation budgétaire apparaît convenable, avec des revenus d’emplois (environ 123 000 $ par année) couvrant bien leur train de vie (environ 50 000 $ par année), le bilan commun de Mélanie et Robert demeure largement dégarni d’actifs dans les comptes d’épargne à avantages fiscaux.

Les chiffres

Mélanie*, 26 ans, et Robert*, 27 ans. Mariés et parents d’un enfant de 6 mois.

Revenus d’emplois : environ 123 000 $ par année

Actif financier commun 

  • en régimes enregistrés d’épargne-retraite (REER) : 10 000 $ (cotisations inutilisées : 54 000 $)
  • en comptes d’épargne libre d’impôt (CELI) : 0 $ (cotisations inutilisées : 128 000 $)
  • en compte d’épargne courant : 200 000 $ (héritage récent)

Passif commun

  • solde de marge de crédit : 35 000 $

Budget de dépenses : 50 000 $ par an (logement : 18 000 $, vie familiale : 32 000 $)

Dans leurs régimes enregistrés d’épargne-retraite (REER) et leurs comptes d’épargne libre d’impôt (CELI), par exemple, Mélanie et Robert ont accumulé des « droits de cotisation inutilisés » pour une valeur totale de 182 000 $. En contrepartie, leur bilan commun contient un passif de 35 000 $ en solde d’une marge de crédit sans garantie hypothécaire, et donc à taux d’intérêt élevé (13 %).

Dans ce contexte, l’obtention récente d’un héritage de 200 000 $ apparaît comme une solide fondation sur laquelle Mélanie et Robert pourraient bâtir leur patrimoine financier, tout en soutenant les besoins budgétaires de leur jeune famille.

Mais pour y parvenir, admet Mélanie, « nous cherchons conseils afin de bien aligner nos priorités budgétaires à court et moyen terme avec nos préoccupations financières à plus long terme, comme l’épargne-retraite ».

La situation de Mélanie et Robert a été confiée pour analyse-conseil à Louis Morneau, qui est planificateur financier et conseiller en produits de sécurité financière à la firme Aisance Gestion de patrimoine, à Brossard, sur la Rive-Sud.

Les conseils

« Pour de jeunes parents comme Mélanie et Robert, c’est souvent le moment de la vie où le couple a de grands besoins financiers pour la famille, mais très peu de moyens, constate d’emblée Louis Morneau. Mais ici, la situation apparaît plus favorable. Les revenus sont supérieurs aux dépenses ; les conjoints ne sont pas surendettés, et ils ont la chance de bénéficier d’un héritage substantiel. »

N’empêche, Mélanie et Robert ont quelques étapes à franchir afin d’optimiser leur planification financière. En premier lieu, recommande Louis Morneau, « le remboursement de la marge de crédit est l’élément financier qui pourrait être réglé le plus rapidement ».

PHOTO ROBERT SKINNER, ARCHIVES LA PRESSE

Louis Morneau, planificateur financier et conseiller en produits de sécurité financière à la firme Aisance Gestion de patrimoine

« À 13 % de taux d’intérêt, c’est évidemment très désavantageux. En remboursant entièrement cette marge de crédit, Mélanie et Robert économiseraient des milliers de dollars en coûts d’intérêt. »

De quelle façon ? « En faisant d’une pierre deux coups, par l’entremise de leur REER, répond Louis Morneau. En cotisant au maximum des cotisations inutilisées [environ 54 000 $] dans leurs REER, ils obtiendraient un remboursement d’impôt de l’ordre de 20 000 $ en tout qui servirait ensuite à rembourser plus de la moitié de la marge de crédit. La balance du solde à payer, soit environ 15 000 $, proviendrait ensuite de leur montant reçu en héritage. »

Achat immobilier

Une fois la marge de crédit de 35 000 $ expurgée de leur bilan, tout en ayant bien renfloué leur REER respectif, Mélanie et Robert pourront mieux préparer le budget et le financement de leur projet d’achat d’un duplex résidentiel.

« Pour autant que ce projet soit bien préparé, et bien géré par la suite, devenir propriétaire-occupant d’un duplex peut être un avantage significatif à long terme », signale Louis Morneau.

Toutefois, dans le contexte actuel de « la flambée des prix de l’immobilier et la hausse des taux d’intérêt à venir », Mélanie et Robert devront porter une attention particulière à la planification budgétaire et aux conditions financières de leur projet immobilier. À commencer par la mise de fonds. Louis Morneau leur suggère de viser un minimum de 20 % du prix d’achat afin de s’éviter les surcoûts importants d’une assurance hypothécaire « de type SCHL ».

Mélanie et Robert doivent aussi prévoir les dépenses additionnelles qui découleront de leur nouvelle situation de propriétaires-occupants : droits de mutation et taxe foncière dite « de bienvenue », premiers travaux de réparation ou de rénovation, ameublement additionnel, etc.

« Pour un jeune ménage qui envisage l’achat de sa première maison, il est très important de se faire un budget pour s’assurer de sa capacité à rembourser [le prêt hypothécaire] et à payer les autres dépenses inévitables. C’est bien de vouloir une nouvelle maison, mais il ne faut pas que ça devienne coûteux au point de les empêcher de vivre normalement », avertit Louis Morneau.

REER, CELI, REEE

Quant aux préoccupations de Mélanie et Robert en matière de planification financière à long terme, Louis Morneau leur rappelle que les comptes d’épargne à avantages fiscaux comme le REER et le CELI demeurent « excellents pour l’accumulation d’épargne pour la retraite ». Et ce, même si Mélanie et Robert bénéficient chacun d’une bonne base d’épargne-retraite avec les régimes de retraite liés à leur travail.

Entre-temps, Louis Morneau recommande aux jeunes parents de prévoir l’établissement d’un régime enregistré d’épargne-études (REEE) pour leur enfant.

« Ça pourrait leur être très avantageux au fil des ans considérant que la cotisation maximale de 2500 $ par année dans un REEE donne accès à une subvention fiscale à hauteur de 30 %, explique Louis Morneau. En plus de cette subvention fiscale sur les cotisations, l’actif accumulé dans un REEE peut fructifier à l’abri de l’impôt. »

Par ailleurs, souligne M. Morneau, « dans le cas où leur enfant n’effectuerait pas d’études postsecondaires, Mélanie et Robert pourraient reprendre le capital accumulé dans le REEE pour le transférer dans leur REER en franchise d’impôt ».

« Pour les jeunes familles, le REEE est un bon moyen d’épargne à ne pas négliger dans leur planification financière et fiscale. »

Autre élément à ne pas négliger pour Mélanie et Robert ? « En tant que jeunes parents, il est important de maintenir à jour tout le volet “protection” de leur famille. À commencer par la rédaction et l’enregistrement notarié de leurs testaments et de leurs mandats de protection, souligne Louis Morneau.

« Mélanie et Robert doivent se prémunir des conséquences d’une invalidité de travail, d’une mort prématurée ou d’une maladie grave sur leur sécurité financière. Autrement, un tel imprévu pourrait compromettre sérieusement toute leur planification financière mise en place au fil des ans. »

* Bien que les cas mis en lumière dans cette rubrique soient réels, les prénoms utilisés sont fictifs.

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