« Cher Train de vie, mon nouvel employeur m’offre deux choix de régime de retraite et je ne sais pas quelle option est la meilleure pour moi. J’aurais besoin de tes conseils », écrit Martin*.

Isabelle Dubé
Isabelle Dubé La Presse

La situation

À 40 ans, Martin vient de décrocher un poste intéressant dans une grande entreprise qui lui permet de choisir entre un régime à prestations déterminées (PD) et un régime à cotisations déterminées (CD). Sa conjointe, Marie-Claude*, 39 ans, a déjà un régime de retraite à prestations déterminées.

« Je comprends bien le fonctionnement de chacun des régimes et je me dis que je serais fou de ne pas choisir le régime à prestations déterminées, car ce type de régime sera de plus en plus rare, poursuit-il. Si l’économie s’écroule à deux pas de ma retraite et que mes placements fondent, j’aurais au moins cette portion de revenus de retraite sans risque et à vie. »

Tout le monde est d’avis qu’un régime à prestations déterminées est, sans contredit, la meilleure option, mais en analysant tous les détails des deux régimes offerts, Martin n’est plus sûr du tout.

Pour le régime PD, l’employeur verse 7 % du salaire de l’employé, tandis que lui devra fournir une cotisation de 7 à 13 %. À la retraite, le PD lui versera 2 % de son salaire moyen. Pour le régime CD, l’employeur verse aussi 7 %, mais l’employé, seulement 4 %. À la retraite, Martin encaissera la somme amassée au cours de ses années d’emploi.

« Je trouve que le régime PD me coûtera cher, et qu’en contrepartie, l’employeur est plutôt généreux avec sa cotisation au régime à cotisations déterminées », soutient Martin, qui compte prendre sa retraite à 65 ans, mais ne sait pas combien d’années il travaillera pour ce nouvel employeur.

Devrait-il opter pour le régime PD ou CD ?

Les chiffres

Martin, 40 ans

Salaire : 96 000 $
CRI immobilisé : 104 000 $
REER : 83 000 $
CELI : 87 000 $
REEE familial : 22 000 $

Marie-Claude, 39 ans

Salaire : 50 000 $ (pour trois jours par semaine)
Régime de retraite RREGOP
Compte d’épargne : 40 000 $
CELI : aucun
REER : 6000 $

Triplex qu’ils habitent : valeur de 850 000 $ (hypothèque de 340 000 $)
Revenus locatifs annuels : 2 loyers de 18 000 $

La réponse

« En général, les régimes à prestations déterminées ont des caractéristiques qui en font de meilleurs véhicules de retraite puisqu’ils permettent la mise en commun des risques économiques et démographiques », explique l’actuaire Nathalie Joncas, conseillère principale chez Services Actuariels SAI, à qui nous avons soumis la question de Martin.

« Le capital retraite accumulé dans un régime à cotisations déterminées est très sensible aux variations du marché et une chute des rendements peut avoir un impact important pour un participant qui approche de la retraite. Ce dernier ne disposera probablement pas du temps nécessaire pour récupérer ses pertes et ses revenus à la retraite en seront affectés », prévient-elle.

Les deux régimes offerts à Martin

L’actuaire Nathalie Joncas observe que pour les deux régimes, PD et CD, l’employeur verse 7 %. La portion versée par l’employé diffère beaucoup d’un régime à l’autre. Pour le CD, l’employé ne verse que 4 %, alors que pour le PD, il verse de 7 à 13 % de son salaire.

PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

Nathalie Joncas, conseillère principale chez Services Actuariels SAI

« Ce qui est un peu particulier dans ce régime PD, c’est que la cotisation est en fonction du taux des obligations à long terme du Canada. Ce modèle de partage de risque n’est pas courant. Le lien entre la situation financière du régime PD et la hausse des cotisations n’est pas direct », analyse-t-elle.

Compte tenu du fait que le taux des obligations à long terme du Canada était de 1,7 % au 31 décembre 2020, la cotisation de l’employé est plus près de basculer vers 11 % que vers 7 %, évalue-t-elle.

Cependant, il faut savoir qu’avec les partages de coûts mis en place dans les régimes à prestations déterminées au cours des dernières années à la suite des situations financières difficiles de ces régimes, il est maintenant courant de voir une cotisation d’environ 9 % de l’employé pour un régime à prestations déterminées.

« Cela dit, le régime à prestations déterminées conserve ses avantages, que les cotisations viennent du participant ou de l’employeur, bien qu’il y ait une certaine forme de partage des risques avec l’employeur », affirme l’actuaire.

Ce qui penche dans la balance

L’âge du participant a un impact, soulève Nathalie Joncas. Martin a 40 ans. Plus il avance en âge, plus le régime à prestations déterminées a de la valeur pour lui et moins le régime à cotisations déterminées permet d’accumuler des rendements suffisants avec chaque cotisation qu’il versera au cours des prochaines années.

Le risque de longévité, c’est-à-dire la possibilité pour un participant de survivre à ses économies, est aussi important. Le régime à prestations déterminées garantit une rente à vie, tandis que la rente du régime à cotisations déterminées peut s’éteindre bien avant que le retraité rende l’âme.

Si Martin veut s’acheter lui-même une rente auprès d’une compagnie d’assurance avec le montant de son régime à cotisations déterminées, elle lui coûtera au bout du compte plus cher. Pour le même capital accumulé, le montant de la rente du retraité CD qui achète sa rente est moins élevé que celui du retraité du régime PD.

Comme Martin n’a pas de rente garantie dans ses épargnes actuelles, l’option du régime à prestations déterminées est donc très intéressante pour lui, soutient l’actuaire.

De plus, il souligne qu’il veut faire des placements plutôt risqués. « En ayant une partie de son épargne dans un régime à prestations déterminées qui le protège contre les fluctuations du marché, il sera plus à même d’avoir une stratégie “agressive” avec le reste de ses épargnes », analyse Nathalie Joncas.

Considérant l’âge de Martin, le risque de longévité, le coût d’une rente d’une compagnie d’assurance et l’absence de rente garantie dans ses épargnes, le régime à prestations déterminées est un bon choix même si Martin doit investir plus d’argent aujourd’hui, conclut l’actuaire.

Avant d’adhérer volontairement à un régime à prestations déterminées, l’actuaire conseille de vérifier la santé financière du régime et la solidité financière de l’entreprise, particulièrement si le régime est déficitaire.

* Bien que le cas mis en lumière dans cette rubrique soit réel, les prénoms utilisés sont fictifs.

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