Quand on a toujours utilisé sa carte soleil plutôt que sa carte de crédit pour entrer à l’hôpital, on ne sait pas combien coûtent les soins de santé. Aux États-Unis, c’est encore plus mystérieux pour la majorité des Québécois.

Marie-Eve Fournier Marie-Eve Fournier
La Presse

Edmond Silber, lui, peut vous dire le prix de la crise cardiaque qu’il a eu le malheur de subir à Miami : 678 322,98 $ US pour les soins médicaux, soit environ 860 000 $ canadiens. En plus de 18 994,72 $ pour son rapatriement à Montréal.

À 84 ans, incapable de payer une telle somme, il vient de faire faillite. Et ce n’est pas parce qu’il ne s’était pas assuré. Alors il veut mettre en garde tous ceux qui se rendent aux États-Unis en pleine pandémie ; une police d’assurance maladie de 200 000 $, ce n’est peut-être pas suffisant si vous contractez la COVID-19.

« C’est un attrape-nigaud ! », me répète-t-il au bout du fil.

PHOTO FOURNIE PAR EDMOND SILBER

Edmond Silber a été forcé de déclarer faillite après avoir subi une crise cardiaque à Miami.

À l’achat d’un billet d’avion, Air Canada et WestJet offrent tous deux une assurance pour frais médicaux d’urgence liés à la COVID-19. C’est gratuit et le plafond est effectivement de 200 000 $ canadiens (environ 157 000 $ US). Avant de suspendre ses opérations jusqu’au 30 avril, Air Transat offrait le même niveau de protection à ses clients.

Les passagers d’Air Canada doivent être membres Aéroplan et voyager avant le 7 septembre pour obtenir automatiquement l’assurance « fournie et administrée » par Manuvie. « Il n’y a aucun formulaire de souscription à remplir », précise le transporteur, ce qui a l’avantage d’être simple et de n’exclure personne. Air Canada m’explique que son programme est conçu pour les voyages vers toutes les destinations et que le montant de 200 000 $ « a été jugé approprié ».

Du côté de WestJet, la couverture est souscrite par l’Industrielle Alliance Assurance et services financiers et administrée par TuGo. Elle est offerte à ceux qui voyagent jusqu’au 31 août. « Nos recherches ont montré que le manque d’assurance COVID était un obstacle considérable et nous répondons aux besoins avec cette offre de produits. Le montant a été déterminé par le fournisseur TuGo », précise la porte-parole, Morgan Bell.

PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE

Les frais médicaux peuvent être prohibitifs à l’étranger et mieux vaut être bien assuré. Un Québécois qui a subi une crise cardiaque à Miami, Edmond Silber, en témoigne. Coût des soins : 678 322,98 $ US, soit environ 860 000 $ CAN.

Courriel à TuGo, donc, qui rappelle que les frais médicaux aux États-Unis sont parmi les plus chers au monde et qu’il importe d’avoir une couverture médicale d’urgence « adéquate » lors de voyages. De fait, les polices offertes par les transporteurs aériens ne remplacent absolument pas l’assurance voyage traditionnelle puisqu’elles ne couvrent que les soins d’urgence liés à COVID-19. Pas les crises d’appendicite ni les chevilles tordues.

La bonne foi ne suffit pas

Mais revenons à l’histoire d’Edmond Silber pour se convaincre de l’importance de bien s’assurer avant tout voyage, pandémie ou pas.

En janvier 2020, le Montréalais s’est rendu en Floride avec sa femme dans l’espoir d’y passer quelques mois. Fidèle à son habitude, il a contacté son courtier en assurances avant de partir. Du mieux de ses connaissances, jure-t-il, il a répondu aux questions afin d’être bien protégé.

« Je ne cherche pas à frauder. Je sais très bien d’avance que mon contrat est nul et non avenu si je ne dis pas la vérité ! », dit l’homme qui a passé sa vie dans le milieu des affaires.

Un soir, des douleurs au thorax l’amènent aux urgences. Le cardiologue ne veut pas le laisser partir dans son état. M. Silber subit notamment une dialyse et des pontages. Il reste à l’hôpital 18 jours. Quand son état s’améliore, l’assureur le rapatrie au Québec. Pendant le trajet, il est accompagné d’une infirmière qui veille au grain jusqu’à ce que l’homme soit rendu à l’Hôpital général juif, où il passera une autre semaine.

C’est à partir de là que ça se gâte.

L’assureur demande à consulter le dossier médical complet de son client. Il y découvre des incohérences avec les réponses données au courtier en assurances. « Si une de vos réponses est incomplète ou inexacte, votre protection sera annulée, votre réclamation sera refusée », lui indique l’assureur par lettre, tout en lui réclamant les frais de rapatriement.

Les médecins américains, eux, commencent à le bombarder de factures mirobolantes et lui téléphonent pour se faire payer.

À son âge, M. Silber juge qu’il est normal de ne pas se souvenir avec précision de son dossier médical, surtout quand il est épais. L’erreur de bonne foi est possible quand on vous pose des questions en rafale, et que vous n’avez pas, justement, votre dossier sous les yeux pour répondre.

Mais cette histoire met en lumière l’importance de ne pas prendre à la légère l’étape du questionnaire. La moindre omission peut coûter cher, très cher.

Pour M. Silber, la note était si élevée que la faillite est rapidement devenue la seule option. L’octogénaire qui avait peu d’actifs se console. « J’ai 84 ans, ce n’est pas demain que je vais demander un prêt à la banque pour lancer une entreprise ! » Mais il tient à prévenir les plus jeunes pour qui une facture de 860 000 $ serait catastrophique.

Il a aussi une pensée spéciale pour ceux qui lui ont sauvé la vie. « C’est malheureux, les docteurs méritaient leur argent. Ils ont fait du bon travail. J’ai eu droit à un excellent tune-up. »