À l’automne 2023, Mathieu, Marie Pier et leurs trois enfants veulent partir à l’aventure à bord d’un voilier. Auront-ils les moyens de naviguer pendant huit mois ?

Isabelle Dubé Isabelle Dubé
La Presse

Un périple en voilier nécessite de la préparation et la famille a déjà commencé. Mathieu et Marie Pier ont suivi des formations et beaucoup lu.

« Nous avons un petit dériveur de 16 pieds qui nous permet de faire de la voile et de familiariser les enfants avec cet univers », explique-t-elle.

La vie à bord d’un voilier coûte moins cher que dans les hôtels et les restaurants. Cependant, il faut prévoir l’équipement pour réparer le bateau en route, l’essence, les frais de marina, les assurances et, surtout, l’achat le plus important, celui du voilier. Mathieu et Marie Pier s’attendent à le payer 50 000 $.

« Nous avons une idée du coût global du voyage, un minimum de 20 000 $, estime-t-elle, mais il est certain qu’il sera appelé à varier selon le bateau et l’itinéraire choisis. Le coût peut monter si nous choisissons de visiter New York et Disney en chemin. »

L’année du voyage, les enfants seront âgés de 5, 8 et 10 ans. Comme les deux parents sont enseignants à l’école primaire, ils s’assureront que leurs enfants poursuivent le programme scolaire. Cette portion n’entraîne aucuns frais supplémentaires.

Mathieu prend un congé à traitement différé. Dès cette année et pour cinq ans, il sera payé à 80 % de son salaire et bénéficiera d’une année de congé. En revanche, Marie Pier ne peut pas y participer, car elle n’a obtenu son poste que l’été dernier. En 2023, elle pourra toutefois faire une demande de congé sans solde, puisqu’elle sera permanente depuis plus de deux ans.

Mathieu et Marie Pier souhaitent qu’un planificateur leur indique comment utiliser leur argent de façon à réaliser ce grand projet.

Deux éléments déterminants

Après avoir analysé la situation financière du couple, le coût annuel de vie de la famille que Marie Pier a fourni, ainsi que les dépenses estimées pour le voyage, Charles Rioux Rousseau, analyste principal en planification financière chez R.E.G.A.R. Gestion financière, suggère aux aventuriers de mettre à leur agenda deux devoirs importants.

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Charles Rioux Rousseau, analyste principal en planification financière chez R.E.G.A.R. Gestion financière

Tout d’abord, pour les trois prochains mois, Charles Rioux Rousseau conseille fortement au couple de noter avec minutie toutes ses dépenses. Selon les estimations de Marie Pier, la famille de cinq n’a besoin que de 35 000 $ par année pour vivre. « Mais est-ce bien réaliste ? », questionne le planificateur. Il estime les revenus de la famille après impôt et charges sociales à un peu moins de 90 000 $.

« Si madame n’avait pas de poste à temps plein avant, la famille était habituée à vivre avec des revenus plus bas. Évidemment, en gardant le même rythme de vie, mais en doublant ses revenus, la famille aura assurément une plus grande capacité d’épargne. Ce serait toutefois une bonne idée de faire un budget de contrôle pour s’assurer que la stratégie d’épargne va fonctionner. »

Deuxième devoir, le coût du périple. Est-ce que les 20 000 $ seront suffisants ? S’ils font un arrêt à New York ou à Disney, les dépenses seront à coup sûr plus élevées.

« Avoir un coach ou un mentor pour les guider pourra éviter de mauvaises surprises », affirme-t-il.

La stratégie

Pour ce projet, qui sera réalisé dans quatre ans, le planificateur n’a pas considéré les REER, car les cotisations annuelles du couple sont consacrées au remboursement du régime d’accession à la propriété. Le couple pourrait choisir de verser son épargne supplémentaire dans un REER et retirer l’argent nécessaire dans l’année de leur voyage, quand son revenu — et donc le taux d’imposition — sera bas.

Garder ces économies pour la retraite est une meilleure stratégie, estime toutefois le planificateur.

Charles Rioux Rousseau privilégie le CELI, avec les intérêts qui s’accumulent à l’abri de l’impôt. Avec ses 8000 $, le couple est loin du plafond actuel de 63 500 $ par personne.

Considérant que les aventuriers ont des revenus nets de 90 000 $, qu’un coût de vie réaliste s’élève plutôt à 40 000 $ en plus d’un montant annuel de 15 000 $ pour les imprévus, Marie Pier et Mathieu auront en 2020 une capacité d’épargne de 35 933 $.

Pour l’année suivante, en 2021, leurs salaires auront augmenté d’environ 2000 $ chacun. Ils pourront épargner 37 127 $. Avec des intérêts de 3 % par année, leur CELI atteindra 83 788 $. Même avec 1,5 % d’intérêt, ils seront sur la bonne voie, assure Charles Rioux Rousseau.

En 2022, s’ils économisent encore la somme de 36 560 $, ils auront beaucoup plus d’argent qu’il n’en faut pour acheter le voilier de 50 000 $ et aussi se payer un périple à 20 000 $. Pour ce qui est de 2023, l’année du départ, ils auront encore la capacité d’épargner.

« En 2022, le montant d’épargne baisse un peu, explique le planificateur. Bien que le couple gagne plus, les allocations canadiennes pour enfants baissent, parce que les enfants ont plus de 6 ans. En 2023, ce sont les revenus de madame qui sont moins élevés, parce qu’elle prend une année sabbatique. Ça fait encore une fois majorer les allocations pour enfants. »

Malgré le revenu diminué de Marie Pier et les frais de voyage, Charles Rioux Rousseau calcule qu’en 2023, le couple aura un surplus de 21 000 $ à mettre dans le CELI. Même constat pour 2024. Mathieu et Marie Pier auront la capacité de mettre 11 208 $ dans le CELI, dont la capacité maximale n’aura pas été atteinte.

Sabbatique ou congé différé ?

Mathieu avait la possibilité de prendre un congé à traitement différé qui lui assure 80 % de son salaire pendant cinq ans. Aurait-il mieux fait de travailler quatre ans avec 100 % de son salaire et prendre la cinquième année sans solde ? Ainsi, avec un plein salaire pendant quatre ans, il aurait peut-être eu une meilleure capacité d’épargne…

Le planificateur financier a fait les calculs pour les deux scénarios. Résultat : Mathieu a fait le bon choix. Avec le congé à traitement différé, le couple a plus d’argent en poche à la fin du voyage et Mathieu peut cotiser au RREGOP en continu, même durant l’année de congé.

« Le fait d’opter pour un traitement différé permet de réduire le revenu net dans le sens fiscal du terme, soit le revenu après déduction et non le revenu après impôt, soutient-il. Or, c’est à partir du revenu net familial que les prestations sociofiscales [allocation canadienne pour enfant et allocation famille] sont établies. Il en est de même pour les frais de garde. »

Cependant, Charles Rioux Rousseau insiste. « Sur papier, la stratégie pour réaliser le périple en voilier fonctionne. Mais est-ce que leur capacité d’épargne et le coût du voyage ont été bien estimés ? » Ces deux éléments sont la clé de la réussite du projet.

Les chiffres

Mathieu, 34 ans

Revenus : 75 000 $

Fonds de pension REEGOP

Marie Pier, 32 ans

Revenus : 65 000 $

Fonds de pension REEGOP

REER : 7000 $

CELI : 8000 $

Aucun placement non enregistré

Hypothèque : Maison de 207 000 $

Autres dettes :

Prêt étudiant : 700 $

Prêt auto : 3200 $