Rita, 57 ans, en est à sa première année de retraite d’un emploi dans la fonction publique québécoise, au terme de 35 années de service.

Martin Vallières
La Presse

Elle bénéficie donc d’une prestation de retraite (60 600 $ par an) prévue au régime de retraite des fonctionnaires du Québec (RREGOP).

Rita prévoit pouvoir attendre jusqu’à 65 ans avant de réclamer ses prestations de rentes publiques sans pénalité de demande hâtive, notamment auprès du Régime de rentes du Québec (RRQ).

Ses prestations du RREGOP seront alors réduites afin de lui conserver un revenu de retraite provenant de rentes gouvernementales autour de 65 000 $ par an.

Son conjoint Paul, 56 ans, demeure employé à temps plein d’une institution financière jusqu’à sa retraite prévue dans quatre ans.

Cet emploi est rémunéré 66 000 $ par an. Mais après sa retraite, le revenu brut de Paul baissera autour de 18 000 $, selon les critères du régime de retraite de son employeur.

Et comme sa conjointe, Paul envisage d’attendre jusqu’à l’âge de 65 ans avant de se prévaloir sans pénalité des prestations de rentes d’origine gouvernementale.

Toutefois, Paul sait que la rente estimée du RRQ s’annonce réduite de moitié par rapport au plein montant habituel. La raison ? D’origine européenne, Paul a 21 années d’emploi au Québec, alors que le RRQ requiert 40 années d’emploi cotisant pour être admissible à la rente entière.

Entre-temps, Paul et Rita se sont constitué un patrimoine intéressant en dehors des régimes de retraite et de rentes découlant de leur emploi.

Leur bilan commun comprend des actifs financiers (REER, CELI, placements, épargne courante) évalués à 412 000 $ et une maison évaluée à 300 000 $. Ce bilan est aussi exempt de dette, à l’exception d’un petit solde de 2400 $ d’un prêt automobile.

Dans ce contexte, avantageux de prime abord, Paul et Rita s’interrogent sur deux aspects de leur planification financière de retraite.

D’abord, ils recherchent des conseils sur la meilleure façon d’utiliser leurs actifs financiers afin de compenser la baisse de leurs revenus lorsque Paul se retirera de son emploi.

Dans un second temps, lorsqu’ils seront tous deux retraités, Paul et Rita souhaitent avoir les moyens d’augmenter leur budget annuel de voyage.

Ils le prévoient entre 20 000 et 25 000 $ par an, comparativement à 15 000 $ ces années-ci.

« Voyager davantage est notre principal projet de retraite, tant que nous aurons la santé et les moyens pour le faire », souligne Rita lors d’une discussion avec La Presse. « Mais en aurons-nous vraiment les moyens, considérant la baisse de nos revenus après la retraite ? »

Le cas de Paul et Rita a été soumis à Hélène Paradis, vice-présidente et conseillère en placement au Groupe Paradis & Associés, de Laval. Ce groupe est membre des services de Conseils de placement privés et de Gestion de patrimoine à la Banque TD.

LES CHIFFRES

Rita, 57 ans

Revenu de retraite : de 60 600 $ à 65 100 $ par année

Actifs financiers

REER : 137 000 $

CELI : 58 000 $

Compte d’épargne générale : 10 000 $

Placements non enregistrés : 30 000 $

Régime de retraite à prestations déterminées, pleinement capitalisé et solvable à long terme

Paul, 56 ans

Revenu d’emploi : 66 000 $ par année jusqu’à la retraite à 60 ans

Revenu de retraite prévu : de 18 000 $ (à 60 ans) à 34 000 $ (à 65 ans avec ajout des rentes publiques)

Actifs financiers

REER : 132 000 $

CELI : 40 000 $

Compte d’épargne générale : 5000 $

Régime de retraite à prestations déterminées, pleinement capitalisé et solvable à long terme

Actif non financier

Maison : 300 000 $ (libre de dette)

Passif

Prêt auto : 2400 $ en paiement final en juin 2019

LES CONSEILS

Les premières constatations de la conseillère Hélène Paradis sont réconfortantes pour Rita et Paul.

PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE

Hélène Paradis, vice-présidente et conseillère en placement au Groupe Paradis & Associés

D’une part, Mme Paradis apprécie le bilan financier du couple, modeste mais surtout prudent.

« Ils n’ont aucune dette, à part un tout petit solde résiduel d’un prêt auto. C’est vraiment un gros plus à cette étape-ci de leur planification de la retraite. »

D’autre part, Hélène Paradis estime que les revenus de retraite anticipés de Paul et Rita s’annoncent suffisants pour qu’ils puissent rehausser leur budget annuel de voyage.

« Pourvu que leur calcul de dépenses de 49 000 $ par an soit le plus complet possible, Rita et Paul ne devraient pas avoir de difficulté à l’augmenter de 10 000 $ pour des voyages de retraite, jusqu’aux environs de 59 000 $ par an », commente Mme Paradis.

Entre-temps, la conseillère suggère à Paul et Rita d’effectuer quelques ajustements à leurs actifs financiers afin d’en optimiser le rendement fiscal en prévision de leurs besoins financiers de retraite.

Dans un premier temps, Hélène Paradis constate un surplus d’actifs financiers en placement non enregistré de Rita (à 30 000 $ en tout), alors que Paul et Rita disposent de « beaucoup d’espace de contribution non utilisé » dans leurs CELI respectifs.

« S’ils sont d’un commun accord à ce sujet, évidemment, Rita devrait transférer environ 5000 $ de son compte non enregistré vers son compte CELI, et le solde de 25 000 $ vers le compte CELI de son conjoint Paul », suggère Mme Paradis.

« Les deux CELI du couple seraient alors près de leur plafond cumulatif de contribution (environ 65 000 $), tout en réduisant sa facture d’impôt qui s’applique aux placements en comptes non enregistrés. »

Dans un second temps, Hélène Paradis suggère à Paul de planifier les premiers retraits de son REER lors de ses premières années de retraite à 60 ans, en ajout à son revenu de rente du travail jusqu’au début des prestations des rentes provinciale et fédérale à 65 ans.

« En retirant environ 17 000 $ par an de son REER pendant ces quelques années, le revenu imposable de Paul passerait de 18 000 $ à 35 000 $ environ. Ça permettrait à Paul et Rita d’avoir les moyens de maintenir leur pleine contribution annuelle à leur CELI, ce sera plus avantageux fiscalement à long terme par rapport à de futurs retraits des REER, qui seront alors imposables », explique Mme Paradis.

Ensuite, lorsque Rita et Paul auront chacun atteint leur 65e anniversaire, et auront commencé à recevoir leurs prestations de rentes publiques, Hélène Paradis suggère aux deux conjoints de passer en partage de revenus imposables.

« En procédant ainsi, Paul et Rita pourraient mieux équilibrer leur revenu conjoint de retraite et bénéficier ainsi d’un taux d’imposition amoindri », résume Mme Paradis.

Elle estime leurs économies d’impôt aux environs de 1200 $ par an.

« Ça peut vraiment valoir la peine dans le budget conjoint de retraités. »