La situation

Mis à jour le 21 janv. 2019
MARTIN VALLIÈRES LA PRESSE

La situation

Line et Christian sont tous deux âgés de 57 ans. Ils sont aussi tous deux en situation de semi-retraite, et occupent chacun un emploi à temps partiel jusqu'à leur retraite prévue dans trois ans.

Ils n'ont pas de régimes de retraite découlant d'emplois antérieurs, dont les prestations futures s'ajouteraient à celles des régimes de retraite publics.

Habitués à un train de vie modéré et ayant revendu leur maison il y a cinq ans, Line et Christian ont toutefois accumulé un actif financier évalué à 1 million de dollars.

Cet actif conjoint est réparti aux trois quarts environ dans des comptes d'épargne enregistrés (REER, CELI) et l'autre quart dans des comptes de placements non enregistrés.

Après cinq années en logement locatif, un choix « satisfaisant » pour leur mode de vie de semi-retraités, Line et Christian préparent l'achat d'un condo dans le même quartier.

Ils considèrent cet investissement de 265 000 $ comme judicieux pour se prémunir contre de futures hausses de loyer considérables qui sont anticipées dans leur quartier, tout en se préservant de tracas d'entretien immobilier qui pourraient nuire à leurs projets de voyage et à leurs autres activités.

Ils prévoient aussi récupérer leur capital investi dans l'achat du condo lors de sa revente dans une vingtaine d'années, aux environs de leur 80e anniversaire, alors qu'ils pourraient avoir à se reloger en résidence d'aînés.

Line et Christian s'interrogent sur le financement de l'achat du condo : payer au comptant en puisant la majeure partie de leurs placements dans des comptes non enregistrés, ou le financer avec un emprunt hypothécaire ?

Ils se questionnent aussi sur leurs moyens financiers subséquents puisqu'ils veulent augmenter leur « budget voyage » à l'approche de la retraite.

Ces dépenses sont d'environ 5000 $ par année, réparties entre les coûts d'utilisation de leur véhicule récréatif (VR) et un voyage à l'étranger par année. Line et Christian souhaitent pouvoir doubler autour de 10 000 $ leur « budget voyage » annuel.

Le planificateur financier et conseiller en placement David Paré, de Desjardins Gestion de patrimoine à Québec, estime d'emblée que le couple a déjà les moyens de hausser modérément son « budget voyage », peu importe l'option retenue pour payer l'achat du condo.

« Ces gens ont déjà l'habitude d'un train de vie assez modeste, ce qui leur a permis d'accumuler beaucoup de patrimoine avec les années. À défaut d'un grave - et coûteux ! - imprévu d'ici là, ils auront sans doute les moyens de dépenser plus à la retraite que durant leur vie active », indique M. Paré.

Les chiffres

Les chiffres : 

Line et Christian, 57 ans

Revenu salarial annuel : 25 000 $ (emplois à temps partiel jusqu'à la retraite dans trois ans, à 60 ans)

Budget annuel de dépenses : environ 35 000 $ par an (dont 12 000 $ en coûts de logement locatif)

Actif dans des régimes enregistrés d'épargne retraite (REER) : 628 500 $

Actif dans des comptes d'épargne libre d'impôt (CELI) : 109 000 $

Actif en épargne et placements non enregistrés : 297 500 $

Actifs non financiers (sans dette) : véhicule récréatif (évalué à 80 000 $) et véhicule compact 2018

Scénario 1

Le premier scénario de David Paré s'appuie sur le paiement au comptant de l'achat du condo de 265 000 $.

Ces fonds proviendraient du décaissement d'une majeure partie des placements non enregistrés qui sont évalués en tout à 297 500 $.

D'autant que, aux dires de Christian, ces placements ont un rendement minime sinon négatif à cause de la correction des marchés financiers des derniers mois. Leur décaissement se traduirait donc par une facture d'impôt sur le gain en capital minime, presque nulle.

Avec l'hypothèse d'un taux d'inflation autour de 2,1 % et d'un rendement moyen de 4 % par année pour les autres placements de Line et de Christian, le conseiller estime que les actifs financiers du couple après l'achat du condo demeureraient « amplement suffisants » pour soutenir son désir d'augmenter son train de vie au-delà des 35 000 $ actuels.

Line et Christian auraient aussi les moyens d'attendre l'âge réglementaire de 65 ans pour percevoir alors le plein montant de leurs prestations du Régime de rente du Québec (RRQ). Ces prestations seraient alors exemptes de la pénalité viagère (d'environ 30 %) en cas de réclamation hâtive dès 60 ans.

En contrepartie, l'achat au comptant du condo présume un début de décaissement des REER dans un avenir plus rapproché. C'est-à-dire après l'épuisement des actifs résiduels totalisant près de 100 000 $ en placements non enregistrés et en CELI.

Et lorsque l'on planifie des décaissements de REER, il faut aussi prévoir de futurs revenus imposables pour Line et Christian.

Cela dit, estime David Paré, « à moins de gros imprévus, ou de rendements beaucoup moindres que prévu dans leurs placements, Line et Christian pourraient être encore en surplus d'actifs rendus à 90 ans, ce qui représente l'espérance de vie moyenne de leur génération. Ces actifs résiduels pourraient alors être mis en planification successorale, si tel était leur souhait de fin de vie ».

Scénario 2

Le deuxième scénario repose sur le financement d'une partie du coût d'achat de 265 000 $ du condo par un emprunt hypothécaire de 100 000 $.

Cet emprunt à taux fixe sur cinq ans serait amorti sur 25 ans, afin de minimiser les paiements hypothécaires.

Selon les calculs de David Paré, ce scénario serait le plus avantageux au point de vue fiscal dans quelques années pour les futurs retraités.

Parce qu'il laisserait plus de capital disponible dans les comptes de placements non enregistrés et les CELI pendant quelques années, un financement hypothécaire partiel du condo permettrait à Line et à Christian de retarder leurs décaissements de REER et de mieux gérer leur impact sur leurs revenus imposables futurs.

Par ailleurs, explique David Paré, « en contractant un emprunt hypothécaire limité à 100 000 $ et à échéance de cinq ans, le couple conservera les moyens financiers de régler tout le solde dans cinq ans, si la hausse des taux d'intérêt s'avérait alors désavantageuse ».

David Paré estime aussi que si Line et Christian s'en tiennent à un train de vie de retraite rehaussé, certes, mais de façon modérée, ils pourraient même disposer d'une bonne marge de manoeuvre de revenus disponibles - de l'ordre de 15 000 $ au-delà de leur budget actuel de 35 000 $ par année - pour faire face à des imprévus.

Quel type d'imprévus ?

« Ça pourrait être le besoin de soins médicaux spéciaux au fur et à mesure qu'ils avanceront en âge, surtout s'ils veulent continuer à voyager. Ou encore des frais d'entretien spéciaux pour leur condo ou leur véhicule récréatif », suggère David Paré.

N'empêche, « ce n'est pas vraiment un motif inquiétude pour Line et Christian en fonction de leur train de vie modéré et de l'importance des actifs déjà accumulés dans leur patrimoine conjoint ».

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Photo Desjardins

David Paré, de Desjardins Gestion de patrimoine à Québec