Stressés par leurs finances personnelles, les Québécois ?

Publié le 6 juill. 2016
Marc Tison LA PRESSE

Pas trop. Dans une proportion de 55 %, ils se disent rarement ou jamais stressés par le sujet.

Pourtant, d'autres enquêtes ont montré que l'argent était la source de stress la plus importante chez nos concitoyens.

Avec l'éducation des enfants, l'argent est aussi la plus féconde source de conflit dans le couple.

« Sur cette question, je pense qu'il y a une espèce de gêne psychosociale », souligne Youri Rivest, vice-président chez CROP, qui a mené l'étude. « Les gens sont peut-être plus stressés qu'ils le révèlent. »

Les Québécois devraient-ils être plus inquiets ?

Les deux principaux facteurs qui font osciller la Bourse du stress sont les revenus et l'endettement.

Ou plus exactement, la perception de ses revenus et de son endettement.

L'économiste principale Hélène Bégin, de Desjardins Études économiques, ausculte régulièrement les finances des ménages québécois. « Au départ, il y a 30 % des gens qui ne sont pas endettés au Québec », note-t-elle, citant sa dernière étude parue en mai.

« Et parmi les 70 % qui ont des dettes, il y a une bonne proportion qui est faiblement endettée parce que la population du Québec vieillit. Plus les gens avancent en âge, moins ils ont de dettes et plus ils ont d'actifs. » - Hélène Bégin

Le vieillissement de la population entraînerait donc une légère amélioration de la situation financière d'ensemble. « Il y a peut-être moins de gens stressés », suppute Hélène Bégin.

Pourtant, le revenu disponible par habitant, en dollars constants, a peu varié : 20 440 $ en 2004, contre 23 873 $ en 2014 (dollars enchaînés de 2007).

« Ce n'est pas une question que leur revenu a augmenté. Mais les gens se sentent plus en sécurité s'ils voient que leur maison est payée », observe l'économiste.

Son étude révèle que 31 % des ménages avaient des actifs supérieurs à 350 000 $ en 2015, alors que 15 ans plus tôt, la proportion était inférieure à 10 %.

« Depuis une quinzaine d'années, les dettes des Québécois ont beaucoup augmenté, notamment en raison du prix croissant des maisons. Les emprunts hypothécaires ont été gonflés. Mais en même temps, les actifs, qui incluent la valeur des maisons, ont pris beaucoup de valeur aussi. La valeur des actifs a augmenté plus rapidement que les dettes. »

Son analyse sur la situation financière des ménages parue le 9 mai dernier se conclut sur une note intéressante.

Le ratio entre leurs dettes et leurs actifs plaçait 4 % des ménages endettés dans une situation critique, 12 % dans « une zone d'inconfort sur le plan financier » et 84 % dans la « zone de confort ».

Le confort : l'opposé du stress.

Nos données viennent d'un sondage CROP-La Presse réalisé en ligne du 16 au 19 juin par l'intermédiaire d'un panel sur l'internet, au cours duquel 1000 questionnaires ont été remplis par des résidants du Québec de 18 ans et plus. Échantillon non probabiliste.