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Un étudiant économe, qui doit être autonome

«Je mets de l'argent de côté pour mes... (Photo Marco Campanozzi, archives La Presse)

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«Je mets de l'argent de côté pour mes études depuis que mes grands-parents me donnent des chèques à Noël et à ma fête», raconte Guillaume, qui démontre une sagesse exemplaire malgré son jeune âge.

Photo Marco Campanozzi, archives La Presse

Un étudiant de 19 ans qui a un compte en banque de 14 000 $, ce n'est pas banal, avouez !

« Je mets de l'argent de côté pour mes études depuis que mes grands-parents me donnent des chèques à Noël et à ma fête », raconte Guillaume, qui démontre une sagesse exemplaire malgré son jeune âge. « J'ai commencé à arbitrer des matchs de soccer à 14 ans. Puis, j'ai eu un emploi d'été au Canadian Tire, pour ensuite travailler dans un restaurant, à temps plein l'été et à temps partiel durant l'année scolaire. »

Guillaume a la chance de pouvoir habiter chez ses parents, en banlieue de Montréal, pendant ses études et a réussi à limiter ses dépenses.

Mais, son baccalauréat à peine commencé, il éprouve un soupçon d'inquiétude en pensant à son cheminement universitaire : il doit passer quatre années sur les bancs de l'école pour obtenir son diplôme d'ingénieur.

« À cause de la charge de travail élevée, je ne pourrai pas continuer à travailler à temps partiel après Noël. Mon revenu tombera à zéro et je suis inquiet. » - Guillaume

Surtout qu'il a d'autres projets pour lesquels il devra puiser dans ses réserves : visiter l'Asie pendant deux mois l'été prochain, et déménager en appartement à Montréal avec sa copine pour ses deux dernières années d'études.

« Après cette année, j'aurai des stages pendant l'été, alors c'est ma dernière occasion de voyager », explique-t-il au sujet de son projet d'escapade.

PAS D'AIDE DE PAPA ET MAMAN

Assurément, il pourra compter sur l'aide financière de ses parents, qui accordent beaucoup d'importance à l'éducation ? Eh bien, non. Malgré leur revenu familial supérieur à la moyenne (140 000 $), ils ne donnent pas un sou à Guillaume.

« Mon père a payé lui-même ses études d'ingénieur, et il croit qu'on doit faire la même chose, pour apprendre à gérer notre argent, dit-il. Mes frères n'ont pas eu d'aide, même s'ils ont fait de longues études. »

Au moins, il n'a pas à payer de pension pour habiter la maison familiale.

Même quand il s'installera en appartement, le revenu élevé de ses parents empêchera Guillaume d'être admissible aux prêts et bourses. Selon les barèmes fixés par le programme d'aide financière, ils devraient pouvoir le soutenir à hauteur de 35 500 $ par année, puisque leurs deux autres enfants ne sont plus à leur charge.

L'aide financière calcule des dépenses de 13 740 $ par année pour un étudiant qui n'habite pas chez ses parents (3800 $ en droits de scolarité et 9940 $ en frais de subsistance). Mais selon Polytechnique Montréal, vivre en appartement coûte plutôt 19 500 $. Une enquête du ministère de l'Éducation avance même le chiffre de 22 300 $ (en 2012-2013).

S'il ne peut compter sur ses parents ni sur un prêt étudiant, et qu'il doit quitter son emploi, comment Guillaume arrivera-t-il à payer l'épicerie et ses factures d'université ? Doit-il renoncer à son projet de déménagement, pour continuer à dormir dans sa chambre de gamin et piger gratuitement dans le frigo familial ? Et son rêve de voyage ?

MERCI, GRAND-MAMAN !

Au moins, le jeune homme peut compter sur l'aide de ses deux grands-mères : l'une d'elles a accumulé 5000 $ dans un régime enregistré d'épargne-études (REEE) à son nom, comme elle l'avait fait pour ses frères, tandis que l'autre paie son abonnement mensuel aux transports en commun (100 $).

Guillaume pourra aussi travailler pendant les vacances. L'été prochain, après son voyage, il lui restera deux mois pour un emploi. En 2017 et 2018, ses étés seront consacrés à des stages, rémunérés.

Ces revenus, en plus de ses épargnes, seront-ils suffisants ? Ou alors devra-t-il profiter des offres des institutions financières, qui proposent des marges de crédit aux étudiants en génie, en médecine ou en pharmacie, où les emplois sont quasi garantis et bien rémunérés à la fin des études ?

FAIRE FRUCTIFIER SA CAGNOTTE

Le bas de laine de Guillaume dort pour le moment dans son compte d'épargne, qui lui verse quelques cents d'intérêts chaque mois. « Pourrais-je investir mon argent en attendant d'en avoir besoin, dans deux ou trois ans ? demande-t-il. Combien investir, dans quel type de placement, pour combien de temps, combien cela pourrait-il rapporter ? »

Novice en la matière, il a rencontré un conseiller de son institution financière, mais n'est pas satisfait des conseils qu'il a reçus.

PORTRAIT

GUILLAUME, ÉTUDIANT EN GÉNIE, 19 ANS

Revenus de la dernière année : 15 000 $

Épargne : 14 275$

REEE : 5000 $

Total: 19 275$

EN 2016

Revenus prévus: 7500 $

Dépenses prévues : 12 130 $

Manque à gagner, à piger dans son épargne: 4630$

Épargne restante: 14 650$

EN 2017

Revenus prévus : 12 980 $

Dépenses prévues : 15 210 $

Manque à gagner, à piger dans son épargne: 2230$

Épargne restante: 12 415$

EN 2018

Revenus prévus : 12 980

Dépenses prévues : 20 760 $

Manque à gagner, à piger dans son épargne: 7780$

Épargne restante: 4630$

EN 2019

Revenus prévus : 400$

Dépenses prévues (pour 4 mois) : 7000 $

Manque à gagner, à piger dans son épargne: 6600$

Épargne manquante pour combler les besoins: 1970$

AU TOTAL

Manque à gagner pour les quatre années : 20 370 $

Réserves de Guillaume (REEE + épargne) : 18 000 $

ON NE PEUT PAS TOUT AVOIR DANS LA VIE...

Guillaume fait ses premiers pas dans la vie adulte avec un confortable coussin financier, mais il n'a pas encore expérimenté ce que la vie coûte vraiment. Combien pour un loyer, une facture d'électricité, un déménagement, la nourriture pour une semaine ? Combien coûtent un grille-pain, une table et des chaises, une batterie de cuisine, une télé ?

« Il va devoir se poser toutes ces questions, souligne le planificateur financier François Morency, d'Aviso. Il n'a pas encore de point de repère pour évaluer ces dépenses. Tant qu'il reste chez ses parents, il ignore combien coûte l'épicerie ou l'accès à l'internet. »

Quand on regarde ses prévisions de revenus et de dépenses, on pourrait conclure que Guillaume a les moyens de concrétiser ses projets : au terme de ses quatre années d'études, il lui manquerait à peine 2000 $, qu'il pourrait emprunter, puis rembourser rapidement avec ses premiers chèques de paie.

Mais attention : ces calculs utilisent des moyennes de dépenses. Le coût de vie de Guillaume pourrait être plus élevé, prévient François Morency.

« Son loyer dépendra de l'endroit où il s'installera. Habitera-t-il seul avec sa copine ou avec d'autres colocataires ? Combien coûtera le déménagement ? Et les meubles ? » - François Morency, planificateur financier

S'il quitte la maison familiale, Guillaume devra s'astreindre à un budget serré, limiter ses loisirs et ses sorties, tout un défi quand on n'en a pas l'habitude. « Quand j'étais à l'université, j'avais 35 $ par semaine, exactement, pour me nourrir, se rappelle M. Morency. Je faisais l'épicerie avec une calculatrice. Si je prenais un article plus coûteux, je devais en retirer un autre de mon panier. »

Guillaume doit faire ses devoirs pour avoir une idée précise des coûts avant de prendre sa décision, selon lui. Il peut choisir d'emprunter, et rembourser ses dettes quand il commencera à travailler, comme bon nombre d'étudiants. « Mais s'il a l'occasion de finir ses études sans dette, c'est encore mieux », souligne le planificateur financier.

« Comme ses parents ne l'aident pas financièrement, la seule façon de ‟profiter" d'eux, c'est de continuer à bénéficier de l'hébergement, de la nourriture et de tous les autres services qu'ils lui procurent gratuitement. »

LA BOURSE PEUT ATTENDRE...

Peu importe sa décision, Guillaume peut effectivement faire fructifier son épargne. Mais mieux vaut oublier la Bourse.

« Spéculer, c'est beaucoup trop risqué dans sa situation. » - François Morency

Oui, on peut gagner gros à la Bourse. Mais on peut aussi tout perdre...

Avant d'avoir 18 ans, Guillaume aurait pu contribuer à son propre REEE, ce qui lui aurait permis de toucher des subventions gouvernementales représentant 30 % de ses cotisations.

Mais comme ce n'est plus possible, M. Morency lui suggère plutôt d'ouvrir un CELI, qui lui permettra de retirer son épargne quand il le veut.

Les fonds placés dans un CELI peuvent être investis de diverses façons, comme pour le REER, rappelle-t-il : dans des actions, des obligations, des fonds communs, ou simplement dans un compte d'épargne.

Pour Guillaume, il recommande un fonds équilibré, constitué de 50 % d'obligations, pour la stabilité, et de 50 % d'actions, pour la croissance. « Le risque est pondéré, tout en offrant une bonne diversification, indique le spécialiste. Il pourrait avoir un rendement de 4 ou 5 %. L'important est de choisir un fonds sans frais de sortie, pour qu'il puisse retirer son argent quand il en a besoin. »

À titre indicatif, 14 000 $ investis pour trois ans à 5 % rapporteraient des intérêts de 2207 $. C'est tout de même mieux qu'un compte d'épargne.




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