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Rouler à tombeau ouvert vers l'endettement

Savez-vous combien votre voiture vous coûte... vraiment ? Avec la hausse du prix de l'essence et les remboursements de prêts auto qui s'étirent sur des périodes de plus en plus longues, les coûts reliés aux véhicules sont en constante augmentation. Dans ce troisième épisode de notre série « Train de vie extrême », un couple de la Rive-Sud se demande s'il pourrait se contenter d'un seul véhicule, dans le but de réduire ses dépenses et de parvenir à rembourser ses dettes.

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KARINE, 36 ANS

Travailleuse sociale, 57 000 $/année

RÉMI, 38 ANS

Technicien en informatique, 48 000 $/année

+++

Deux enfants de 4 et 8 ans

Revenu mensuel net : 5380 $

Hypothèque de 186 590 $ sur une maison de 270 000 $

Autres dettes : 57 787 $

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Quand l'auto se transforme en boulet

Dans le budget d'un ménage moyen, les frais liés à l'automobile sont le deuxième poste budgétaire le plus important : ils représentent 20 % des dépenses, après les coûts de logement, qui comptent pour 28 % en moyenne. Ce sont peut-être leurs deux voitures qui déséquilibrent les finances de Karine et Rémi ?

Leur compte bancaire ne se portait pas trop mal avant qu'ils ne quittent l'est de Montréal pour s'installer sur la Rive-Sud, il y a un an et demi. En tentant de comprendre ce qui a fait gonfler leur dette, ils mentionnent les frais reliés au déménagement et à la nouvelle maison, ainsi que le délai qu'il a fallu à Karine pour se trouver un nouvel emploi.

Mais les frais reliés à l'achat d'une deuxième voiture pèsent également très lourd sur leur budget : le véhicule acheté en 2012 leur coûte 8620 $ par année. Et ça, c'est parce qu'ils ont étiré les paiements sur huit ans pour réduire les mensualités.

« Comme on est en banlieue, qu'on a un enfant à la garderie et un autre à l'école primaire, ce serait très difficile de fonctionner avec une seule voiture, mais on l'envisage, pour réduire les coûts », confie Rémi.

Il prend le train de banlieue jusqu'au centre-ville, où il travaille. Mais il se rend en auto à la gare. Quant à Karine, son bureau se trouve non loin de la maison, mais elle a parfois besoin de se déplacer pour ses tâches, ce qui exige l'utilisation de la voiture.

Les déplacements pour aller conduire et chercher les enfants à la garderie et à l'école risquent d'être compliqués avec une seule auto. « Ça exigerait des sacrifices et des compromis, mais on a quand même un bon réseau pour nous épauler », souligne Rémi.

Lequel de leurs deux véhicules devraient-ils vendre, s'ils choisissent cette option ?

«Ils devraient sans doute vendre la Matrix, parce qu'elle est payée complètement. S'ils se défont de la Rondo, ils devront vendre à perte, puisque sa valeur est moindre que le solde qu'il leur reste à rembourser sur le prêt.»

Anne-Sophie Hamel-Longtin
Porte-parole du CAA-Québec

MOINS DE VOITURES, MOINS DE DETTES

En effet, les véhicules neufs se déprécient rapidement au cours des premières années. La voiture achetée il y a un peu plus d'un an a perdu une grosse partie de sa valeur. En la vendant maintenant pour 14 000 $ (prix estimé par le CAA pour un tel véhicule), il manquera encore environ 7330 $ à Karine et Rémi pour rembourser leur prêt au complet. Ils devraient donc emprunter à nouveau sur leur marge de crédit pour éponger cette dette. Mais c'est cette voiture qui pèse le plus lourd sur leur budget : 8620 $ par année, alors que l'autre leur coûte 4750 $.

Bien sûr, s'ils la vendent, ils n'économiseront pas ce montant en totalité. Ils utiliseront plus fréquemment le véhicule restant, pour lequel la facture d'essence et d'entretien risque alors de grimper. Mais, une fois le solde du prêt-auto remboursé, ils dégageront une bonne marge de manoeuvre budgétaire pour rembourser leurs dettes.

S'ils décident plutôt de vendre la Matrix et qu'ils en obtiennent 6500 $, cette somme pourrait servir à diminuer leurs dettes immédiatement, ce qui leur permettrait de réduire les montants payés en intérêts. Cependant, les économies récurrentes seraient moins élevées au cours des années suivantes.

Karine et Rémi se sont fait prendre, comme beaucoup d'autres automobilistes, à sous-estimer ce qu'il en coûte de faire rouler une voiture.

«Les gens oublient souvent tous les frais qui entourent le fonctionnement d'un véhicule, comme l'essence, les pneus, l'entretien. Selon le nombre de kilomètres parcourus, ça peut monter très vite.»

Anne-Sophie Hamel-Longtin
Porte-parole du CAA-Québec

En explorant les pistes de solution pour améliorer leur situation financière, ils devront se pencher sérieusement sur l'impact des deux véhicules garés devant leur maison de banlieue.

Dépenses annuelles reliées auc voitures de Karine et Rémi

Toyota Matrix 2009

Valeur : 6500 $ (complètement payée)

Essence : 2570 $

Permis et immatriculation : 360 $

Assurance : 260 $

Entretien : 1550 $

TOTAL : 4750 $

Dépréciation : 1830 $/an

Kia Rondo 2012

Valeur : 14 000 $

Solde du prêt : 21 330 $

Remboursement du prêt : 4570 $ (380 $/mois)

(à 5 % d'intérêts, pour encore 6 ans)

Essence : 2480 $

Permis et immatriculation : 360 $

Assurance : 690 $

Entretien : 520 $

TOTAL : 8620 $

Dépréciation : 5430 $/an

Étirer le paiement du prêt auto, ça coûte cher

Le nombre de consommateurs optant pour un contrat de six ans ou plus pour rembourser leur prêt-auto a plus que doublé en cinq ans. Cette tendance contribue au surendettement des consommateurs, selon le CAA-Québec.

Karine et Rémi ont choisi de rembourser l'emprunt pour leur voiture sur une période de 7 ans, à un taux d'intérêt de 5 % - ce qui est plutôt élevé. Les consommateurs ont parfois l'option de prolonger la période de remboursement jusqu'à 8 ans.

Le CAA met en garde les automobilistes contre cette tendance. La semaine dernière, l'organisme soulignait que si les ventes de véhicules au Canada atteignent des niveaux records depuis quelques mois, c'est notamment en raison de l'accès facile au crédit et des modalités de financement à long terme, qui permettent de proposer des paiements qui semblent abordables.

« Mais en pratique, c'est au moment où les propriétaires décident de vendre leur véhicule avant terme en vue d'en acquérir un autre que des pertes sont à prévoir », souligne le CAA dans un bulletin diffusé à ce sujet. « Pourquoi ? Parce que le montant final dû sur le véhicule dépasse en général la valeur marchande du bien en question. Ce manque à gagner crée une dette qui vient s'ajouter au deuxième prêt auto lié à la nouvelle voiture... et ainsi se perpétue le cycle de l'endettement. »

Pour permettre aux consommateurs de bien évaluer l'impact du financement à long terme, l'organisme a créé un tableau comparatif avec un échantillon de 14 modèles de véhicules. Un exemple ? Pour une Mazda 3 qui coûterait 17 690 $ à l'achat (20 356 $ avec les taxes), un prêt à un taux de 2,99 % coûterait 2124 $ en intérêts s'il est remboursé sur sept ans. Si un consommateur voulait revendre son véhicule après quatre ans pour un prix de 6400 $, il aurait un manque à gagner de 2847 $, puisque le solde de son prêt auto serait de 9247 $.




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