Pourquoi de plus en plus de consommateurs sont-ils surendettés ? Et quand on se retrouve coincé, incapable de rembourser ses dettes, qu'on en perd le sommeil, comment peut-on s'en sortir ? Au cours des prochaines semaines, nous tenterons de répondre à ces questions en suivant le parcours de trois ménages résolus à reprendre le contrôle de leurs finances.

ISABELLE DUCAS LA PRESSE

Pourquoi en arrive-t-on à dépenser au-delà de nos moyens ? Parce qu'on le peut.

Et pourquoi peut-on ? Grâce au crédit, bien sûr, qui nous permet de nous payer (presque) tout ce que l'on désire, sans attendre. Les consommateurs sont nombreux à s'endetter pour satisfaire leurs envies, avec des conséquences parfois malheureuses.

Depuis quelques années, les dépenses de consommation ne cessent d'augmenter, dopées par l'accès de plus en plus facile au crédit : la dette des ménages atteint maintenant 164 % des revenus - c'est-à-dire que les Canadiens doivent pratiquement 1,64 $ pour chaque dollar de revenu disponible qu'ils gagnent en une année. L'endettement a augmenté plus de trois fois plus vite que les revenus au cours de la dernière décennie. Plus de la moitié des Canadiens ont un solde impayé sur leur carte de crédit. Au cours des 12 derniers mois, les dossiers d'insolvabilité des consommateurs québécois ont augmenté de 7,3 % comparativement à la même période l'an dernier.

Au-delà des chiffres, le surendettement crée de la détresse et du stress chez bon nombre de consommateurs. Selon un tout récent sondage de la BMO, 51 % des consommateurs canadiens ont dû renoncer à certaines activités à cause du poids de leurs dettes, 39 % y pensent plusieurs fois par jour, 38 % en perdent le sommeil, 37 % en ont honte et 34 % se chicanent avec leur entourage à ce sujet.

De nombreux lecteurs nous ont confié que leurs problèmes d'argent leur causaient de graves inquiétudes lorsque nous avons sollicité des volontaires prêts à changer leur mode de vie pour redresser leur situation. 

Tout au long de l'automne, nous vous présenterons trois familles qui ont courageusement accepté de partager leurs angoisses financières. 

Elles recevront des conseils d'experts pour les aider à se sortir du pétrin, et témoigneront de leurs efforts, de leurs difficultés et des trucs qu'elles apprendront pour réussir à se débarrasser de leurs dettes.

Cette semaine, nous vous présentons Julie et Rock, qui commencent à s'inquiéter de ne pas réussir à rembourser leurs dettes de cartes de crédit et de marge de crédit depuis quatre ans, malgré des revenus supérieurs à la moyenne.

Connaissances financière insuffisantes

Vous serez sans doute nombreux à trouver dans ces reportages des réponses à vos propres inquiétudes. Parce que ces ménages endettés sont loin d'être des cas isolés.

Depuis plusieurs années, des lecteurs de La Presse Affaires nous adressent des questions sur leurs finances personnelles, auxquelles répondent des experts dans la rubrique « Train de vie ». Bien des consommateurs n'arrivent pas à équilibrer leur budget et recourent au crédit pour boucler leurs fins de mois, sans se rendre compte du cercle vicieux dans lequel ils s'engagent. Quand ils en viennent à demander de l'aide, ces personnes sont souvent au bord du gouffre et ont déjà dépensé des milliers de dollars en intérêts sur leurs dettes.

Manque de connaissances financières ? Refus d'affronter la réalité ? Dans la majorité des cas, on n'a pas affaire à des gens démunis, mais à des consommateurs qui oublient - ou refusent - de faire des choix.

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Quelques exemples ?

• Un ménage a payé sa maison 125 000 $ il y a 20 ans. Aujourd'hui, son hypothèque, plutôt que de diminuer, a augmenté, à 270 000 $ ! La maison a été réhypothéquée plusieurs fois pour payer des dépenses de consommation. Après une perte d'emploi, ce couple n'arrive plus à faire ses paiements.

• Un lecteur a déjà demandé s'il était normal que ses dépenses soient plus importantes que ses revenus... À noter : ce célibataire, avec un salaire de 65 000 $, venait d'acheter un véhicule BMW neuf, avec des paiements de 700 $ par mois.

• Une autre considérait que son prêt auto n'était pas une dette. Elle plaçait seulement son paiement mensuel dans sa colonne des dépenses.

D'autres croyances largement répandues : 

• si la banque accepte de me prêter une certaine somme, si on me propose une carte de crédit avec une certaine limite, c'est que j'en ai les moyens ;

• le montant de la marge de crédit accordée par ma banque fait partie de mon « cash-flow ».

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Pourtant, les études se multiplient pour démontrer que l'argent, surtout si l'on s'en sert pour acheter des biens matériels, ne fait pas le bonheur. Les chercheurs Elizabeth W. Dunn et Michael Norton, auteurs du livre Happy Money : The Science of Smarter Spending (Argent content : la science des dépenses plus sensées), affirment que les achats pour lesquels on paie AVANT d'y avoir accès sont plus susceptibles de nous satisfaire, alors que l'on fait précisément l'inverse en utilisant le crédit.

Pourquoi, alors, cet insatiable désir d'acheter, si ce n'est pas ce qui nous rend heureux ? Certains critiques de la société de consommation mettent en cause l'industrie du marketing et de la publicité, qui use de stratagèmes pour nous créer de nouveaux besoins. Les institutions financières auraient aussi leur part de responsabilité, en facilitant l'accès au crédit et en recrutant leur clientèle au moyen de slogans tels que « Profitez », « Osez », « Je peux ! » ou « Vous êtes plus riche que vous le pensez ».

Les consommateurs devraient évidemment avoir le dernier mot ; ce sont eux qui décident, ultimement, de sortir leur carte de crédit pour faire un achat. Mais plusieurs d'entre eux semblent avoir de la difficulté à résister aux multiples occasions qui leur sont offertes : des dépenses qui étaient auparavant considérées comme du luxe sont maintenant devenues normales. On n'a qu'à penser aux dépenses de télécommunications qui ont explosé de 700 % de 1997 à 2009 - tout le monde ou presque a un téléphone intelligent, un accès à l'internet, de plus en plus de chaînes de télé, etc.

Si vous vous questionnez sur votre mode de consommation et que vous êtes avide de conseils pour faire de meilleurs choix, suivez notre série tout au cours de l'automne.

Une belle grosse maison qui pèse lourds sur les finances

JULIE CODERRE, 38 ANS / ROCK CLOUTIER, 41 ANS

Mont-Saint-Hilaire

- Travaillent à Montréal tous les deux

- Quatre enfants de 9 mois à 10 ans

- Revenu annuel : 160 000 $

DETTES 

Remboursements : 

- Hypothèque :  400 000 | $2200 $/mois

- Marge de crédit :  35 000 $ | 800 $/mois

- Cartes de crédit :  11 500 $ | 380 $/mois

- Prêts auto : 50 000 $ | 800 $/mois

- Total : 546 500 $ | 4180 $/mois

ACTIFS 

- Maison : 540 000 $

- REER : 35 000 $