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À Bourse chère, investisseurs plus sélectifs

Lorne Steinberg est président de la firme montréalaise... (Photo Lorne Steinberg Wealth Management)

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Lorne Steinberg est président de la firme montréalaise Gestion de patrimoine Lorne Steinberg depuis 2009.

Photo Lorne Steinberg Wealth Management

Chaque dimanche, un financier répond à nos questions. Il donne sa lecture des marchés, offre son point de vue sur la Bourse et lance quelques conseils d'investissement. Cette semaine, Lorne Steinberg, président de la firme montréalaise Gestion de patrimoine Lorne Steinberg.

À votre avis, quel est l'événement le plus significatif des derniers jours à la Bourse ?

C'est la baisse du taux d'inflation en mai dans la zone euro à seulement 0,5 %, ce qui est le niveau le plus bas depuis la crise financière.

C'est ce qui a motivé la Banque centrale européenne (BCE) à réduire encore le taux d'intérêt directeur sur les dépôts à un taux négatif de 0,1 %. La BCE est ainsi la première banque centrale d'importance dans le monde à recourir à une politique monétaire de taux d'intérêt négatif afin de contrer le risque de déflation.

La déflation pourrait en effet être dangereuse pour l'économie européenne, qui demeure en faiblesse. Parce que si les consommateurs et les entreprises de la zone euro commençaient à anticiper une baisse des prix, ils seraient alors incités à retarder leurs dépenses et, du coup, affaiblir davantage une économie continentale déjà au ralenti.

Dans ce contexte, le directeur de la BCE, Mario Draghi, est sous pression pour continuer à soutenir la reprise de l'économie européenne.

Pour les investisseurs boursiers, la décision de la BCE (taux négatif sur les dépôts) devrait s'avérer favorable à court terme parce qu'elle signale l'intention des principales banques centrales, en particulier la BCE et la Réserve fédérale américaine (Fed), de maintenir les taux d'intérêt très bas afin de favoriser la croissance économique.

Quel indicateur suivez-vous le plus attentivement en ce moment ?

En suivi de ma réponse précédente, l'élément qui influence le plus les marchés boursiers ces temps-ci est, à mon avis, le suivi des énoncés de politique provenant des principales banques centrales.

D'autant que la hausse récente des marchés boursiers s'explique en bonne partie par la politique monétaire expansionniste de la Fed et des autres banques centrales.

Aux États-Unis notamment, la politique de bas taux d'intérêt maintenue par la Fed a non seulement stimulé les marchés boursiers, mais aussi motivé le rebond de l'important secteur de l'immobilier résidentiel.

Pour la suite, je m'attends à ce les taux d'intérêt demeurent artificiellement bas tant que l'inflation demeurera inférieure à 2 %.

Dans ce contexte, l'indicateur économique que je surveille le plus dans la conjoncture actuelle est effectivement le taux d'inflation. À mon avis, si le taux devait s'élever au-dessus de 2 %, les investisseurs boursiers devraient s'attendre à une hausse de taux d'intérêt et, partant, à un risque accru de correction en Bourse.

Que feriez-vous avec plusieurs milliers de dollars à investir ?

Après le rallye haussier des dernières années, les marchés boursiers sont nettement passés en phase de haute sélectivité (stock picker's market) de la part des investisseurs.

Par conséquent, les investisseurs doivent se concentrer encore plus sur la recherche de titres d'entreprises sous-évaluées, dont la performance en Bourse traîne encore de l'arrière par rapport à l'ensemble du marché et de leur secteur.

Pour notre part, nous trouvons de tels titres sous-évalués dans le secteur technologique aux États-Unis, où quelques entreprises excellentes dans leur secteur respectif se négocient à des prix très inférieurs aux moyennes parmi leurs pairs et le marché en général.

Parmi celles-ci, nous préférons des grosses capitalisations comme Cisco, Hewlett Packard et Microsoft. Ces entreprises se démarquent à notre avis pour leur valeur boursière attrayante, leur rendement en dividende supérieur au marché et leur potentiel de rebond haussier inattendu.

Ailleurs dans le monde boursier, nous considérons qu'il y a une valeur redevenue très attrayante au Japon, qui demeure le marché le moins dispendieux parmi les économies développées.

Les meilleures occasions au Japon se trouvent surtout parmi ses entreprises de petite et de moyenne capitalisation, particulièrement du côté de firmes d'ingénierie spécialisée comme Futaba et Aida Engineering.

Par ailleurs, dans le marché des titres à revenu fixe, les seules valeurs attrayantes ces temps-ci, à notre avis, se trouvent du côté des obligations corporatives. C'est seulement dans ce marché que les investisseurs peuvent encore trouver des titres fiables avec un rendement au comptant de l'ordre de 6 à 8 %.

Toutefois, pour les particuliers investisseurs, la seule façon adéquate de participer à ce marché demeure par l'entreprise de fonds (communs ou négociés en Bourse), parce qu'il est primordial de maintenir une bonne diversification de portefeuille.

À l'opposé, quel placement évitez-vous ces temps-ci ?

Après ces dernières années d'un cycle haussier particulièrement fort, les marchés boursiers en général ne sont plus abordables, à notre avis.

Par conséquent, les investisseurs doivent cibler surtout les secteurs de la Bourse qui ont encore un potentiel de valorisation, plutôt que d'investir davantage dans l'ensemble du marché.

En fait, ce n'est plus le moment d'investir de façon indicielle pour obtenir un rendement raisonnable. Il faut plutôt rechercher des titres d'entreprises sous-évaluées.

Par ailleurs, depuis quelque temps, les investisseurs courent tellement après les titres à rendement au comptant plus élevé, comme les actions à dividendes, que leur valeur en Bourse n'a plus de bon sens.

Par exemple, les actions d'entreprises de pipelines (gaz ou pétrole) telles que TransCanada et Enbridge s'échangent maintenant à des valeurs déraisonnables en Bourse par rapport à leur multiple de risque/rendement potentiel.

Situation semblable du côté des actions de grandes entreprises de télécommunications comme BCE et Telus. Elles sont vraiment à leur pleine valeur boursière et nous préférons les éviter ces temps-ci.

Enfin, nous continuons d'éviter les valeurs mobilières liées à l'or et tout le secteur aurifère. Parce que le déclin du prix de l'or et des résultats des entreprises aurifères devrait se poursuivre au fur et à mesure que la Réserve fédérale américaine (Fed) réduira ses mesures d'assouplissement quantitatif (gros achats mensuels d'obligations gouvernementales) et que les déficits budgétaires des gouvernements se résorberont.

Qu'est-ce que les marchés sous-estiment le plus actuellement ?

À notre avis, le regain de la croissance économique au Japon est l'un des événements les plus sous-estimés ces temps-ci par les investisseurs boursiers.

Après des années de malaise économique, le gouvernement japonais et la banque centrale de ce pays ont pris des décisions de politique monétaire et budgétaire qui ont remis le Japon sur la voie d'une croissance soutenue pour plusieurs années.

Pendant ce temps, le marché boursier japonais - qui demeure le deuxième plus gros du monde - demeure nettement sous-évalué à notre avis.

Et parce que la Bourse japonaise est encore en défaveur, les investisseurs ont une excellente occasion d'acheter des titres de plusieurs bonnes entreprises à des prix d'escompte.

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Mieux connue sous son appellation anglophone, Lorne Steinberg Wealth Management/LSWM, cette firme gère quelque 150 millions de dollars en actifs provenant d'une clientèle de fortunes privées et d'investisseurs institutionnels.

Analyste financier certifié (CFA), Lorne Steinberg détient une maîtrise en administration des affaires (MBA) de l'École Wharton de l'Université de Pennsylvanie, ainsi qu'un baccalauréat en gestion des affaires (BA) de l'Université McGill.




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