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Printemps boursier après l'hiver rigoureux

Christian Godin, vice-président principal, chef des actions et... (PHOTO ÉDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE)

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Christian Godin, vice-président principal, chef des actions et membre du conseil d'administration de Placements Montrustco Bolton.

PHOTO ÉDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE

Chaque dimanche, un financier répond à nos questions. Il donne sa lecture des marchés, offre son point de vue sur la Bourse et lance quelques conseils d'investissement. Cette semaine, Christian Godin, vice-président principal et chef des actions chez Placements Montrustco Bolton, à Montréal.

À votre avis, quel est l'événement le plus significatif des derniers jours à la Bourse?

J'en vois deux qui concernent les entreprises et la conjoncture économique.

Avec les entreprises sur la Bourse américaine, les résultats pour le premier trimestre qui ont été publiés à ce jour - pour les deux tiers de l'indice S & P 500 - s'avèrent légèrement supérieurs aux attentes. Ils montrent une croissance moyenne de 9 % du bénéfice par action (BPA), ce qui surpasse la croissance des revenus.

Sur la Bourse canadienne, seulement le quart environ des entreprises de l'indice S&P/TSX ont publié leurs résultats de premier trimestre jusqu'à maintenant. Néanmoins, elles affichent une hausse moyenne de leurs revenus de 10 à 12 %, ce qui est aussi supérieur aux attentes. Avec leur BPA, la tendance haussière demeure inférieure, mais, au moins, elle n'est plus négative. On commence à voir l'impact positif de la baisse du dollar canadien sur les résultats des entreprises canadiennes qui ont des revenus importants en dollars américains.

Cela dit, tant pour les Bourses américaines que canadiennes, ce regain meilleur qu'attendu des résultats d'entreprises devrait soutenir le sentiment haussier, mais à un rythme modéré par rapport à l'an dernier. Entre-temps, avec un multiple cours/bénéfice de 16 à 17 fois, les valeurs boursières demeurent tout à fait raisonnables.

Quant à l'événement significatif lié à la conjoncture économique, je constate que la Bourse s'est maintenue favorablement en dépit de la croissance plus faible qu'attendu de l'économie américaine au premier trimestre.

En fait, cette faiblesse au début de l'année s'avère attribuable surtout à l'hiver plus rigoureux, qui a touché le plus les secteurs de la consommation, les transports et les services publics.

Mais après ce bref épisode difficile, tout indique que la croissance économique aux États-Unis va rebondir fortement, peut-être jusqu'à 5 % au deuxième trimestre, selon certains économistes.

Quel indicateur suivez-vous le plus attentivement en ce moment?

En premier lieu, ce sont les indices de l'emploi et de la consommation aux États-Unis. La consommation, parce qu'elle soutient le plus la relance de la croissance économique aux États-Unis. En fait, les consommateurs américains reviennent après avoir réduit leur endettement à des niveaux bas qui remontent à 10 ans pour le montant de dette sur leur avoir, et à 30 ans avec les coûts de leur dette (intérêts) par rapport à leurs revenus.

Quant au marché de l'emploi, aux États-Unis encore, je suis surtout l'évolution du taux de chômage par rapport à celle de toute la population active.

Parce que si le chômage baissait plus vite, ça pourrait susciter des pressions inflationnistes sur le marché du travail et influer ensuite sur la politique de taux d'intérêt de la Réserve fédérale américaine (Fed).

Parmi les autres indicateurs économiques, je suis la croissance économique en Chine, surtout son ralentissement que tous souhaitent tempéré, sans mouvement soudain.

Par ailleurs, en Europe, je suis surpris par la force de l'euro et par la baisse des taux obligataires dans certains pays, comme l'Italie et l'Espagne, qui, pourtant, connaissent toujours de grandes difficultés économiques et budgétaires.

Pour le moment, les Bourses européennes profitent aussi de ce sentiment positif. Mais je me méfie de l'impact que pourraient avoir des nouvelles économiques ou budgétaires qui seraient inférieures ou, pire, contraires aux attentes.

Que feriez-vous avec plusieurs milliers de dollars à investir?

J'investirais surtout en actions avec un portefeuille constitué à 50 % d'entreprises canadiennes à dividendes, à 20 % d'entreprises canadiennes de croissance et à 30 % d'entreprises internationales d'envergure.

Dans les entreprises canadiennes à dividendes, nous avons investi notamment dans Inter Pipeline et Bonterra, dans le secteur de l'énergie. Elles sont bien établies et offrent un rendement courant en dividende de 4 et 6 %, respectivement. J'apprécie TELUS dans les télécommunications, pour son dividende, mais aussi pour sa plus grande concentration d'affaires pure play] et sa présence dans des marchés régionaux moins touchés par la concurrence des Bell et Rogers.

Enfin, je note les deux banques québécoises, la Nationale et la Laurentienne, parmi les entreprises à dividendes dans le secteur financier. Leur rendement courant est concurrentiel et leur valorisation boursière demeure inférieure à celle des grandes banques canadiennes.

Parmi les titres canadiens de croissance, nous investissons dans des transformateurs alimentaires comme Industries Lassonde (jus), High Liner Foods (produits marins) et Premium Brands (viandes préparées) pour l'augmentation continue de leurs revenus, de l'ordre de 5 % par an.

Parmi les entreprises internationales, des géants de l'informatique comme IBM et SAP sont intéressants pour leur croissance encore enviable en dépit de leur empreinte mondiale déjà considérable. J'apprécie aussi des fournisseurs spécialisés comme Praxair, un géant des gaz industriels qui profite de la croissance mondiale.

Enfin, j'apprécie des entreprises de consommation comme Yum Brands, un groupe de restauration rapide qui est bien implanté en Asie où la croissance dans ce domaine est la plus forte dans le monde. Même chose pour L'Oréal, géant français des cosmétiques et des produits d'hygiène. Il profite beaucoup de la croissance des économies émergentes.

À l'opposé, quel placement évitez-vous ces temps-ci?

Ça se résume à une catégorie de placements : les obligations à longue échéance. Parce que leur rendement s'annonce très faible, sinon nul, pour l'avenir prévisible. C'est en raison des taux d'intérêt encore faibles, mais aussi du risque de dépréciation de leur valeur marchande lorsque surviendra la remontée des taux d'intérêt.

5) Qu'est-ce que les marchés sous-estiment le plus actuellement ?

Je considère deux éléments en particulier.

D'une part, le risque d'inflation aux États-Unis qui pourrait découler d'un resserrement trop rapide du marché de l'emploi.

Ce risque d'inflation, s'il s'amplifie, pourrait inciter la Fed à rehausser les taux d'intérêt plus rapidement qu'on s'y attend dans les marchés boursiers.

D'autre part, je crois que les investisseurs boursiers négligent le risque d'autres dérapages économiques et budgétaires en Europe.

Pour le moment, ce risque est atténué par la baisse du stress financier et des taux obligataires dans les pays européens qui ont été les plus touchés par la crise des finances publiques, il y a trois ans. Mais cette perception de risque moindre en Europe est encore très prématurée, à mon avis.

***

Christian Godin est vice-président principal, chef des actions et membre du conseil d'administration de Placements Montrustco Bolton.

Cette firme montréalaise gère 5 milliards d'actifs boursiers provenant d'une clientèle d'investisseurs institutionnels au Canada et aux États-Unis. Cet actif se compose surtout de 4 milliards de placements en actions, parmi lesquelles figurent les entreprises citées par M. Godin.




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