Chaque samedi, un financier répond à nos questions. Il donne sa lecture des marchés, offre son point de vue sur la Bourse et lance quelques conseils d'investissement. Cette semaine, Ian Gascon, de Placements Idema.

Richard Dufour LA PRESSE

Q Quel a été l'événement le plus significatif des derniers jours en Bourse?

R J'accorde très peu d'attention aux nouvelles financières quotidiennes. Les nouvelles informations sont rapidement intégrées dans le prix des différents actifs financiers. Je préfère concentrer mes efforts sur l'allocation d'actif et l'automatisation des processus de gestion de portefeuille pour que nos portefeuilles correspondent aux profils de nos clients et s'adaptent à la majorité des environnements économiques sans nécessiter de changements fréquents. Cela étant dit, je crois que l'annonce, jeudi, du report de l'équilibre budgétaire au Québec, même s'il était anticipé, devrait contribuer à nous ouvrir les yeux encore plus grands sur l'évidence d'une problématique générationnelle.

Q Quel indicateur suivez-vous le plus attentivement?

R Les publicités des gestionnaires de fonds communs de placement. Elles me donnent une bonne indication de là où l'argent des investisseurs sera dirigé dans les mois à venir, des catégories d'actifs qui susciteront l'intérêt et aussi des exemples pour mieux expliquer pourquoi il ne faut pas se fier principalement aux rendements passés lorsqu'on prend des décisions d'investissement. Plusieurs études démontrent qu'il n'y a pas de constance dans la performance des meilleurs gestionnaires.

Malgré cette évidence, la majorité des publicités vantent les bons rendements passés et la majorité des décisions d'investissement sont encore basées principalement sur les rendements passés. Les gestionnaires de fonds sont passés maîtres dans l'art d'expliquer pourquoi la situation est maintenant différente et qu'il faut adopter rapidement une nouvelle stratégie ou allocation de portefeuille qui aurait eu de bons rendements au cours des dernières années. La réalité est que la patience a ses vertus et qu'une approche systématique à long terme est probablement plus bénéfique que de se précipiter sur les tendances de l'heure.

Q Que feriez-vous avec plusieurs milliers de dollars à investir?

R J'investirais dans un portefeuille de fonds négociés en Bourse (FNB) mondialement diversifié dans plusieurs catégories d'actifs. Les frais sont la seule certitude en placements. Un portefeuille bien sélectionné de FNB permet de profiter d'une bonne diversification à faible coût et permet de conserver une plus grande portion du rendement qu'offre le marché. J'inclurais des FNB d'actions canadiennes, américaines, internationales, mais aussi des FNB d'obligations canadiennes, internationales, d'entreprises, à haut risque, liées à l'inflation, tout en respectant la tolérance au risque et le profil de l'investisseur. Malgré l'espérance de rendement faible des obligations, elles ont toujours une place dans un portefeuille diversifié et il est risqué de penser qu'un portefeuille d'actions «de qualité» versant des dividendes est une option de rechange comparable.

Q Quel placement évitez-vous à tout prix?

R L'or. Investir aujourd'hui dans un lingot d'or vous donnera très exactement un lingot d'or dans 10, 20 ou 30 ans. L'or n'est pas un actif productif. Dans le passé, l'or a joué le rôle de valeur refuge et ça pourrait se reproduire, mais c'est un actif dont le prix varie principalement en fonction de l'offre et de la demande, donc en fonction des flux des investisseurs institutionnels. La même vision s'applique aussi aux autres matières premières, mais pas aux entreprises qui exploitent ces matières premières. Je préfère investir dans des actifs pour lesquels il y a des raisons fondamentales, structurelles qui peuvent justifier un certain rendement à long terme et me tenir loin de la spéculation.

Q Qu'est-ce que les marchés sous-estiment le plus?

R L'impact à long terme du vieillissement de la population des pays développés. C'est une tendance quasi irréversible depuis plusieurs années qui réduit le potentiel de croissance de l'économie. Le Japon vit cette problématique depuis plus de 10 ans, l'Europe commence à réaliser son impact et le tour de l'Amérique du Nord n'est probablement pas très loin. Un niveau de stimuli financiers inédit combiné à des promesses irréalistes en ce qui a trait aux régimes de retraite publics et à des coûts de santé qui vont exploser ne laisse présager rien de bon pour l'avenir dans un contexte de faible croissance économique.