Certains des constructeurs automobiles qui présentent leurs dernières créations au Palais des congrès de Montréal ce week-end se pavanent aussi en Bourse. Les constructeurs présents dans les marchés émergents comme la Chine génèrent de gros profits pour leurs actionnaires cependant que les acteurs axés sur des marchés très disputés comme l'Europe sont sous pression.

Mis à jour le 28 janv. 2013
Paul Durivage LA PRESSE

Le clivage entre premiers et derniers de classe s'accentuera cette année avec le ralentissement de la croissance des ventes sur la planète, prévoit la Deutsche Bank dans son dernier rapport sur l'industrie automobile. Ralentissement seulement, car la reprise cyclique commencée au deuxième semestre de 2009 a encore du souffle. L'analyste Carlos Gomes, du service de recherche économique de la Banque Scotia, évoque trois raisons pour cela: la forte croissance de l'emploi dans les pays développés, les taux d'intérêt qui n'ont jamais été aussi bas et l'expansion monétaire sur la planète.

À l'occasion du Salon de l'auto, notre tour du monde automobile avec recommandations de titres à la clé.

CHINE

Le moteur de la croissance

La Chine fait rouler l'industrie automobile. La deuxième puissance économique mondiale derrière les États-Unis a compté pour près de 60% de l'accroissement de la demande d'automobiles dans le monde dans la dernière décennie. Une auto sur cinq sortant des usines d'assemblage de la planète se retrouve maintenant sur les routes chinoises.

Selon Carlos Gomes, de la Scotia, l'urbanisation croissante et la hausse des revenus en Chine assurent le maintien de cette tendance encore cette décennie. Le taux de pénétration de l'automobile est de seulement 70 véhicules pour 1000 personnes, soit un dixième de la moyenne pour les pays du G7. Une étude récente estime que 66 millions de foyers chinois seront en mesure d'acheter une nouvelle voiture en 2013, un niveau de 50% supérieur au nombre de voitures qui roulent maintenant en Chine.

Quelques constructeurs sont déjà bien implantés dans ce marché. Volkswagen, un des leaders en Chine, participe à sept partenariats avec des intérêts industriels locaux et planche sur trois autres. Hyundai prévoit y augmenter de 40% sa production au cours des trois prochaines années et y construire des modèles de plus haut de gamme pour accroître sa part du plus gros marché au monde.

Brilliance

En Chine, le titre-vedette du secteur automobile s'appelle Brilliance China Automotive Holdings. Spécialisé dans les voitures de luxe comme son partenaire BMW, le constructeur de Shenyang offre une large gamme de véhicules allant des berlines à quatre et cinq portes, en passant par les monospaces, jusqu'aux VUS compacts. Certains de ceux-ci ressemblent clairement à des modèles à succès allemands, disent les chroniqueurs automobiles.

À la Bourse de Hong Kong, les actions de Brilliance ont décuplé de valeur depuis 2009.

AMÉRIQUE DU NORD

Opération rajeunissement

Du côté de l'Amérique du Nord, on prévoit des ventes de 15 millions de véhicules aux États-Unis en 2013, la plus forte demande depuis 2007. L'âge moyen du parc américain excède maintenant 11 ans alors que la moyenne historique est de 9 ans ou moins.

Au Canada, les ventes de voitures devraient augmenter marginalement cette année, soit de 1,68 million à 1,69 million de véhicules, tout de même le deuxième niveau en importance jamais enregistré. La progression de l'emploi, en particulier dans l'Ouest canadien, soutient le marché même si le ralentissement de l'activité immobilière mine la confiance des consommateurs, note la Banque Scotia.

GM

Déçu par la présentation financière de Generak Motors (GM) au Salon de Detroit, l'analyste Rod Lache, de la Deutsche Bank, accorde néanmoins sa préférence au premier constructeur américain qu'il croit très bien positionné pour surprendre les marchés avec ses nouveaux modèles, l'augmentation prochaine de sa production, ses plans européens, et ses programmes de réduction de coûts. Brian Johnson, de la firme Barclays Capital, ajoute que le titre est l'un des moins chers de l'industrie. Dans la communauté financière, il reçoit d'ailleurs un peu plus de recommandations d'achat que Ford (19 comparativement à 17), avec un potentiel d'appréciation prévu supérieur (15% comparé à 12%) sur un an. Le dépôt de bilan du constructeur de Detroit paraît bien loin.

Ford

Ford a doublé son dividende trimestriel (rendement actuel de 3%) à la faveur d'un bilan solide avec beaucoup de liquidités et de perspectives commerciales positives, aux États-Unis principalement. Le constructeur de Dearborn promet un retour à la rentabilité de ses activités en Europe, où il est plus présent que GM, vers 2015. L'analyste new-yorkais Brian Johnson, de la firme Barclays Capital, considère toutefois que le potentiel du titre est limité avec le ralentissement prévisible des ventes de petits camions cet hiver conséquence de la hausse des prix de l'essence ainsi que des surplus de stocks en Europe et en Amérique du Sud.

BRÉSIL

La fièvre olympique

Les ventes de voitures au Brésil suivent l'accélération du rythme de la croissance économique qui triple à 3,5% cette année avec la construction des installations pour la Coupe du monde en 2014 et les Jeux olympiques d'été en 2016.

Les constructeurs automobiles continuent à augmenter leur présence dans ce pays le plus vaste et le plus peuplé d'Amérique latine. Des investissements de 19 milliards sont prévus d'ici 2017.

L'accroissement de la production devrait toutefois faire pression sur les prix et la rentabilité des constructeurs actifs sur ce marché, croit la Deutsche Bank.

RUSSIE

En deuxième vitesse

La Russie a été, avec le Japon, l'un des principaux vecteurs de croissance pour l'industrie automobile l'an dernier avec des hausses des ventes dans les deux chiffres. Une grande partie de la demande a été soutenue par des mesures d'encouragement gouvernementales à l'achat de nouveaux véhicules. Toutefois, ces subventions ont expiré, ce qui devrait affaiblir la demande. La Scotia prévoit que les ventes de voitures en Europe de l'Est augmenteront de 6%, à 4,6 millions de véhicules, en 2013.

EUROPE

Le maillon faible

Les analystes du service de recherche de la Deutsche Bank prévoient une baisse de 4% des ventes de voitures en Europe cette année. Les volumes y sont déjà à leur plus bas depuis 19 ans et les prix sont sous pression en raison de la surcapacité de production. La chute de la demande a été particulièrement marquée dans les pays méditerranéens criblés de dettes. Toutefois, les achats sont susceptibles de se stabiliser dans les principaux pays de l'Europe du Nord dans les mois à venir, croit Carlos Gomes, de la Scotia. Plusieurs indicateurs économiques avancés sont positifs et les ventes d'automobiles ont d'ailleurs commencé à s'améliorer, note-t-il.

Renault

Le chouchou de la communauté financière, le Groupe Renault est l'un des rares à tirer son épingle du jeu sur le marché européen grâce à la grande rentabilité de sa filiale Dacia, reprise en 1999.

Volkswagen

En nette progression depuis quatre ans, Volkswagen est le favori de la Deutsche Bank pour plusieurs raisons: son empreinte dans les marchés émergents qui représentent déjà plus de 40% de ses ventes; le lancement prochain de plusieurs nouveaux modèles qui pourrait lui permettre d'augmenter sa part du marché européen; son bilan financier supérieur qui lui permet d'offrir des programmes de financement avantageux aux acheteurs; la mise en service de la nouvelle plateforme MQB qui devrait réduire les coûts de construction des Audi A3 et Volkswagen Golf; et l'intégration de Porsche au groupe qui n'a certainement plus rien à voir avec «l'auto du peuple».

JAPON

L'aide s'épuise

Comme en Russie, la croissance des ventes d'automobiles neuves au Japon l'an dernier a été soutenue par les subventions maintenant épuisées du gouvernement. Le service de recherche de la Banque Scotia prévoit une baisse des ventes dans la troisième puissance économique mondiale qui accuse le choc de la hausse de 35% du yen par rapport au dollar américain.

Toyota

Toyota, dont les installations sont surtout concentrées au Japon, pourrait y redevenir rentable cette année avec l'amélioration de sa gamme de produits. Le marché américain est toutefois plus prometteur avec l'arrivée des nouvelles Corolla et RAV4. Si tout va comme prévu, une hausse du dividende n'est pas exclue.

Nissan

Nissan a renouvelé sa gamme de véhicules et assaini sa structure de coûts. Le constructeur ne peut que marquer des points en Amérique du Nord, où sa rentabilité était «horrible» ces derniers trimestres en raison des rabais accordés et des importations disproportionnées, croit Jochen Gehrke, de la Deutsche Bank.

Le choeur des analystes prévoit une croissance de près de 22% pour le titre coté à la Bourse de Tokyo.