Le Groupe de travail sur la littératie financière sera de passage à Montréal, lundi et mardi prochain, dans le cadre d'une tournée de consultation pancanadienne. L'objectif de cette initiative du ministre des Finances du Canada? Trouver le moyen de renforcer les connaissances et les compétences des Canadiens en matière de finances personnelles.

Stéphanie Grammond LA PRESSE

Les Canadiens sont loin de la note parfaite en matière de finances personnelles. En deux décennies, leur taux d'épargne a été divisé par quatre. Leur taux d'endettement a explosé, de même que les faillites. Et la retraite? N'en parlons pas! Seulement le quart des Canadiens ont un plan, même si le financement des vieux jours repose de plus en plus sur les épaules des individus.Sommes-nous des illettrés de la finance? Comment rendre les Canadiens plus aguerris en matière de finances personnelles? À qui incombe cette tâche?

À lire aussi:

> Les Canadiens et leurs finances: un tableau noir

> Littératie financière: neuf questions à développement

«C'est une responsabilité partagée», répond Jacques Ménard, président du Groupe financier BMO au Québec, et vice-président du Groupe de travail sur la littératie financière qui mènera des consultations publiques, lundi et mardi, à Montréal.

Une vingtaine de personnes, d'horizons variés, prendront le micro : des représentants de l'industrie comme l'Association canadienne du commerce des valeurs mobilières, d'organismes de réglementation comme l'Autorité des marchés financiers (AMF), et de groupes de défense comme Options Consommateurs et le Mouvement d'éducation et de défense des investisseurs (Médac).

L'ABC à l'école

Plusieurs estiment que l'ABC de la finance personnelle devrait se faire sur les bancs d'école. «Toute les provinces devraient avoir l'objectif de fournir de l'éducation financière à tous les élèves de 10 ans et plus», recommande le SEDI (Social and Enterprise Development Innovations).

Très jeunes, les enfants deviennent des consommateurs actifs, soumis à un marketing intense. Adolescents, ils jonglent déjà avec les cartes de crédit et les modes de paiement sur internet, sans toujours comprendre les règles du jeu.

Pour les aider à faire leurs premières armes dans cet univers complexe, plusieurs provinces ont lancé des initiatives. En Colombie-Britannique, la littératie financière figure au programme scolaire en 10ème année. L'Ontario l'intégrera de la 4ème à la 12ème année, à partir de 2011.

À contrario, le cours d'économie en 5ème secondaire au Québec a été aboli cette année. Dans le cadre de la réforme, on s'attend à ce que certains volets soient récupérés par les professeurs d'autres matières, de la maternelle jusqu'en 5ème secondaire, qui doivent intégrer dans leur cours des notions de consommation. Ainsi, un professeur de mathématique pourrait présenter des calculs de taux d'intérêt, ou encore utiliser des grilles de calcul budgétaire.

«On sème à tous vents, en faisant le voeu pieux que les autres professeurs récupèrent la matière. Je ne suis pas optimiste», avoue Jacques Ménard.

Problème de comportement

Mais même gens bien informés prennent parfois de mauvaises décisions financières. En finances personnelles, il y a un fossé entre la connaissance, la bonne volonté... et la mise en pratique.

Par exemple, les Canadiens savent qu'il faut faire un budget, épargner, planifier sa retraite, suivre ses placements. Mais leur comportement ne reflète pas leurs bonnes intentions.

Sont-ils figés par la loi de l'inertie? Sont-ils perdus face à la surabondance d'options financières?

Des universitaires estiment que les gens apprennent lorsqu'ils sont prêts à apprendre. Il faudrait donc offrir l'information financière à la demande (en suivant les grandes étapes de la vie) et miser sur des outils qui facilitent la prise de décision.

«Avant on allait dans les salles de quilles pour parler au monde! Maintenant, il faut aller sur Internet. Avec le web 2.0, Facebook, Twitter, il y a des moyens de rejoindre bien des gens sans que ça coûte trop cher», estime Jocelyne Houle-LeSarge qui se prononcera, lundi, au nom de Question Retraite, un groupe de 20 organisations syndicales, privées, publiques et académiques.

De plus, il faut s'assurer que le message se rende jusqu'aux personnes plus démunis, souvent les plus vulnérables, insiste le SEDI, qui a créé en 2008 le Centre canadien pour l'éducation financière, pour aider les personnes à faibles revenus.

Présentement, cette population est surtout épaulée par les organismes à but non lucratif. La stratégie du gouvernement fédéral devrait donc mettre à contribution ces organismes, et surtout leur procurer le financement approprié, autrement ils se retrouveront comme un roi sans ses habits neufs.

Mea culpa du privé

Renforcer la littératie est un objectif louable, mais cela ne doit pas devenir un substitut à la réglementation, ajoute de le SEDI.

De même, le secteur privé doit faire son examen de conscience. Les institutions financières qui imposent des frais élevés, qui structurent des produits de plus en plus complexes, qui présentent l'information dans un jargon indigeste, ont une part de responsabilité.

Idem pour les employeurs qui remettent de plus en plus sur les épaules des travailleurs le fardeau de la planification de la retraite. Ils devraient se questionner sur la meilleure façon d'accompagner leurs employés, «sans s'ingérer dans le libre-choix, sans tomber dans le paternalisme», soutient M. Ménard.