Laure fait face à un dilemme qu'elle doit résoudre très rapidement. La femme de 64 ans travaille pour une grande entreprise de la région métropolitaine. «Un problème surgit juste avant ma retraite, explique-t-elle. Ma compagnie ayant fait de nombreuses mises à pied après une quasi-faillite, les employés épargnés ont dû mettre les bouchées triples afin de maintenir la tête hors de l'eau.»

Marc Tison
Marc Tison LA PRESSE

Ce surcroît de travail a fait des dégâts. «C'est dur, vous ne pouvez pas savoir. Ils ont éliminé tellement de postes!» Elle en a payé le prix. Elle est en arrêt de travail depuis quatre mois pour épuisement professionnel. «Quand ça survient, poursuit-elle, on est regardé de travers. C'est mon premier congé de maladie.» L'entreprise lui a récemment proposé un départ volontaire assorti du paiement forfaitaire d'une année de salaire, soit 65 000$. Mais la somme sera soumise à une importante ponction fiscale. Et Laure ne commencera à toucher la rente de retraite de son employeur qu'à 65 ans, au milieu de l'été. «Jusque-là, qu'est-ce que je fais?» demande-t-elle.

 

Devrait-elle accepter l'offre? «Tous mes calculs étaient basés sur le fait que j'allais travailler jusqu'à 67 ans», dit-elle. Elle ne voulait prendre sa retraite qu'après avoir entièrement payé son appartement. «Est-ce qu'il vaudrait mieux que je rembourse mon hypothèque tout de suite?»

Les constats

Mathieu Gallant, planificateur financier pour BMO Groupe financier, résume le dilemme: Laure peut accepter les 65 000$ et cesser de travailler, ou les refuser et retourner au travail.

Le choix paraît simple et la réponse, évidente, mais Laure désirait continuer à travailler.

Pour appuyer sa réflexion, le planificateur constate d'abord que l'appartement de Laure, d'une valeur de 162 000$, est presque entièrement payé. Le solde hypothécaire de 9000$ sera acquitté en mai 2010.

En congé de maladie, elle touche presque son plein salaire. Mais tout peut basculer rapidement. «Son emploi est très incertain», relève M. Gallant.

Le régime de retraite de son employeur lui assure une rente non indexée de 1399$ par mois, soit 16 800$ par année. Cette rente n'est pas coordonnée à la RRQ. Il n'y aura donc aucune réduction quand la rente de la RRQ s'y ajoutera.

Laure veut maintenir à la retraite un revenu net de 30 000$, ce qui correspond à environ 60% de son revenu actuel. «La norme en planification financière en matière de couverture des besoins à la retraite est de 70%», rappelle notre planificateur.

Le portefeuille enregistré de Laura, principalement constitué de titres à rendement garanti, vaut 30 000$, souligne-t-il encore. Ses droits de cotisation au REER non utilisés atteignent 48 000$.

La recommandation

«Je recommande à Laure de prendre la somme forfaitaire et de la verser dans son REER», tranche Mathieu Gallant. En raison des risques que son poste soit aboli sous peu, mieux vaut profiter immédiatement de l'offre qui lui est faite.

Cette recommandation est en large partie motivée par des raisons fiscales. Avec ses droits de cotisation REER inutilisés, Laure soustrairait déjà 48 000$ à l'impôt. Parce qu'elle a été engagée avant 1996, une autre portion de 14 000$ pourrait être versée directement au REER à titre d'allocation de retraite. De son indemnité de 65 000$, 3000$ demeureraient donc à portée du fisc.

Si Laure accepte l'indemnité, 2009 devient une année charnière. Elle commencera à toucher la rente de retraite du régime de son employeur, mais elle ne recevra sa pension de la Sécurité de la vieillesse que dans le mois suivant son 65e anniversaire, au milieu de l'été. Pour faire le pont, peut-être devra-t-elle puiser dans les sommes qu'elle espérait soustraire à l'impôt.

Si Laure souhaitait néanmoins trouver un autre emploi - et dans la mesure où son salaire et ses rentes de retraite lui permettraient d'atteindre son objectif d'un revenu net de 30 000$ -, le planificateur lui conseille de reporter le versement de la rente de la RRQ à l'année de sa cessation définitive d'emploi. «En plus de limiter l'imposition du revenu pour les années où la rente ne sera pas déclarée, elle sera majorée à concurrence de 6% par année», explique-t-il.

Autre dilemme, le remboursement immédiat de son hypothèque permettrait à Laure de dégager des liquidités supplémentaires de 611$ par mois. Mais les 9000$ nécessaires, puisés dans son indemnité de départ, réduiraient d'autant les sommes disponibles pour pallier un éventuel manque à gagner en 2009. Sans doute vaut-il mieux attendre l'échéance de ses 65 ans pour bien jauger le budget disponible.

Néanmoins, rappelle le planificateur, «l'appartement est un actif tangible dans le patrimoine de Laure». Sa valeur va progresser au rythme du marché immobilier, et il pourrait servir «d'outil de financement et aussi de bas de laine».

Un bas de laine qui arrivera à point nommé.

En supposant un taux d'inflation de 3% et un rendement de 4% sur ses investissements, Laure ne pourra maintenir son train de vie de 30 000$ par année que jusqu'à 77 ans. Ses épargnes REER seraient alors épuisées, à court de 13 ans sur le barème d'une espérance de vie de 90 ans. Son revenu s'en trouverait réduit chaque année de 11 000$ en dollars courants, déficit qui s'accroîtrait avec l'inflation. «La vente de l'appartement serait alors une solution pour atteindre son objectif de retraite», dit M. Gallant. Ce capital lui donnera un dernier élan jusqu'à 90 ans.

 

LES CHIFFRES

Laure, 64 ans

Revenus: 65 000$

REER: 30 000$

Droits de cotisation inutilisés: 48 000$

Rente de retraite de l'employeur: 1400$ par mois à 65 ans

Appartement en copropriété: valeur de 162 000$

Solde hypothécaire de 9000$

«Si la cliente a la possibilité d'épargner durant sa retraite, le compte CELI sera une stratégie d'épargne à envisager.»

Mathieu Gallant, planificateur financier, BMO Groupe financier

 

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