«Cette année, notre situation personnelle a changé de façon assez dramatique, au point de susciter de nombreux questionnements et beaucoup d'inquiétude face à l'avenir, relate Jacinthe. Au printemps dernier, mon mari a souffert d'un cancer très agressif à la prostate, qui est présentement maîtrisé, mais qui pourrait revenir nous hanter dans les cinq prochaines années.»

Mis à jour le 16 févr. 2009
Marc Tison
Marc Tison LA PRESSE

Âgé de 56 ans, Paul bénéficie d'un régime de retraite qui lui permettrait de prendre sa retraite dès août prochain avec 60% de son salaire de 72 000 $.

 

«De mon côté, confie Jacinthe, je dois vivre avec une maladie chronique du système immunitaire qui rend impossible l'option de travailler à plein temps de 9 à 5 du lundi au vendredi, car j'ai de très bonnes journées et aussi de très mauvaises, qui m'obligent à garder le lit. Ce que l'on sait, c'est que ma santé se dégrade, lentement, mais sûrement.»

Elle travaille donc comme pigiste, ce qui facilite la conciliation travail-maladie, mais entraîne d'importantes fluctuations de revenus.

«J'aimerais vraiment que mon mari puisse prendre une jeune retraite d'ici deux ans, pour que nous puissions profiter de plus de temps de qualité ensemble pendant que nos santés respectives sont encore assez bonnes», explique-t-elle.

Pour compliquer les choses, le couple s'est procuré en 2008 une maison intergénérationnelle. Ils peuvent ainsi accueillir la mère de Jacinthe, atteinte d'Alzheimer. Elle leur verse 800$ par mois pour son logement. En outre, une marge de crédit débitée de 16 600$, souvenir d'un investissement malheureux, est remboursée à raison de 1200$ par mois.

Épargne accélérée

Paul et Jacinthe n'avaient pas d'idées précises de leur train de dépenses - tout en convenant qu'ils ne se privaient pas de profiter de la vie. À la demande du planificateur financier Richard La Ferrière, chef de région pour le Québec chez TD Waterhouse Planification financière, ils ont fait le calcul, pour le fixer à 56 000$ par année.

Ils espèrent conserver ce rythme leur retraite durant, ce que notre planificateur a retenu dans ses calculs.

Paul prévoit cesser le travail en 2010, à l'âge de 57 ans. Il aura droit à une rente de 40 000$, indexée au coût de la vie et coordonnée à la RRQ, qu'il commencera à toucher à 60 ans.

Jacinthe voudrait elle-même prendre sa retraite à 60 ans, ce qui surviendra en 2019.

Normalement, les planificateurs fixent l'espérance de vie à 90 ans. En raison de l'état de santé de Paul et Jacinthe, et à leur demande, Richard La Ferrière a ramené cet horizon à 80 ans.

Jacinthe verse chaque année 7500$ dans son REER. Paul fait de même à raison de 2500$. Dans ses projections, notre planificateur leur fixe un taux de rendement annuel de 6,7%, correspondant à un portefeuille équilibré. Il retient également un taux d'inflation de 2%, qu'il applique aux revenus et dépenses, à deux exceptions près: le revenu de 40 000$ de Jacinthe, dont elle doute de la régularité, et le loyer de 800$ demandé à sa mère.

Pour maintenir un train de vie de 56 000$ jusqu'à 80 ans, il est impératif que Paul augmente son effort d'épargne d'ici la retraite de 406$ par mois, soit 4800$ par année. «La somme supplémentaire qu'ils doivent épargner pour atteindre leur objectif de retraite est raisonnable, compte tenu de leur situation actuelle», estime Richard La Ferrière. Toutefois, il faudra que le couple réajuste son budget pour y parvenir.

À défaut, Paul devra retarder sa retraite d'un an. Il pourrait également verser dans son REER une partie de l'indemnité de 35 000$ qu'il devrait toucher au moment de son départ à la retraite. Il peut y transférer sans impôt une somme de 1500$ pour chaque année d'emploi avant 1989, et de 2000$ pour chaque année entre 1989 et 1995.

Autre problème, ces projections s'appuient également sur le revenu supplémentaire que constitue le loyer de 800$ versé par la mère de Jacinthe. Si celle-ci doit quitter le logement, comme son état de santé le laisse présager, le couple devra trouver un nouveau locataire pour atteindre ses objectifs de retraite.

Serait-il préférable de vendre la maison et se procurer un condo, s'enquiert le couple? La propriété vaut environ 280 000$ et est grevée d'un solde hypothécaire de 162 000$. Les mensualités - hypothèque et impôts fonciers - s'élèvent à 1400$, soit 600$ une fois soustrait le loyer de 800$.

«Il faudra tenir compte du montant net de comptant qui se dégagera de la vente de la propriété actuelle et des conditions de marché», prévient notre conseiller. Posons l'hypothèse que la vente de la propriété, le paiement des frais et l'achat d'un nouveau condo se soldent par un prêt hypothécaire de 80 000$. Un amortissement de 20 ans et un taux d'intérêt de 5% produiraient alors une mensualité de 526$. Il faudrait encore y ajouter les taxes foncières et les frais de copropriété, ce qui porterait le total des versements mensuels largement au-dessus des 600$ actuels.

«J'estime qu'il serait préférable de louer l'appartement que d'acheter un condo, à moins qu'ils ne se restreignent ailleurs», conclut notre planificateur.

LA SITUATION

Jacinthe a des problèmes de santé qui réduisent sa capacité de travail. Paul, âgé de 56 ans, est en rémission d'un cancer. Peut-il prendre sa retraite d'ici deux ans, question de profiter du temps qui passe? Jacinthe pourra-t-elle le suivre quand elle aura atteint 60 ans?

»Tout arrive en même temps, ta vie change complètement, et tu te mets à calculer. Si mon mari disparaît, moi je suis pigiste: est-ce qu'on garde la maison?» Jacinthe

LES CHIFFRES

Paul, 56 ans

Revenu: 72 000$

REER: 50 000$

Régime complémentaire de retraite: 40 000$ à 57 ans

Jacinthe, 49 ans

Revenu: 40 000$

REER: 150 000$

Actif

Propriété: valeur de 280 000$

Passif

Solde hypothécaire: 162 000$

Marge de crédit: 16 600$

LES RECOMMANDATIONS

Pour soutenir leur train de dépenses actuel jusqu'à ce qu'ils atteignent l'un et l'autre 80 ans, Paul devra consentir un effort d'épargne REER supplémentaire de 400$ par mois d'ici sa retraite.

 

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