La chaîne de quincailleries BMR a commencé l’année 2020 avec 21 magasins affiliés de moins. En outre, une dizaine de points de vente ont été fermés dans la dernière année, a appris La Presse.

Marie-Eve Fournier Marie-Eve Fournier
La Presse

Résultat, malgré quelques gains – principalement à l’extérieur du Québec –, on dénombre aujourd’hui moins de BMR qu’il y a deux ans.

Le détaillant aura-t-il quand même réussi à accroître ses ventes en 2019 ?

La réponse à cette question sera connue jeudi matin au cours de l’assemblée annuelle de La Coop fédérée (Sollio), devenue l’unique propriétaire de BMR en février 2015. En ce qui concerne l'impact financier des départs survenus le mois dernier, il faudra vraisemblablement attendre l'an prochain.

Chose certaine, la croissance du nombre d’adresses dans le réseau a été nulle depuis 2018, et ce, malgré l’acquisition cette année-là de la chaîne Country Stores, qui comptait alors 17 magasins dans les Maritimes.

Au sujet des 21 départs effectifs le 1er janvier dernier, la vice-présidente aux communications de BMR, Stéphanie Couturier, a précisé que dans « près de la moitié » des cas, c’était une décision de l’entreprise de ne pas reconduire le contrat d’affiliation des marchands. Aussi a-t-elle mentionné que le quincaillier avait « ouvert deux nouveaux magasins » en 2019, et que « deux marchands ont fait des acquisitions de magasins ».

Aujourd’hui, BMR regroupe 295 magasins en calculant la fermeture survenue mardi d’une quincaillerie à Amos (qui affichait le nom Unimat). En janvier 2018, il y en avait 3 de plus, soit 298.

« Chez nous, ça va très, très bien. Les ventes sont en croissance. Nos marchands propriétaires sont en développement. […] Pour nous, tout va bien », avait pourtant affirmé en entrevue à RDI, à la mi-décembre, le chef de la direction de BMR, Pascal Houle.

LA NAISSANCE D’UN MOUVEMENT ?

Il est par ailleurs intéressant de constater que les marchands qui se sont désaffiliés de BMR ne se sont pas joints à une autre enseigne comme Rona (ACE) ou Home Hardware. Tous, sauf erreur, s’affichent comme indépendants. Les regroupements permettent normalement d’obtenir la marchandise à meilleur prix, mais ils supposent aussi des frais, notamment pour la circulaire et le marketing.

« Assistons-nous à la naissance d’un mouvement ou est-ce anecdotique ? », se demande le président de l’Association québécoise de la quincaillerie et des matériaux de construction (AQMAT), Richard Darveau. Au cours des dernières décennies, rappelle-t-il, le nombre d’indépendants a plutôt fondu drastiquement.

La rupture entre le groupe Yves Gagnon et BMR est celle qui a assurément fait couler le plus d’encre au cours des derniers mois. Car M. Gagnon, qui possède une poignée de magasins, est l’ex-PDG de BMR. Et à ce titre, il a marqué l’entreprise en propulsant sa croissance. Les causes exactes de la séparation sont demeurées confidentielles.

Il ne faut pas croire que le jeu de chaise musicale dans l’industrie de la quincaillerie est nouveau. Toutefois, Richard Darveau observe « un niveau d’activité sans précédent, du moins, depuis les onze années que je suis en poste », a-t-il écrit en ligne récemment.

Depuis janvier 2018, exactement 69 magasins ont changé de couleur de bannière alors que la moyenne annuelle se calcule généralement sur les doigts des deux mains.

Richard Darveau, président de l’Association québécoise de la quincaillerie et des matériaux de construction

VIRAGE OMNICANAL

Toujours en entrevue à RDI en décembre, Pascal Houle se montrait par ailleurs fier du « virage numérique » entrepris par BMR.

« On fait du commerce omnicanal. Le consommateur peut venir récupérer son produit [acheté en ligne] en magasin », affirmait-il.

Or, vérification faite, la chaîne de quincaillerie n’offre pas le ramassage en magasin. Son site web est d’ailleurs clair à ce sujet. « Étant donné qu’on a un réseau de marchands indépendants, ça représente une complexité supplémentaire. On travaille fort là-dessus et on devrait avancer beaucoup en 2020 », explique Stéphanie Couturier.

Aussi est-il impossible de connaître, en ligne, la disponibilité des stocks dans tous les magasins. Cette situation s’explique par le fait que l’entreprise utilise « plusieurs systèmes », dont certains sont « désuets ».

Mais le grand chantier technologique entrepris par BMR, qui prévoit l’implantation l’automne prochain d’un nouveau progiciel de gestion intégrée SAP (mieux connu sous le nom anglais ERP), doit régler toutes ces sources d’irritation pour les consommateurs. Le projet bénéficie d’un budget de « plusieurs millions étalés sur plusieurs années ». Et il devrait être achevé en 2022.

BMR vend en ligne depuis 2017. La livraison à domicile est offerte gratuitement sur les achats de 35 $ ou plus.

En magasin aussi le quincaillier éprouve quelques difficultés, notamment à garnir ses tablettes. Pour régler le problème, l’entreprise lavalloise RDTS a pris en charge le marchandisage le 1er janvier. Avec cet investissement, BMR souhaite standardiser son réseau, augmenter ses ventes et fidéliser ses marchands propriétaires, avait révélé La Presse en décembre.

Le groupe réalise des ventes annuelles de quelque 1,2 milliard de dollars et emploie 8000 personnes.

Villes où l’enseigne BMR a été décrochée

Amqui, Baie-Saint-Paul, Bryson, Chénéville, Drummondville, La Malbaie (deux magasins), Luskville, Mansfield-et-Pontefract, Métabetchouan–Lac-à-la-Croix, Mont-Tremblant, Notre-Dame-de-Pontmain, Saguenay, Saint-Anselme, Saint-André-Avellin, Saint-Faustin–Lac-Carré, Saint-Gédéon, Saint-Jean-sur-Richelieu, Sept-Îles, Sherbrooke, Waterville