Une surexposition aux centres commerciaux au Canada et une sous-pondération dans les titres du GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft) ont contribué au rendement négatif de 2,3 % de la Caisse de dépôt au premier semestre 2020, marqué par la crise sanitaire.

André Dubuc André Dubuc
La Presse

L’institution fait surtout pire que son indice de référence (0,8 %) à la première occasion où la conjoncture économique lui est défavorable en 10 ans.

La Caisse avait beaucoup insisté dans le passé sur sa résilience en cas de crise. En 2018, c’était même le titre de son rapport annuel Qualité. Résilience. Le mot apparaissait à 13 reprises dans le document.

Au premier semestre 2020, le gestionnaire d’actif des régimes publics de retraite et d’assurance a perdu 8 milliards. L’actif net de la Caisse s’établit à 333 milliards après six mois.

La Caisse n’est pas en crise pour autant, a tenu à préciser son président et chef de la direction, Charles Emond.

Malgré le contexte mondial très difficile des derniers mois, la Caisse a toute la solidité financière requise pour répondre aux conditions de son environnement d’affaires et produit des rendements supérieurs aux besoins de ses déposants sur le long terme.

Charles Emond, président et chef de la direction de la Caisse de dépôt dans un communiqué

Titres technologiques boudés

La Caisse a obtenu un rendement de -5 % dans le portefeuille Actions au premier semestre. La contre-performance s’explique par une présence limitée des titres technologiques dans le portefeuille Marchés boursiers, durant une période de pandémie où ceux-ci ont battu des records. Les titres des GAFAM enregistrent une performance de 31,4 % en six mois.

La Caisse est en effet sous-pondérée dans ces titres, comme La Presse l’avait exposé dans un article en juillet de l’an dernier.

Au 31 décembre 2019, la Caisse de dépôt était investie plus lourdement dans la pétrolière américaine ExxonMobil (594 millions US) que dans Amazon, Apple et Facebook réunies (425 millions US).

« La Caisse me donne l’impression d’agir en silos, dit le gestionnaire de portefeuille Carl Simard, de la firme GPS Medici, à nous avons demandé de commenter les résultats. Il est celui qui avait souligné à La Presse l’été dernier la timidité des positions de la Caisse dans les entreprises phares de l’économie mondiale.

« La Caisse, poursuit-il, investit en fonction de la diversification des secteurs », une approche dépassée, selon lui, car les secteurs évoluent dans le même sens que la Bourse en général.

« De nos jours, la technologie est partout, pas seulement dans le secteur technologique. Google, est-ce une entreprise technologique ? Oui et non. C’est une entreprise qui utilise la technologie pour vendre de la publicité. Facebook, c’est la même chose », soutient-il.

PHOTO DAMIEN MEYER, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

GAFA est l’acronyme qui désigne Google, Apple, Facebook et Amazon

Carl Simard dit préférer investir dans des entreprises extraordinaires plutôt que dans des secteurs. En ce sens, il souhaiterait voir au sein des équipes d’investissement de la Caisse de dépôt davantage d’analystes d’affaires, pas juste des analystes financiers.

En conférence de presse, M. Emond a indiqué qu’il allait corriger le tir au sujet des titres technos. « Je ne dis pas qu’on va sortir acheter les GAFAM demain matin. Mais on doit prendre conscience de la technologie dans nos processus. On doit trouver un moyen de s’exposer prudemment et intelligemment pour nos déposants. La technologie est là pour de bon. Il faut faire de la place à des titres de croissance qui ont bénéficié [de l’élan des marchés boursiers] dans les dernières années. »

Dans les autres portefeuilles d’investissements, le début de l’année 2020 a été particulièrement pénible pour la filiale immobilière de la Caisse. Le portefeuille Immeubles affiche un rendement de -11,7 %.

Du côté des Infrastructures, la Caisse obtient un rendement de -1,0 % pour le premier semestre. Ses investissements dans les énergies renouvelables et les télécommunications ont sauvé la mise pendant que l’activité, au plus fort de la crise, cessait dans les aéroports en portefeuille.

En revenu fixe, dans un environnement de taux baissiers, la catégorie génère un rendement de 4,1 % en six mois.

À noter

Cirque du Soleil

PHOTO RICK RYCROFT, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

La Caisse de dépôt et placement du Québec a radié la totalité de la valeur de son investissement dans le Cirque du Soleil, soit 228 millions en dollars canadiens.

Six mois à peine après avoir doublé sa participation dans le Cirque du Soleil, la Caisse de dépôt et placement du Québec a radié la totalité de la valeur de son investissement, soit 228 millions en dollars canadiens. « C’est une entreprise qui est complètement fermée et qui le sera dans un avenir prolongé, a dit Charles Emond, au sujet de l’entreprise cofondée par Guy Laliberté. Les 170 millions US qui avaient été investis dans le Cirque [ont été] radiés de nos livres à 100 % », a-t-il précisé.

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Réseau express métropolitain

ILLUSTRATION FOURNIE PAR CDPQ INFRA

Le projet du Réseau électrique métropolitain (REM) financé par la Caisse de dépôt

Le confinement de ce printemps a eu pour effet de stopper l’avancement du réseau du futur train électrique de la Caisse de dépôt pendant six semaines. Le chantier a rouvert depuis dans le respect des règles sanitaires ce qui pèse sur la productivité des travailleurs. Le responsable du Réseau express métropolitain (REM) Macky Tall a dit qu’il était trop tôt pour quantifier l’impact sur le budget et l’échéancier.

SNC-Lavalin

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, ARCHIVES LA PRESSE

Siège social de SNC-Lavalin

Charles Emond s’est réjoui de la performance de la portion « services » de la firme de génie-conseil, conformément à ses attentes. La portion « construction » a par contre de la difficulté, ce qui n’est pas non plus une surprise, a-t-il ajouté. Le patron de la Caisse a souligné deux grosses améliorations, à ses yeux : les flux positifs de trésorerie en provenance de l’exploitation et la diminution importante de l’endettement au cours du dernier trimestre.

Charges d’exploitation

PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE

La Caisse de dépôt et placement du Québec

Les charges d’exploitation annualisées de la Caisse s’établissent à 23 cents par 100 $ d’actif net moyen, un niveau qui se compare favorablement à celui de son industrie et qui est identique à celui de l’an dernier à pareille date.