Un autre promoteur d’énergie verte fait miroiter un projet milliardaire sur la Côte-Nord. Teal Chimie & Énergie espère que sa solution conçue « par des Québécois et pour des Québécois » lui permettra d’avoir accès à suffisamment d’hydroélectricité – ce qui est loin d’être certain – pour concrétiser ses ambitions et trouver l’argent nécessaire.

Publié le 24 mai
Julien Arsenault
Julien Arsenault La Presse

L’entreprise de Magog, qui présentera les grandes lignes de son projet ce mardi 24 mai, souhaite ériger un complexe de production d’hydrogène et d’ammoniac verts à Sept-Îles, dans la zone industrialo-portuaire.

« Tout dépend de l’obtention d’un bloc d’énergie de la part du gouvernement du Québec », reconnaît le président-directeur général de Teal, Jonathan Martel, en entrevue avec La Presse.

Pour démarrer le projet, environ 550 MW d’énergie sont nécessaires. Mais puisque l’ère des surplus tire à sa fin, Québec a déjà prévenu qu’on n’accepterait pas tous les projets de plus de 50 MW. Teal met ses cartes sur la table alors que la présentation de la stratégie du gouvernement Legault sur l’hydrogène vert est imminente.

M. Martel estime que le projet coche toutes les cases : il est piloté par une société québécoise et la production sera écoulée en priorité auprès de clients établis dans la province pour épauler leurs efforts de décarbonation.

Très énergivore, la production d’hydrogène vert intéresse notamment les grands secteurs industriels désireux de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. Il est toutefois difficile de l’acheminer sur de très longues distances. C’est ici que l’ammoniac entre en ligne de compte.

PHOTO FOURNIE PAR TEAL CHIMIE & ÉNERGIE

Jonathan Martel est président-directeur général de Teal Chimie & Énergie.

« À l’heure actuelle, l’hydrogène, c’est la molécule miracle dans laquelle tout le monde met beaucoup d’espoir, affirme le dirigeant de Teal. Mais d’un point de vue technique, tout n’est pas encore prêt. Il est possible que dans les deux à cinq prochaines années, pour certaines applications industrielles, ça soit l’ammoniac qui gagne. On veut laisser nos clients choisir. »

Utilisé dans des secteurs comme l’agriculture, l’ammoniac a plusieurs vocations. Teal vise la commercialisation de son ammoniac vert comme carburant, notamment dans l’industrie maritime. La molécule peut aussi stocker l’hydrogène. L’ammoniac vert est obtenu par l’entremise d’électrolyseurs, alimentés par exemple par de l’hydroélectricité.

Pas seule

Mais Teal n’est pas le seul promoteur de ce genre de projet sur la Côte-Nord. L’entreprise allemande Hy2gen table sur un chantier similaire à Baie-Comeau, dans la zone industrialo-portuaire. M. Martel estime toutefois que le site de Sept-Îles offre plus d’avantages, ce qui démarque son entreprise.

« Il y a une proximité avec le poste Arnaud [d’Hydro-Québec| où il y a 8 gigawatts de puissance qui rentrent, dit-il. Il y a un quai en eau profonde à proximité et des installations ferroviaires. Par-dessus cela, il y a de l’accessibilité à des clients potentiels comme Aluminerie Alouette et Minerai de fer Québec. »

ILLUSTRATION FOURNIE PAR TEAL CHIMIE & ÉNERGIE

Le concept du complexe que Teal souhaite ériger à Sept-Îles

Teal a déjà en poche une entente de 15 ans avec l’entreprise américaine Trammo, qui lui achètera sa production. C’est ce distributeur qui aura la tâche de vendre et d’acheminer l’énergie aux clients. Cela réduit le risque commercial pour Teal, estime M. Martel. Pour l’instant, rien ne garantit que la demande sera au rendez-vous si le projet se concrétise. Les coûts de production sont élevés, ce qui se reflète dans le prix de vente. Est-on prêt à payer une prime pour de l’ammoniac et de l’hydrogène verts ? M. Martel croit que les mentalités sont en train de changer.

« La crise en Ukraine est en train d’affecter l’échiquier énergétique, dit-il. Les prix explosent. La tonne d’ammoniac, qui variait entre 400 et 500 $ en Europe, a atteint 1600 $. »

Beaucoup d’argent à trouver

M. Martel espère récolter 30 millions d’ici la fin de l’année pour financer les travaux d’ingénierie et de conception du complexe. Cette phase devrait s’échelonner jusqu’en 2024, si tout se déroule comme prévu. Les promoteurs visent 2026 pour le début de la production. La première phase table sur une production de 80 000 tonnes d’hydrogène et de 400 000 tonnes d’ammoniac par année.

Interrogé sur le montage financier du projet, le patron de Teal s’est montré prudent, affirmant que des investisseurs locaux et étrangers seraient au rendez-vous si sa société a accès à l’énergie nécessaire. Une demande a été déposée à Hydro-Québec dans l’espoir d’avoir accès au bloc énergétique demandé.

Teal est inscrite au Registre des lobbyistes du Québec depuis novembre dernier. Elle mène également des démarches similaires auprès du gouvernement fédéral. Pour l’instant, l’entreprise affirme que ses discussions avec Québec tournent autour de l’accès à l’hydroélectricité. Elle aimerait aussi recevoir un coup de pouce financier à moyen terme.

En savoir plus

  • 2020
    Il s’agit de l’année de fondation de Teal. Ses cofondateurs sont Jonathan Martel et Philippe Machuel.
    SOURCE : Teal chimie & énergie