Les Missionnaires de la Consolata avaient prévu un souper-bénéfice pour contribuer aux soins de 120 Pygmées du Congo. La COVID-19 les a forcés à revoir le programme.

Marc Tison Marc Tison
La Presse

Les Missionnaires de la Consolata ne se seraient sans doute pas permis de se signaler à cette rubrique.

« Je vous transmets quelques informations d’une réalisation à mon sens remarquable, a plutôt écrit un lecteur. Il s’agit d’une communauté religieuse qui supporte un hôpital de brousse dans le nord du Congo. »

En raison de la pandémie, la minuscule et discrète communauté n’a pas pu organiser son souper-bénéfice annuel, au profit de l’hôpital fondé par sa maison mère dans la petite bourgade de Neisu, en République démocratique du Congo (à ne pas confondre avec le village de Neysu, quelques kilomètres plus au sud, erreur courante).

Elle a plutôt convié les donateurs à des agapes dispersées, autour des repas en boîte préparés par le chef Jérôme Ferrer.

Intrigant.

Michèle Bertrand, chargée de projet chez les Missionnaires de la Consolata à Montréal, a été surprise de recevoir notre appel. Surprise, mais tout à fait disposée à raconter l’histoire.

« C’est un endroit très isolé dans le nord-est du Congo et c’est un milieu très pauvre », décrit-elle d’une voix douce.

PHOTO FOURNIE PAR LES MISSIONNAIRES DE LA CONSOLATA

Les « routes » de cette région isolée et enclavée, durant la saison des pluies

La région, en forêt équatoriale, est enclavée et extrêmement difficile d’accès.

L’hôpital Notre-Dame de la Consolata de Neisu y a été construit par les Missionnaires de la Consolata (IMC) au milieu des années 1980. L’édifice s’étire sur un seul étage, alignant ses locaux comme des classes dans une école, décrit Michèle Bertrand. L’hôpital de 142 lits, duquel dépendent 13 dispensaires, dessert 60 000 habitants dispersés.

La mystérieuse communauté

Fondée en 1902 à Turin et maintenant active dans près de 30 pays, l’IMC compte quelque 2000 pères, frères et sœurs. Les pères sont présents au Canada depuis 1947. « Ils ne sont pas nombreux. Une poignée au Québec et une poignée en Ontario », indique Michèle Bertrand.

Adossée à la rivière des Prairies, leur petite maison montréalaise, derrière le centre administratif, peut tout juste accueillir une dizaine de missionnaires, généralement pour leurs vacances trisannuelles.

Depuis 10 ans, la maison de Montréal soutient chaque année un projet relatif à l’hôpital de Neisu en organisant un souper ou un cocktail-bénéfice.

« Notre contact là-bas est le père Richard Larose, dit Michèle Bertrand. Il travaille toujours à l’hôpital. C’est le frère de Gérald Larose [ancien président de la CSN], qui est très impliqué avec sa femme, Claude. »

Richard Larose était administrateur de l’hôpital depuis 2001, mais l’octogénaire s’est depuis deux ans délesté de quelques responsabilités.

PHOTO FOURNIE PAR LES MISSIONNAIRES DE LA CONSOLATA

Le père Richard Larose devant l’hôpital, avec quelques-unes des motos-ambulances dont il avait eu l’idée pour circuler sur les chemins de brousse. Une remorque peut s’y attacher pour le transport des patients. Vingt-cinq motos ont été données jusqu’à présent, souvent par des sociétés ambulancières.

L’un des premiers projets pilotés par le père Larose concernait l’acquisition de motos-ambulances.

Les routes sont tellement mauvaises que les seuls véhicules qui peuvent rouler, ce sont des motos, et on attache des petites remorques pour permettre le transport des patients.

Michèle Bertrand, chargée de projet chez les Missionnaires de la Consolata à Montréal

Plus récemment, le bureau montréalais a aidé à la construction d’une trentaine de maisonnettes pour vieillards abandonnés.

PHOTO FOURNIE PAR LES MISSIONNAIRES DE LA CONSOLATA

Le père Richard Larose devant l’une des 30 maisonnettes pour vieillards abandonnés qu’il a fait construire. La femme à sa gauche est une des quatre résidantes que peut accueillir la maison.

Chaque maisonnette, qu’on pourrait encore qualifier de petite si ce n’était commettre un pléonasme, peut accueillir quatre personnes. « Ça coûte 2500 $ la maisonnette, ce ne sont pas des châteaux », commente la chargée de projet.

Elles ont été en partie construites avec des briques moulées sur place.

La COVID-19 joue les trouble-fêtes

Cette année, le projet consistait à contribuer aux frais d’hospitalisation de la population pygmée de la région.

Habitants de la forêt, marginalisés par leur mode de vie, les Pygmées offrent leur travail en échange de biens. Sans argent, ils ne peuvent payer les soins que 120 d’entre eux reçoivent chaque année à l’hôpital de Neisu.

« Ils sont engagés et font souvent des besognes très, très dures, souligne Mme Bertrand. Ils ont des hernies, des blessures, et ils se retrouvent souvent à l’hôpital de Neisu pour se faire soigner. »

La campagne automnale de l’antenne montréalaise — quatre employés — visait à éponger une partie des 19 000 $ CAN que ces soins coûtent chaque année à l’hôpital.

Mais la pandémie a bouleversé ces nobles intentions. Pas question de réunir 160 personnes dans une salle à manger.

« J’ai dit : “Si on ne fait rien, ça peut être difficile de rattraper nos gens l’année prochaine. Il faut trouver, il faut être créatifs” », relate Ghislaine Crête, directrice des communications de la Délégation de l’Amérique du Nord. « Il fallait rebondir. Si tu disparais temporairement, il y a quelqu’un d’autre qui va arriver et qui va leur plaire. Et après ça, ce n’est pas facile à récupérer. »

Elle a rebondi.

« Je connaissais la Boîte du Chef de M. Ferrer. Je l’ai approché pour lui demander s’il accepterait d’embarquer avec nous. »

Le chef a accepté.

« La proposition aux gens était : on célèbre l’évènement, mais chacun chez soi. »

La campagne de financement a proposé l’achat de 82 Boîtes du Chef pour deux personnes, accompagnées d’une bouteille de vin rosé, pour 200 $. Les bienfaiteurs et gastronomes, qui ont le choix entre huit menus, reçoivent un reçu de charité de 120 $, correspondant à la somme versée au projet.

Les boîtes ont été livrées à domicile dans la plupart des régions du Québec entre le 23 et le 25 septembre, dans l’objectif d’un souper sinon commun, du moins simultané, le samedi 26.

Toutes les boîtes ont été vendues.

« Ça a levé au-delà de nos espérances, se réjouit Ghislaine Crête. Ça sauve tout, cette année ! »

Y compris, sans doute, la vie de quelques Pygmées.