La firme Raymond Chabot Grant Thornton a réalisé, à la demande de la Ville de Saint-Lambert, une «évaluation indépendante» de la rentabilité du nouveau bail du Country Club de Montréal (CCM). Le bail, signé en décembre, avait été critiqué par des citoyens, qui le trouvaient plus généreux pour le club de golf que le précédent. Obtenue par La Presse, cette étude conclut que le bail «est rentable pour l'ensemble des contribuables de la Ville», mais elle ne le compare pas à l'ancien.

Éric Clément LA PRESSE

L'Analyse de la rentabilité financière de l'entente de location entre la Ville et le club de golf a été réalisée par Pierre Fortin, associé responsable du secteur municipal chez Raymond Chabot Grant Thornton (RCGT). M. Fortin l'a remise le 6 mars à la Ville de Saint-Lambert, qui ne l'a pas rendue publique. Elle l'a plutôt envoyée au ministère des Affaires municipales et des Régions aux fins de son enquête sur le rôle qu'a joué l'administration du maire Sean Finn et de la directrice Michèle Lortie dans la signature de ce nouveau bail avec le club de golf, dont ils sont membres tous les deux.

 

L'enquête du Ministère fait suite à une plainte de citoyens qui estiment que le CCM a bénéficié d'un changement de bail très avantageux alors qu'il a enregistré des déficits importants en 2006, 2007 et 2008, épongés chaque fois par ses membres. Quand elle a signé le bail, la Ville a dit de son côté qu'il était avantageux pour les citoyens et que la nouvelle entente permettrait au club de faire les investissements nécessaires pour une bonne utilisation des terrains de la Ville. L'étude de RCGT conclut que le bail est «une entente acceptable».

Nouveau bail versus l'ancien

Mais le mandat donné par l'administration Finn-Lortie à Pierre Fortin a été circonscrit au seul nouveau bail. L'étude ne compare pas l'ancien bail (annulé 22 ans avant son échéance) avec le nouveau. Grâce au nouveau bail, le club a été exonéré des loyers impayés de 2006, 2007 et 2008, qui s'élèvent à environ 248 000$, car il a fait valoir des investissements équivalents réalisés pendant ces années. Ce procédé qui consiste à ne pas payer de loyer en échange d'investissements équivalents représente une perte de plus de 1,7 million pour la Ville jusqu'en 2050, selon les détracteurs du nouveau bail.

Le nouveau bail oblige en outre la Ville à dépenser 10 000$ par année, indexés, pour entretenir une clôture, ce qui représente une dépense d'environ 200 000$ jusqu'en 2050.

De plus, les obligations de dépenses d'immobilisation du CCM avec le nouveau bail sont de 40 000$ par an et de 1 275 000$ d'ici sept ans, soit une moyenne de 182 142$ par an. C'est beaucoup moins que les investissements réalisés sous l'ancien bail: entre 1986 et 2008, les dépenses annuelles moyennes d'immobilisation du CCM ont été de 384 131$, selon la Ville de Saint-Lambert.

«Comment peut-on sérieusement conclure que louer cinq millions de pieds carrés pour 0$ jusqu'en 2050, pour un actif qui représente 7% de la superficie de la Ville, est une entente rentable pour les citoyens? Parce que le Country Club prendra soin de ses greens? C'est se moquer des citoyens», dit Simon Denault, un des citoyens offusqués par la façon dont la Ville s'est entendue avec le CCM. Il évalue que le nouveau bail coûtera au moins 2,27 millions aux contribuables d'ici à 2050.

Enfin, La Presse a constaté que, tout comme M. Finn et Mme Lortie, plusieurs associés de Raymond Chabot Grant Thornton, dont deux qui siègent au conseil de direction, étaient membres du club de golf en 2008: il s'agit des directeurs Marc-André Morin et Sébastien Bellemare ainsi que des associés Dominic Deslandes, Daniel Lachapelle, Christine Regimbal, Jean-François Thuot, Louise Martel et Raynald Deslandes. Ces deux derniers ne sont plus membres du club cette année.

Cela nuit-il à la crédibilité de l'étude? Selon Michel Nadeau, de l'Institut de la gouvernance, si Pierre Fortin a consulté ces personnes, il y a un problème.

Malgré plusieurs appels et courriels, Pierre Fortin n'a pas rappelé La Presse. Marc-André Morin, Dominic Deslandes, Raynald Deslandes et Daniel Lachapelle ont dit à La Presse qu'ils n'avaient jamais entendu parler du travail de M. Fortin. Les autres cadres de RCGT n'ont pas rappelé. Le porte-parole de RCGT, Benoit Laguë, a pour sa part affirmé que «ce n'est pas un cas de conflit d'intérêts» et que, comme l'étude appartient à la Ville de Saint-Lambert, c'est elle qui doit la commenter. Le maire Finn n'a répondu ni aux questions ni aux demandes d'entretien que La Presse lui a envoyées par courriel.

Courriel Pour joindre notre journaliste: eric.clement@lapresse.ca