Des données obtenues par La Presse révèlent que 97 917 a larmes d'incendie non fondées ont nécessité l'intervention du Service de sécurité incendie de Montréal (SSIM) entre le 1er janvier 2002 et le 17 décembre 2008.

Violaine Ballivy LA PRESSE

En 2007, les pompiers se sont déplacés inutilement 15 077 fois sur 54 747. C'est dire que plus du quart de leurs sorties ont été superflues.Le nombre de ces fausses alarmes est en croissance depuis quelques années (avec un record en 2008), si bien que la Ville a décidé de passer à l'action. Elle a adopté l'automne dernier un règlement pour responsabiliser les citoyens et les propriétaires d'immeubles et tenter de renverser la tendance. Depuis hier, après un seul et unique avertissement, il faudra payer une amende chaque fois qu'une alarme aura entraîné l'intervention des pompiers sans raison.

Ce nouveau règlement permettra certes à la Ville de réaliser des économies substantielles (voir autre texte), mais les autorités affirment qu'il s'agit d'abord d'une question de sécurité.

«Notre seule préoccupation, c'est de sauver des vies, dit Aimé Charette, porte-parole du SSIM. S'il y a de fausses alarmes à répétition parce qu'un système est défectueux dans un immeuble, les gens ne sortent plus au bout de quatre ou cinq fausses alarmes. Surtout en hiver. On se trouve alors en pleine nuit dans des situations où les gens n'ont pas évacué le bâtiment alors qu'il y a un incendie violent. Il y a des pertes de vies associées à ça...»

Le président du comité exécutif de la Ville, Claude Dauphin, qui a piloté le dossier, se rappelle son étonnement lorsqu'une alarme s'est déclenchée dans un centre pour personnes âgées sans y provoquer le moindre haussement de sourcil. «Les gens ont continué à manger comme si de rien n'était.

Ils disaient qu'ils n'avaient pas besoin de bouger parce que le système d'alarme était défectueux et qu'il sonnait régulièrement. Mais une fois, ça va être vrai et il y aura des problèmes.»

Ce danger guetterait même les pompiers, ajoute le directeur du SSIM, Serge Tremblay: «S'ils doivent aller trois, quatre, cinq fois par mois à la même adresse, ils peuvent finir par baisser la garde.»

Tout cela sans compter les risques d'accident. Quand les pompiers quittent leur caserne, c'est toujours à vive allure. «On ne sait jamais, avant d'arriver sur les lieux, si c'est une fausse alerte ou une vraie, alors on roule en mode urgence, on franchit rapidement les intersections », dit Serge Tremblay. Enfin, ajoute-t-il, pendant que les pompiers accourent sur les lieux d'une fausse alerte, ils ne peuvent répondre aussi promptement aux autres appels. Peut-être fondés, ceux-là.

Des amendes dissuasives

Les amendes imposées varieront en fonction du type d'immeuble et donc du nombre de pompiers dépêchés sur place et du nombre de délits commis au cours de l'année (les infractions s'effacent du dossier après 12 mois). Par exemple, un citoyen qui n'en est qu'à sa deuxième infraction de l'année devra payer 100$, mais la facture sera beaucoup plus élevée pour les propriétaires d'immeubles qui font partie de la catégorie 4 (églises, hôtels, salles de spectacle ou constructions de plus de sept étages) : 2700$ pour la quatrième alerte non fondée et les suivantes.

La Ville n'a pas évalué combien elle pourrait ainsi percevoir chaque année. Les amendes seront entièrement versées au fonds consolidé de la municipalité et ne retourneront pas dans les coffres du service de protection des incendies de Montréal.

Qu'est-ce qu'une alerte non fondée?

Du 1er octobre au 1er décembre dernier, les inspecteurs ont commencé à distribuer des avertissements aux propriétaires de maisons où les pompiers se sont rendus pour une alarme non fondée.

Ont-ils semoncé des résidants qui avaient brûlé leur souper ? Faudra-t-il craindre de passer à la caisse si l'on fait carboniser ses rôties ? Non, répond Sylvain Carrière, chef aux opérations du SSIM. Une fausse alarme, ce n'est pas un citoyen qui crie trop vite au feu. Ce n'est pas non plus un détecteur de fumée qui réagit trop rapidement. C'est une alerte déclenchée par un système d'incendie relié à une centrale qui est soit défectueux, soit mal entretenu, soit mal installé, soit inadéquat. «On vise les récalcitrants. Ceux qui nous obligent à intervenir 40 fois par année, qui savent très bien que leur système est défaillant et ne font rien pour corriger la situation», précise M. Carrière.

Il s'agirait le plus souvent de propriétaires d'immeubles à logements, qui ont de surcroît de nombreuses personnes sous leur responsabilité.

Dans cette optique, si un élève s'amuse à déclencher le système d'incendie pour se sauver d'un examen, l'école n'aurait pas à payer de pénalité. «On ne pourrait pas reprocher à l'établissement de faire preuve de mauvaise foi ou d'insouciance... Par contre, on pourrait lui donner quelques conseils pour éviter que cela se reproduise «, dit Claude Dauphin.

Le règlement prévoit d'ailleurs que les propriétaires qui apporteront les améliorations nécessaires à leur système d'alarme pourront obtenir un remboursement équivalent à 90% des amendes perçues. «On veut travailler sur le comportement des gens et sur celui des propriétaires d'immeubles, dit M. Charette. Le règlement ne sert pas seulement à punir, mais aussi à régler le problème de base.»

Avec la collaboration de William Leclerc.