(Québec) François Legault et son ministre de l’Agriculture, André Lamontagne, ont présenté des excuses au lanceur d’alerte Louis Robert, vendredi. Mais ils ont continué de nier toute responsabilité dans le cafouillage qui a précédé son renvoi, lançant plutôt le blâme à un fonctionnaire.

Martin Croteau Martin Croteau
La Presse

Tommy Chouinard Tommy Chouinard
La Presse

« Je veux, au nom de l’État québécois, m’excuser auprès de Louis Robert, a déclaré le premier ministre vendredi matin. On va avoir des discussions avec lui pour trouver les moyens comment on peut le réintégrer et/ou le compenser. »

Jeudi, la Protectrice du citoyen a publié un rapport dévastateur sur le traitement de Louis Robert par le ministère de l’Agriculture (MAPAQ). Le document révèle que l’agronome avait tenté de dénoncer l’ingérence du privé dans la recherche publique sur les pesticides. Mais la fonctionnaire chargée de recevoir sa divulgation, Geneviève Masse, n’y a donné aucune suite. Elle a même communiqué son identité à ses supérieurs.

Dans un point de presse laborieux jeudi, le ministre Lamontagne s’est lavé les mains de toute responsabilité dans le cafouillage et rejeté tout le blâme sur le sous-ministre Marc Dion. Celui-ci a remis sa démission jeudi, un mois avant sa retraite.

PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE

André Lamontagne

Cette démission coûtera 33 000 $ aux contribuables, a confirmé François Legault. Selon lui, il n’aurait pas été possible de congédier M. Dion.

Il a cependant donné le bénéfice du doute à son ministre, qui a pourtant affirmé en janvier avoir personnellement autorisé le congédiement de Louis Robert avant de se rétracter quelques jours plus tard. Il lui fait « totalement confiance », a-t-il dit.

« André Lamontagne n’était pas au courant des erreurs dans le processus, a affirmé François Legault. C’est vraiment un processus qui était administratif. L’erreur de M. Lamontagne, ça a été de prendre ça sur son dos. C’est la responsabilité du sous-ministre d’appliquer les procédures administratives. »

Pas sincère

Le Parti libéral, qui avait réclamé la démission de M. Lamontagne jeudi, a mis en doute la sincérité des excuses du gouvernement caquiste. La députée Marie Montpetit l’a également accusée d’avoir induit les parlementaires en erreur en blâmant le sous-ministre Dion, qui avait été explicitement blanchi par la Protectrice du citoyen.

« Le sous-ministre, ce qu’on comprend de son rapport, c’est qu’il n’est pas blâmé, a lancé la députée. Et on a le ministre qui continue de se laver les mains de la situation, c’est honteux. Je ne sais pas dans quel monde il vit, à quel point c’est surréaliste et scandaleux comme situation. »

« C’est plus grave que ça, a affirmé le chef du Parti québécois, Pascal Bérubé. Je pense qu’il y a une crise de confiance à l’égard de M. Lamontagne et que ça va être très difficile pour lui pour la suite. »

En chambre, il a appelé le gouvernement caquiste à reconnaître la « responsabilité ministérielle » d’André Lamontagne. Il a rappelé au passage qu’alors qu’elle était dans l’opposition, la Coalition avenir Québec a réclamé la démission des ministres libéraux David Heurtel et Jacques Daoust dans des circonstances semblables.